Alimentation, santé globale 4 min

Un champignon "Made in Asia" suivi à la trace en France

La chalarose du frêne s’est étendue de la Pologne à la plupart des pays européens en 15 ans. A l’Inra Grand-Est Nancy, les chercheurs étudient la dispersion du champignon responsable de cette maladie, son impact sur l’écosystème forestier ainsi que l’impact de l’environnement sur l’évolution de la chalarose.

Publié le 21 août 2018

illustration Un champignon "Made in Asia" suivi à la trace en France
© INRAE, Arnaud Dowkiw

« En Lorraine, tous les frênes sont touchés, mais à un degré très variable », constate Benoit Marçais, de l’unité « Interactions Arbres/Micro-organismes » (IaM). Les premiers dépérissements dus à la chalarose ont été observés en Pologne dès le début des années 90. Puis ce fut au tour de la Lituanie. En 2005, douze pays signalaient des dégâts inquiétants sur des frênes communs (Fraxinus excelsior). L'épidémie a progressé en Europe, atteignant la France en 2008, le Royaume Uni et l'Irlande en 2012.

Champignon Hymenoscyphus fraxineus responsable de la chalarose du frêne

Ce n’est qu’en 2006 que la cause de ces dépérissements est enfin connue : elle est due à un champignon de l’embranchement des ascomycètes, Hymenoscyphus fraxineus ou Chalara fraxinea. L’unité IaM montre alors que le champignon responsable est invasif en France. « Dans une première phase, certains croyaient que la maladie était liée à la sécheresse, » explique Benoit Marçais. C’est aussi grâce aux travaux des chercheurs nancéiens que les lésions au collet (base des troncs) ont été attribuées à la chalarose. « Ces lésions avaient été observées mais les scientifiques européens les attribuaient à un autre champignon pathogène, l’Armillaire qui sur-infecte les lésions induites par H. fraxineus.

Les scientifiques supposent que plusieurs espèces de frênes asiatiques ont co-évolué avec le champignon et qu’ils sont capables de le tolérer, ce qui n'est malheureusement pas le cas de nos frênes européens. La voie de son introduction en Europe n'a pas été élucidée. L'hypothèse d'un lien avec les introductions significatives de frêne de Mandchourie Fraxinus mandshurica de la Sibérie orientale vers les pays baltes au temps de l'URSS a été explorée mais n'a pas pu être confirmée.

Avancée de la chalarose du frêne en France (Source : Département Santé des Forêts)

C'est en Haute-Saône que le premier foyer de chalarose du frêne a été détecté en France en 2008. Un second foyer a été découvert dans le Nord en 2009. Depuis, le suivi de l'épidémie est réalisé de façon très précise grâce au réseau des correspondants-observateurs du Département de la santé des forêts. L’équipe de Benoit Marçais suit la progression de la chalarose en France avec des travaux sur sa dispersion : « nous avons développé avec les collègues mathématiciens de l’Université de Lorraine un modèle de simulation. La maladie progresse à vitesse constante de 60 km/an. En gros, elle gagne un département par an », résume le chercheur.

Où le frêne se porte-t-il bien en France ?

L’unité étudie de près aussi l’influence de l’environnement. « L’environnement, c’est une mosaïque d’actions très diverses ». Par exemple, les chercheurs nancéiens ont montré que la température était un facteur très important. En été, au-dessus de 35°C, le champignon meurt. Une canicule lui est fatale. Ils l’ont observé en 2015 en Lorraine où de nombreux frênes se sont remis près de Nancy. Dans le Sud-Est, le champignon a arrêté sa progression entre Lyon et Montélimar car les températures sont trop élevées.
« L’ambiance forestière » renvoie au fait que les arbres en forêt, dans des conditions plus humides et fraiches, sont plus impactés que les arbres hors forêts, situés dans les petits bosquets, les haies, bords de route ou rivière.

Les autres aspects environnementaux qu’étudie l’unité IaM sont riches d’enseignement également, comme par exemple la densité de frênes. Selon que l’on a affaire à un peuplement pur ou en mélange avec d’autres essences, l’impact de la chalarose sur la croissance des arbres ne sera pas le même. L’équipe nancéienne a établi qu’’au dessous de ¼ ou 1/5 de frênes dans le peuplement, la maladie aura un impact bien plus faible. Au-dessus de ce seuil, la situation devient critique. Bonne nouvelle ! le frêne est souvent en mélange et hors forêt en France. Une bonne partie des frênes devraient s’en sortir.

« Notre travail consiste à mesurer la fréquence des arbres génétiquement tolérants », continue Benoit Marçais, « ce sont les arbres qui montrent peu de symptômes. Ils sont affectés au niveau des feuilles mais le chalara ne passe pas dans les rameaux et ne provoque pas de dépérissement. Ce sont des porteurs sains. » La chalarose n’est donc pas une maladie qui tue tous les frênes.

 

Cycle de vie d’Hymenoscyphus fraxineus, champignon responsable de la chalarose du frêne

Pour en savoir plus : fraxinus.fr  

Plantation de frênes localisée dans un massif forestier avec présence importante de frênes, après 8 ans de présence de la chalarose : aucun évitement. (Champenoux en 2018)

Plantation de frênes localisée dans un massif forestier avec présence importante de frênes, après 8 ans de présence de la chalarose : aucun évitement. (Champenoux en 2018)

Haie avec présence modérée de frênes isolée dans un paysage sans frênes, après 8 ans de présence de la chalarose – évitement probable. (Champenoux 2018)

 

Haie avec présence modérée de frênes isolée dans un paysage sans frênes, après 8 ans de présence de la chalarose – évitement probable. (Champenoux 2018)

Patricia LéveilléRédactrice

Contacts

Benoît MarçaisPilote scientifiqueUMR IaM - Interactions Arbres/Micro-organismes

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