Alimentation, santé globale 2 min

3 questions à une jeune pousse : Preditox

La génotoxicité, vous connaissez ? C’est le secteur d’activité de PrediTox, jeune pousse d’un an et demi. Laure Khoury, dirigeante et co-fondatrice de la startup, étudie les dommages causés à l’ADN par certains composés ou produits chimiques afin de détecter au plus vite les risques de cancer, et ainsi, les éviter, en analysant des échantillons. Rencontre.

Publié le 29 janvier 2019

illustration  3 questions à une jeune pousse : Preditox
© INRAE

Quel est le secteur d’activité de PrediTox ?

Notre objectif est d’étudier des échantillons, aussi bien de matières premières que de produits finis, afin de définir si les molécules présentes sont susceptibles d’être cancérigènes ou pas, avant qu’elles soient utilisées ou consommées par l’Homme. L’idée étant de prévenir plutôt que guérir, nous vérifions l’innocuité des produits, au moment où une entreprise, quelle qu’elle soit, commence à développer un produit. Nous intervenons pendant la phase de R&D et travaillons aussi bien avec les industries pharmaceutiques et cosmétiques pour tester des molécules d’antalgiques ou de crème antivieillissement, qu’avec des entreprises du secteur alimentaire, pour vérifier qu’il n’y ait pas eu de contamination au champ, sur des graines de maïs ou de blé par exemple. Il est également possible de vérifier la génotoxicité dans le secteur environnemental : eau de rivière, de lac, sédiments…

Comment travaillez-vous avec INRAE ?

J’étais ingénieure à l’Inra (devenu INRAE après la fusion avec Irstea) entre 2012 et 2016. Je testais beaucoup de contaminants alimentaires, et nous nous sommes rendu compte, avec mon associé directeur de recherche à l’Inra, le Dr. Marc Audebert, que nous pourrions développer cela à d’autres secteurs. Depuis novembre 2017, nous avons signé avec l’Inra un contrat d’hébergement, qui nous permet d’avoir accès à tout le matériel, aux outils d’analyse… Nous n’aurions pas pu monter la société sans cela ! Ce contrat, valable 3 ans, nous permet d’avoir le budget pour faire grandir la société plus sereinement, en attendant de la rendre viable.

                                                                                                " Nous vérifions l’innocuité des produits"

Comment vos activités vont-elles évoluer ?

Nous possédons une licence de savoir-faire avec Inra Transfert pour notre technologie. En 3 jours seulement, nous sommes capables de savoir si un composé est cancérigène ou pas. Les tests sont effectués sur des lignées cellulaires humaines, c’est-à-dire issus des cellules de foie, de peau, de cerveau, de colon… Dans ce domaine, les lois sont très strictes : par exemple, en cosmétique, les tests sur les animaux sont interdits. Avec nos lignées cellulaires humaines, nous évitons les tests sur les animaux. Par ailleurs, notre objectif est de faire comprendre aux entreprises l’importance de ces tests : ils permettent d’agir en amont de tests réglementaires, qui sont coûteux et prennent beaucoup de temps. Or, PrediTox propose des tests peu chers et efficaces : si nous testons des composés et qu’ils sont dangereux, nos clients sont en mesure d’arrêter directement la R&D plutôt que d’aller plus (trop !) loin. En plus de la prestation de service, nous faisons de la R&D afin de trouver d’autres techniques en lien avec la réglementation, mais aussi pour comprendre le mode d’action des différentes molécules. 


Comment PrédiTox définit si un composé est toxique ou pas ?

Laure Khoury nous explique qu’elle utilise une lignée cellulaire, sur laquelle elle met en contact un produit à tester pendant 24 h. Ce dernier va rentrer dans la cellule. S’il agit sur l’ADN, une cassure va apparaître. « On observe ensuite les cellules : plus l’ADN est cassé, plus il y a de signaux et plus le produit est dangereux. Au contraire, moins il y a de signaux, moins il est dangereux pour la santé humaine ». En deux heures, cette méthode permet de savoir si un composé est génotoxique ou pas. « Afin d’être sûr de ne rien louper, nous testons les produits durant 24 h » détaille Laure. « Nous répétons trois fois l’analyse sur une semaine pour révéler la dangerosité d’un produit et être sûr de son effet». PrediTox a travaillé par exemple sur des échantillons d’eau en entrée et sortie de station d’épuration afin de vérifier leur efficacité, et avec des industriels cosmétiques pour vérifier la génotoxicité de nouvelles molécules issues de plantes. 

Anaïs BozinoRédactrice

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