Agroécologie 3 min

Alternatives au glyphosate en grandes cultures : évaluation économique

IINRAE a réalisé un travail d’expertise, à la demande du Premier Ministre et des Ministres en charge de l'Agriculture et de la Transition Écologique et Solidaire, pour fournir à l’Anses des éléments sur les impacts économiques du déploiement des alternatives au glyphosate en grandes cultures. Ce travail s’inscrit dans le cadre du plan de sortie du glyphosate et mobilise une méthodologie économétrique originale. Il fait suite à un rapport réalisé en 2017, évaluant les alternatives possibles, et complète deux rapports, remis en 2019, consacrés à l’évaluation économique, l’un pour la viticulture et l’autre pour l’arboriculture.

Publié le 09 juin 2020

illustration Alternatives au glyphosate en grandes cultures : évaluation économique
© INRAE, G. Cattiau

Le glyphosate est le 1er herbicide utilisé dans le monde et en France. Le secteur des grandes cultures est, du fait de son emprise sur le territoire français, celui qui en utilise le plus, même si les usages ne sont pas aussi systématiques qu’en viticulture et arboriculture. L’autorisation de commercialisation européenne pour le glyphosate court actuellement jusqu’au 15 décembre 2022. Le gouvernement Français a annoncé que la France sortirait de ses usages en 3 ans, pour la majorité d’entre eux. Depuis le 1er janvier 2019, la commercialisation et la détention de produits à base de glyphosate pour des usages non professionnels sont interdites en France.

L’évaluation économique des alternatives au glyphosate en grandes cultures, réalisée par INRAE, s’appuie sur le rapport de 2017 « Usages et alternatives au glyphosate dans l'agriculture française » (Reboud et al., 2017) qui établissait des alternatives dans les différentes filières de production et identifiait des impasses techniques, comme les cultures en pente, l’agriculture de conservation ou certaines cultures spécialisées. Elle a également bénéficié de la contribution des experts des instituts techniques agricoles des filières concernées.

Une méthodologie originale

L’approche par simple substitution n’étant pas pertinente, le calcul des surcoûts induits par l’adoption d’alternatives au glyphosate emprunte une méthodologie utilisée en médecine pour estimer le surcoût du retrait d’un médicament quand il induit le changement d’itinéraire de soin. Il a mobilisé les données de l’enquête Pratiques Culturales sur les Grandes Cultures et les Prairies de la campagne 2017 (SSP-MAA), en se focalisant sur 17 342 parcelles conduites selon un mode de production conventionnel en grandes cultures annuelles, qui représentent 90,4 % des surfaces métropolitaines de ce type. Ces données ont permis de caractériser les opérations culturales des parcelles utilisant du glyphosate et celles qui seraient mises en œuvre dans un itinéraire technique et un système de culture sans glyphosate. Les coûts ont ensuite été estimés sous hypothèses de maintien du rendement et grâce au référentiel sur les coûts des opérations culturales publié par l’APCA. Les résultats renseignent sur les temps de travaux, les coûts de main d’œuvre, de carburants et de mécanisation (investissement et entretien) pour la traction et le travail du sol. Ils n’intègrent en revanche pas les coûts liés à la phase de transition d’une pratique à une autre (apprentissage, réorganisation des activités). Une comparaison aux données du RICA pour les exploitations de grandes cultures permet enfin de situer les surcoûts estimés par rapport au revenu des exploitations agricoles de grandes cultures sur la période 2009-2018.

Les principaux usages du glyphosate déclarés par les agriculteurs sont la lutte contre les adventices vivaces et repousses pour 77,8% des usages, la destruction de couverts végétaux pour 16,1% et la destruction de prairies pour 2,1% des usages. Sur la campagne 2017, 98 % des applications de glyphosate ont été réalisés en inter-culture, c’est-à-dire après la récolte de la culture précédente et avant le semis de la culture suivante. La stratégie de travail du sol apparaît l’élément majeur permettant de contrôler les adventices en absence d’utilisation de glyphosate. C’est pourquoi l’évaluation a comparé :

  • ce que font les agriculteurs utilisant du glyphosate dans le cadre d’une stratégie de travail du sol donnée, à
  • ce que font les agriculteurs n’utilisant pas ou peu de glyphosate dans le cadre de systèmes de cultures avec une stratégie de travail du sol similaire ou plus intense, et dans des conditions équivalentes par ailleurs,
  • en tenant compte de la localisation géographique, des caractéristiques du sol, de la pression perçue des adventices et de la taille des exploitations

L’impact en termes de coût économique est d’autant plus faible que les exploitations labourent déjà fréquemment voire systématiquement leurs parcelles. En 2017, le recours à des pratiques de ‘relay-cropping’, sans interculture, sont inexistants ou anecdotiques.

De manière complémentaire, ce travail identifie également les difficultés spécifiques à certaines situations ou exploitations dans la possibilité de mettre en œuvre des solutions alternatives au glyphosate, et en particulier les situations en agriculture de conservation, déjà soulignées en 2017 et certaines caractéristiques de sol. 

Documents à télécharger :

Carpentier A., Fadhuile A., Roignant M., Blanck M., Reboud X., Jacquet F., Huyghe C., Alternatives au glyphosate en grandes cultures. Evaluation économique. 2020, INRAE :


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