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Accélérer les transitions agroécologique et alimentaire avec 3 programmes et équipements prioritaires de recherche

Le 5 novembre 2021, l’étonnant verger circulaire d’INRAE à Gotheron a accueilli la visite des ministres chargés de l’Agriculture, de la Recherche, de l’Industrie et du secrétaire général pour l’investissement. Poursuivant leur visite par une table-ronde avec l’ensemble de la filière agroalimentaire, à la Préfecture de Valence, ils ont annoncé le déploiement de deux stratégies d’accélération du 4e plan d’investissement, complémentaires du volet agricole et alimentaire du plan France 2030. Dotées de 877,5 millions d’euros, ces stratégies mobilisent la recherche à travers trois programmes et équipements prioritaires de recherche (PEPR) auxquels 155 millions d’euros au total sont dédiés. INRAE pilote le PEPR Génétique et sélection variétale, co-pilote le PEPR Agroécologie et numérique avec Inria et Systèmes alimentaire, microbiome et santé avec l’Inserm.

Publié le 18 novembre 2021

illustration Accélérer les transitions agroécologique et alimentaire avec 3 programmes et équipements prioritaires de recherche
© INRAE, Sandrine Vinzant

Première étape de cette journée, dans l’étonnant verger circulaire d’INRAE à Gotheron : la découverte d’une expérimentation menée par des équipes de recherche pour développer une arboriculture zéro pesticides et très bas intrants. La conception de ce dispositif expérimental favorise les régulations naturelles en combinant choix des espèces et variétés cultivées avec la présence de plantes, arbres et une organisation du verger défavorable aux parasites, ravageurs et plantes indésirables. Et pourquoi pas intégrer bientôt des poules qui aideraient à ces régulations, tout en participant à la fertilisation ?

 

C’est donc un espace de production d’un nouveau type qu’ont créé les scientifiques, emblématique d’une nouvelle façon de concevoir la production agricole, en favorisant la biodiversité, en privilégiant la santé humaine et environnementale tout en assurant la performance économique des exploitations. Une démarche qui s’inscrit dans une dynamique permettant d’interagir avec la filière (agriculteurs, conseillers, formateurs, expérimentateurs, chercheurs…) pour produire des connaissances co-construites et partagées. Par exemple, elle prend en compte les contraintes de l’arboriculteur et ses temps de travail. Par tous ces aspects, ce verger est une illustration de la 3e révolution agricole que souhaitent accélérer les stratégies d’investissement nationales annoncées par les Ministres, à Valence, le même jour.

 

Cette révolution, aussi qualifiée par les Ministres de « révolution du vivant et de la connaissance », aura des impacts dans toute la chaîne alimentaire. Elle appelle un ensemble d’innovations, dans lesquelles le numérique tient une place de choix, véritable allié au service de l’analyse et de la décision grâce aux capteurs, à la modélisation, aux outils d’aide à la décision et à l’organisation collective. Le numérique pourra également soulager le travail agricole grâce à la robotique et aux agroéquipements. Numérique, génétique, robotique, biocontrôle sont ainsi des leviers essentiels de la transition agroécologique.

Deux stratégies d’accélération et 3 PEPR

C’est en s’appuyant sur la visite à Gotheron que les Ministres et le secrétaire général à l’investissement ont ouvert la table ronde qui a succédé, en présence de représentant des filières agroalimentaires réunis à la Préfecture de Valence. Ils ont annoncé deux stratégies d’accélération :

Une accélération fondée sur la dynamique entre les acteurs de l’innovation dans toute la filière agroalimentaire autant que sur des innovations de rupture s’appuyant sur des recherches de haut-niveau. C’est pourquoi ces stratégies financent trois Programmes et équipements prioritaires de recherche (PEPR), pour un montant total de 155 M€ :

  • PEPR "agroécologie et numérique", copiloté par INRAE et Inria, doté de 65 M€ ;
  • PEPR "génétique et sélection variétale", piloté par INRAE, doté de 30 M€ ;
  • PEPR "Systèmes alimentaires, microbiome et santé", copiloté par INRAE et l’Inserm, doté de 60 M€

Des objectifs complémentaires

Le PEPR « Agroécologie et numérique » concerne les données, les agroéquipements mais aussi les ressources génétiques au service de la transition agro-écologique et de l’adaptation aux aléas climatiques. Il porte sur des méthodes, outils et technologies numériques mais aussi, de façon très importante et surtout indissociable, sur leurs usages. Il a pour vocation de fédérer les acteurs de la recherche publique, au-delà des pilotes, et devrait démarrer dès le début 2022, en priorisant trois sujets :

  • Les technologies de génération des données pour caractériser les ressources génétiques animales et végétales et les méthodes numériques pour l’exploitation des données en agriculture
  • Les nouvelles générations d’agroéquipements comme la robotisation qui soulage le travail des agriculteurs mais aussi les bâtiments d’élevage connectés qui peuvent améliorer la santé des animaux et leur bien-être ;
  • Les trajectoires vers des socio-écosystèmes ouverts aux innovations numériques : en étudiant la place et le rôle des technologies, leurs impacts, et le rôle des politiques publiques pour accompagner les changements de pratiques.

Le PEPR « Sélection variétale avancée face aux changements climatiques » répond à un enjeu compétitif prégnant : garantir à la France sa position de leader dans le domaine des semences et plants. Pour adapter l’agriculture au changement climatique, réduire les intrants et diversifier les cultures, il mobilisera l’ensemble des connaissances et technologies disponibles en sélection variétale et permettra de sélectionner de nouvelles espèces et de nouveaux caractères pour la transition agroécologique et l’adaptation au changement climatique.

 

Au sein de la stratégie « Alimentation durable et favorable à la santé », le PEPR « Systèmes alimentaires, microbiome et santé » vise à soutenir la recherche, l’innovation et l’appui aux politiques publiques. Il explorera les relations entre alimentation, santé et environnement, qui sont des moteurs de l’évolution de nos systèmes alimentaires. Il s’agit de travailler sur les fondements techniques, organisationnels et social de ces évolutions, avec trois leviers :

  • La relation symbiotique entre l’individu et son microbiote ;
  • Les déterminants de la consommation alimentaire : pourquoi les consommateurs ont envie de consommer, sur quoi se fondent leurs choix ;
  • Les conditions de mise en place des systèmes alimentaires durables au niveau des territoires.

 

Chacun de ces PEPR permettra de financer des recherches publiques, de rupture, pluri-disciplinaires sur 5 à 8 ans. Pour avoir un réel impact sociétal, des recherches de long terme sont nécessaires, mais également une forte interaction avec le dispositif d’innovation. C’est pourquoi, la recherche privée et les filières contribueront à la définition des priorités de recherche de ces programmes.  Ils sont en outre complétés par d’autres mesures qui s’adressent aux filières, aux entreprises et à l’écosystème de l’innovation (cf encadré).

 

De premières solutions pourraient voir le jour dans les deux ou trois prochaines années grâce à certaines avancées assez matures ne nécessitant que quelques recherches complémentaires pour pouvoir accéder aux marchés.

 

Le pilotage de ces trois PEPR, avec Inria et l’Inserm, s’inscrit totalement dans la stratégie de recherche 2030 d’INRAE, dont l’agroécologie et le numérique sont deux objectifs majeurs.

 

LES DISPOSITIFS DES STRATEGIES D'ACCELERATION, COMPLEMENTAIRES AUX PEPR

L’articulation aux territoires est essentielle dans les deux stratégies d’accélération qui favorisent les approches multi-acteurs pour booster l’innovation technologique comme organisationnelle. Certains appels à projets sont d’ores et déjà publiés, les autres le seront d’ici la fin du 1er semestre 2022.

 

Transition agroécologique

• Un Grand Défi « Robotique agricole » pour développer de nouveaux équipements, en veillant également à l’acceptabilité pour les agriculteurs et pour la société

• Un Grand Défi « Biocontrôle et biostimulants » pour soutenir et développer ces filières, en priorisant les bioagresseurs concernés par la sortie de la pharmacopée des molécules qui permettent actuellement de les contrôler

• Des challenges technologiques et hackathons pour lever les verrous opérationnels, et, des dispositifs pour accompagner le développement de nouvelles solutions technologiques par les PME et ETI

• Un réseau de démonstrateurs territoriaux en conditions réelles

Appel à projets

 

Alimentation et santé

• Un Grand Défi « Ferments du futur » pour maintenir le leadership international de la France en matière de produits fermentés, dont le pain, les fromages ou les légumes fermentés sont emblématiques. Les ferments sont essentiels à la formation du goût et à la sécurité sanitaire de nos aliments. Ils aident à les préserver, en se passant d’additifs, et peuvent avoir des effets santé, comme les probiotiques.

• Des appels à projets de recherche pour développer les protéines végétales et diversifier les sources de protéines.

 

Nicole LadetRédactrice

Contacts

Carole CarantaDGD Science et Innovation

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