Alimentation, santé globale 2 min

Des virus bactériens, auxiliaires de santé animale

L’usage régulier d’antibiotiques pour lutter contre les infections bactériennes dans les élevages de volailles a favorisé l’apparition, depuis une vingtaine d’années, d’antibiorésistances chez la bactérie Escherichia coli. Face à cette situation, le recours aux antibiotiques a été réduitpar les éleveurs, tandis que d’autres pistes de lutte sont explorées par la recherche. Ainsi, à INRAE Val de Loire, Catherine Schouler étudie le potentiel thérapeutique prometteur de virus bactériens, appelés « phages ».

Publié le 07 octobre 2018 (mis à jour : 01 juillet 2020)

illustration Des virus bactériens, auxiliaires de santé animale
© Shutterstock

Selon les années, 33 à 75 % des élevages de volaille développent une pathologie nommée colibacillose aviaire et causée par la bactérie Escherichia coli. Outre leur impact économique important, ces attaques affectent le bien-être animal et l’utilisation des antibiotiques en thérapie favorise le développement de multirésistances aux antibiotiques chez des bactéries qui peuvent potentiellement être transmises à l’Homme. Les phages sont, quant à eux, des virus bactériens qui n’attaquent que les bactéries. Ils ont été découverts il y a un siècle à l’Institut Pasteur. Leurs capacités thérapeutiques ont été exploitées puis abandonnées avec la découverte des antibiotiques dans les années 1940. Mais, depuis une vingtaine d’années, le développement des antibiorésistances a redonné de l’intérêt à leur potentiel thérapeutique. Dès ce moment, leur efficacité a été démontrée dans le traitement de la colibacillose aviaire. Le plan EcoAntiBio2 actuellement en vigueur encourage ces alternatives.

Il est indispensable d’utiliser des combinaisons de phages plutôt qu’un seul, pour éviter l’apparition de résistance

Des chercheurs d’INRAE. Ils ont ainsi identifié 20 phages répartis dans 11 familles, qui se sont révélés aussi efficaces pour lutter contre l’infection, que les antibiotiques utilisés habituellement. Ils ont ainsi éliminé 100 % des souches d’Escherichia coli lors des expérimentations in ovo, c’est à dire dans des oeufs embryonnés, qui peuvent eux aussi être infectés par la bactérie. Bien sûr, les chercheurs ont observé l’apparition de résistances de la part de certaines souches bactériennes confrontées aux phages. Ils en ont même identifié une pour laquelle cette résistance est apparue à toute vitesse. Mais étonnamment, celle-ci avait perdu toute virulence ! Peut-être parce qu’elle a inactivé ou supprimé le récepteur impliqué dans l’interaction avec le phage (par ailleurs impliqué dans la virulence), pour se prémunir contre le phage qui le ciblait spécifiquement. Un bel exemple d’effet inattendu, mais favorable. Quoi qu’il en soit, cette observation démontre qu’il est indispensable d’utiliser des combinaisons de phages plutôt qu’un seul, pour éviter justement l’apparition de résistance. Les tests vont à présent se poursuivre sur poussins et volailles, afin de confirmer ces bons résultats. Il faudra enfin se pencher sur la méthode de diffusion du traitement, préventif ou curatif. La pulvérisation en local fermé pourrait constituer une méthode efficace, pour toucher rapidement un grand nombre d’individus.

Une efficacité montrée sur de nombreuses souches bactériennes

Dans le cadre d’un projet européen1 , l’équipe "Pathogénie de la colibacillose aviaire"de l’unité mixte de recherche Infectiologie et Santé publique (ISP) d'INRAE a par ailleurs isolé, testé et analysé génétiquement 64 phages issus de différents échantillons (eau, eau de stations d’épuration, fèces d’oiseaux, etc.). Elle a ensuite évalué la capacité thérapeutique de ceux apparentés à phAPEC08, phage utilisé en Russie en santé humaine. Les tests ont démontré une efficacité sur de nombreuses souches bactériennes, ce qui en fait un très bon candidat thérapeutique. Les chercheurs ont en particulier démontré qu’il évitait la mortalité embryonnaire de poussins infectés avec E. coli. Ils vont maintenant tester son action sur les infections respiratoires ou de l’appareil reproducteur des volailles.

 

Une approche One Health

Pour Catherine Schouler les phages sont intéressants dans une approche globale de la santé, dite « One Health » (une seule santé Homme, animal, environnement). Par exemple, les Salmonelles ou les Escherichia coli peuvent contaminer aussi bien des élevages de volailles que des populations humaines. Or les phages démontrent un potentiel thérapeutique à la fois dans les élevages et dans le traitement de certains cas humains résistant à d’autres thérapies. Pour mettre à disposition ce bien commun, l’unité ISP contribue à enrichir et caractériser une collection de phages. La législation sur les phages en tant qu’agents de biocontrôle est en train d’évoluer pour faciliter leur utilisation en agriculture. En parallèle, devront être évalués les impacts sur l’environnement de pratiques d’aérosolisation de phages, envisagées pour soigner des élevages

1Antibiophage : projet européen associant des chercheurs Inra et des universités de Nottingham, Louvain, Copenhague.

Voir la rubrique "One Health, une seule santé"

Nicole Ladet et Laurent CarioRédaction

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Catherine SchoulerUnité Infectiologie et Santé Publique

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