Biodiversité 3 min

Sélectionner des populations d’abeilles résistantes à varroa

Plusieurs facteurs concourent à la disparition des colonies d’abeilles, notamment la diffusion en Europe d’un acarien parasite, le varroa. La sélection d’abeilles résistantes à varroa est une piste que les chercheurs du laboratoire Génétique et Physiologie des Systèmes d’Elevage (GenPhySE) du centre INRAE Occitanie-Toulouse en collaboration avec l’unité Abeilles et Environnement du centre Provence-Alpes-Côte d’Azur, explorent pour protéger et reconstituer le cheptel. Leurs travaux sont parus dans la revue Insects le 1er août 2020.

Publié le 02 février 2021

illustration Sélectionner des populations d’abeilles résistantes à varroa
© Sonia Eynard, INRAE

Depuis plusieurs années, les populations d’abeilles mellifères d’Europe subissent d’importantes pertes annuelles. Ces pertes sont dues à l’accumulation de stress : agressions par de multiples virus et parasites, comme le Varroa destructor, perte de ressources alimentaires, utilisation de pesticides. Originaire d’Asie, le varroa est un acarien qui parasite les abeilles mellifères. Depuis quelques décennies, il est très présent en Europe.

Pour maintenir les colonies d’abeilles en bonne santé, une piste est de travailler à la sélection d’abeilles résistantes à ce parasite. Car, il existe des colonies naturellement résistantes à varroa. « Une colonie peut être considérée comme résistante à partir du moment où le varroa y est en échec de reproduction », explique Sonia Eynard, postdoctorante dans l’unité de recherche GenPhySE (INRAE, ENVT, INP-ENSAT).

 

D’abord comprendre …

Pour pouvoir bâtir un programme de sélection suffisamment efficace, il faut commencer par comprendre et mesurer la résistance. Plusieurs mécanismes concourent à cette résistance, qui aboutit à l’échec de la reproduction : une fertilité défaillante du parasite, une inhibition du cycle de reproduction de varroa par la larve ou encore un comportement des abeilles adultes qui nettoient de façon ciblée les alvéoles de couvain infestées par varroa. Avec les équipes du département scientifique Santé des Plantes et Environnement d’INRAE Avignon, Sonia Eynard a comparé des mesures de l’échec de reproduction, appelé MNR pour Mite Non Reproduction, avec d’autres mesures de résistance.

Le caractère MNR peut être mesuré en disséquant des alvéoles de couvain. Les chercheurs ont évalué la répétabilité et la variabilité de cette mesure. Cependant, ils n’ont pas pu établir de corrélation entre le comportement de nettoyage ciblé et l’échec de reproduction. Cette étude a permis d’évaluer les méthodes de mesure de la résistance à varroa et de mettre en lumière la complexité de ce caractère, avec tout ce que cela implique de difficultés de sélection.

 

… pour arriver à sélectionner

Bien que la résistance à l’infestation par varroa soit un caractère intéressant à sélectionner, la prudence reste de mise face à la variabilité des résultats obtenus par la méthode d’évaluation de l’échec de la reproduction. Les mesures de MNR sont encore peu répétables et variables face aux contraintes de cette mesure de terrain.

Ces travaux ouvrent des perspectives pour les apiculteurs. Les recherches sur la résistance à varroa se poursuivent, notamment au travers du projet BeeStrong, qui a pour but d’identifier des marqueurs de résistance afin de leurs proposer un outil de sélection, efficace et pragmatique.

 

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