Bioéconomie 8 min

Le projet NoAW emballe les scientifiques en Corée

En octobre 2021, Nathalie Gontard a été invitée à présenter le projet NoAW (No Agricultural Waste) à l’occasion d’un événement scientifique international organisé à Séoul, en Corée, autour de la gestion et de la valorisation des déchets. Les solutions du projet pour la fabrication de plastiques biodégradables et recyclables à partir de résidus agricoles ont suscité un vif intérêt.

Publié le 16 décembre 2021

illustration Le projet NoAW emballe les scientifiques en Corée
© INRAE

Cette année, la conférence « Nature » qui s’est tenue à Séoul en Corée du Sud, était consacrée à la gestion des déchets et leur valorisation dans une optique de développement durable. Sous une forme hybride, elle a réuni un large panel de conférenciers dont Nathalie Gontard, en tant que coordinatrice du projet NoAW. La directrice de recherche INRAE à l’unité Ingénierie des agro-polymères et technologies émergentes de Montpellier a été invitée à en présenter les résultats, en particulier dans le domaine de la production de plastiques biodégradables. « Les déchets plastiques sont une problématique majeure non seulement en Corée mais sur toute la planète», explique Nathalie Gontard. « Discuter autour du développement de solutions innovantes représentait donc l’un des objectifs centraux de cet événement d’envergure internationale».

Lors de son intervention, Nathalie Gontard a présenté les procédés développés par NoAW, capables de transformer les résidus de l’agriculture en bioproduits à haute valeur ajoutée. Forte de ses 15 années de travaux dans le domaine des emballages, elle s’est également appuyée sur les travaux réalisés dans le cadre du projet EcobioCap qu’elle avait déjà coordonné, spécifiquement centré sur les plastiques biodégradables.  

Des bactéries transforment des déchets agricoles en plastiques biodégradables et recyclables

« Le procédé de digestion anaérobie en deux étapes que nous avons développé avec NoAW permet de produire des bioénergies, des biofertilisants, mais aussi des effluents très riches en acides gras volatils », explique Nathalie Gontard. « Nous utilisons ces acides gras pour cultiver des bactéries qui vont les transformer en polymères de réserve (polyhydroxyalcanoates ou PHA). Nous mélangeons ensuite ces polymères bactériens avec des résidus ligno-cellulosiques, comme des sarments de vignes broyés, pour réduire le coût environnemental et économique de ces matériaux et ajuster leurs propriétés fonctionnelles, comme la perméabilité à l’eau ou à l’oxygène ». Contrairement aux plastiques classiques issus de la pétrochimie qui peuvent persister des centaines, voire des milliers d’années dans l’environnement, ces polymères « verts » se dégradent en 1 ou 2 ans ! De plus, ils sont aussi réutilisables et recyclables : « Nos développements ont montré qu’on pouvait utiliser des ressources renouvelables qui n’entrent pas en compétition avec les ressources alimentaires pour produire un matériau biodégradable rapidement, donc à valeur environnementale, mais aussi recyclable, donc également à valeur économique ». 

Un succès et une collaboration en préparation

Les experts de la conférence ont accueilli très positivement ces nouvelles perspectives, les travaux issus de NoAW proposant une approche intégrée et transdisciplinaire d’éco-conception innovante (technique, socio-économique, sanitaire…) comprenant même la prédiction des impacts environnementaux et sociétaux des procédés. Suite à cette conférence, Nathalie Gontard monte désormais une collaboration avec l’Université Polytechnique de Montréal (Canada) afin d’appliquer des approches similaires à NoAW au développement de nouveaux matériaux électroniques biodégradables capables de réduire les impacts environnementaux des nouvelles technologies de transition numérique. 

En savoir plus :

Le projet NoAW (2016-2021) pour lequel Nathalie Gontard a reçu le Trophée des Etoiles de l’Europe le 2 décembre 2021 a réuni 32 partenaires académiques et privés pluridisciplinaires d’Europe et de Chine dans le but d’approcher le « zéro déchet » dans l’agriculture. Comment ? En concevant de nouvelles approches éco-efficaces, c’est-à-dire à la fois capables de réduire l’impact environnemental et profitables à l’économie et à la société, pour convertir les déchets agricoles en bioénergie et produits biosourcés.

 

Contacts

Nathalie Gontard Directrice de rechercheunité mixte de recherche Ingénierie des agropolymères et technologies émergentes IATE (INRAE, Institut Agro, Université de Montpellier)

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