Alimentation, santé globale 8 min

5 bonnes raisons de généraliser le Nutri-Score

En ligne et dans nos supermarchés, l’offre alimentaire est souvent pléthorique… un étiquetage nutritionnel facilement interprétable permet de guider les consommateurs vers des produits plus favorables à leur santé. Parmi eux, le Nutri-Score réunit des atouts éprouvés. Mais ses effets sur les choix des consommateurs ne peuvent se manifester pleinement que si cet étiquetage est adopté par tous les industriels. Voyons pourquoi.

Publié le 06 juin 2023

illustration 5 bonnes raisons de généraliser le Nutri-Score
© INRAE, B. Nicolas

Vendredi soir, après une dure semaine de travail, vous avez envie de manger une pizza. Pas le courage de la faire vous-même, vous optez pour une pizza industrielle, mais laquelle ? Vous aimeriez choisir parmi celles qui vous font envie, celle qui a la meilleure qualité nutritionnelle mais vous n’avez ni le temps, ni l’envie (c’est vendredi soir !) d’éplucher toutes les informations nutritionnelles des étiquettes de toutes les pizzas qui vous tendent les bras. Et quand bien même vous vous lanceriez dans une telle tâche, quels seraient les critères à privilégier ? Moins de sel ou moins d’acide gras saturés ? Plus de fibres ou moins de calories ? Le Nutri-Score, que certaines de vos applications embarquent, vous permet de hiérarchiser l’offre en un coup d’œil sans plomber votre soirée pizza ! Son algorithme prend en compte à la fois les nutriments favorables et défavorables à la santé, il retranscrit ce calcul de façon simple avec une note - de A à E - associée à une couleur – allant de vert à rouge. Vous savez maintenant laquelle des pizzas est de meilleure qualité nutritionnelle, allez-vous la choisir ? Ça c’est vous qui décidez !

Adopté par la France en 2017, le Nutri-Score est utilisé en 2022 par 989 entreprises et concerne 58 % des parts de marché des produits transformés en 2022. (Source Oqali1)

Aujourd’hui de nombreuses entreprises françaises ont adopté de manière volontaire le Nutri-Score, mais ce n’est pas le cas de toutes. L’apposition obligatoire d’un logo d’information nutritionnelle (Nutri-Score ou autre) à l’échelle de l’Union européenne est inscrite dans la stratégie Farm to fork de la Commission européenne et aurait dû faire l’objet d’une proposition de texte fin 2022 pour une mise en place dès 2023. S’il existe plusieurs logos nutritionnels pour guider le consommateur, le Nutri-Score présente l’avantage de reposer sur une évaluation scientifique robuste. Le bilan de son utilisation est positif sur plusieurs années. Il bénéficie également de réévaluations régulières pour améliorer cet affichage.
Voici 5 bonnes raisons (scientifiques) qui plaident en faveur de la généralisation du Nutri-Score !

 

1 - Il est facile et rapide à comprendre

Chiffre : 93% des consommateurs français considèrent le Nutri-Score utile pour connaitre la qualité des produits alimentaires. (source Santé Publique France2)

Grâce au Nutri-Score apposé sur la face avant des emballages, vous pouvez, en un coup d’œil, identifier au sein d’une même catégorie de produits, celui qui présente la meilleure qualité nutritionnelle. La simplicité d’interprétation d’un logo nutritionnel est déterminante pour qu’il soit réellement utilisé par le consommateur. Une étude3 montre que le traitement d’informations délivrées sous forme de chiffres est cognitivement coûteux en effort alors que les couleurs favorisent les émotions. En utilisant l’imagerie cérébrale, les mécanismes cognitifs de 50 individus ont été évalués lorsque ces derniers étaient confrontés à un étiquetage constitué ou bien de chiffres ou bien de couleurs et selon que l’information se focalisait sur le seul produit ou qu’elle décompose les informations par les nutriments constitutifs du produit. Sans surprise, l’étude montre qu’un étiquetage avec des chiffres active les régions cérébrales du calcul. Plus surprenant, les étiquetages de couleur mettent à contribution ces mêmes régions… à une exception près : seul un étiquetage de couleur monodimensionnel (c’est-à-dire qui informe sur le produit et non sur plusieurs nutriments) utilise les régions de l’insula et l’amygdale connues pour intervenir dans des processus cognitifs rapides et intuitifs.

 

Pourquoi le Nutri-Score est-il calculé pour 100 g de produit et pas par portion ?

Calculer le Nutri-Score sur une portion pose plusieurs questions. Déjà, la portion indiquée par l’industriel sera-t-elle la portion réellement consommée ? Ensuite, pour pouvoir comparer les produits entre eux, il faudrait que pour chaque catégorie d’aliment les industriels s’accordent sur la taille des portions à partir desquelles serait calculé le Nutri-Score. Enfin, avec de tels calculs, un biscuit de 10 g pourrait être noté B (ne mange-t-on vraiment qu’un seul biscuit ? Est-ce que le consommateur pèse ses aliments avant de les manger ?) alors que 100 g de ce même biscuit seraient classés E. Sur ce même principe, une salade composée de 300 g vendue comme une portion pour un repas, serait classée D ou E alors qu’elle serait classée B en calculant aux 100 g . Si aucun calcul n’est parfait, celui aux 100 g permet d’être en accord avec les objectifs du Nutri-Score : comparer les produits de même catégorie.  En savoir plus

2 – Il améliore la qualité nutritionnelle des achats de consommateurs

Avant d’être utilisé en France, le Nutri-Score a fait l’objet de plusieurs expérimentations. Une étude menée en conditions réelles dans 60 supermarchés sur 1 297 produits et pendant 10 semaines a permis de comparer les achats des consommateurs avec ou sans Nutri-Score. Les résultats montrent qu’avec cet étiquetage, la qualité nutritionnelle des achats est améliorée de 4 %. Cette amélioration atteint 5 % pour les consommateurs qui achètent les produits les moins chers. Une expérimentation en laboratoire via un magasin virtuel avec 290 produits montre que le Nutri-Score améliore la qualité nutritionnelle des paniers de 9,4 %.

Le Nutri-Score, un algorithme pertinent pour prévenir des risques de santé ?

Une étude montre que dans les cohortes NutriNet-Santé, SuViMax et Epic, les personnes qui consomment des aliments les mieux classés au Nutri-Score ont un moindre risque de développer des maladies cardiovasculaires, cancers et diabète de type 2. Et dans cette même logique, la consommation d’aliments moins bien classés au moyen du Nutri-Score est associée à une mortalité accrue. 

Une limite d’importance : le Nutri-Score ne prend pas en compte l'ultratransformation des aliments et la présence d’additifs

Le Nutri-Score est calculé uniquement sur les nutriments présents dans un aliment, il arrive ainsi que des aliments ultratransformés (d’après la classification NOVA) ou des aliments contenants des additifs soient classés en Nutri-Score A ou B. Or on sait aujourd’hui que certains additifs sont associés à des risques accrus de maladies, c’est le cas par exemple des édulcorants associés à des risques accrus de maladies cardiovasculaires. S’il est aujourd’hui trop complexe d’intégrer ces éléments dans le calcul du Nutri-Score, les scientifiques travaillent à une nouvelle version du logo, qui serait entouré d’un cadre noir, pour signifier qu’un aliment est ultratransformé. En savoir plus

Et, rappelons-le, le Nutri-Score est un outil de santé publique parmi d’autres pour aider les consommateurs à faire des choix favorables à leur santé. Il s’inscrit dans une politique plus globale de sensibilisation et d’éducation à la nutrition.

3 – Il permet de réduire la taille des portions de produits moins favorables à la santé

Une étude menée sur la cohorte Nutri-Net montre que la présence du logo Nutri-Score sur les produits considérés comme moins favorables à la santé (en termes de teneurs en gras, sucre, sel et densité énergétique) tels que les biscuits sucrés, les fromages et des produits tartinables (pâte à tartiner, confiture, miel) permet de réduire la taille des portions choisies par les consommateurs. Si un autre étiquetage nutritionnel, le Multiple Traffic Lights (MTL) a le même effet mais dans une moindre mesure, un 3e type de logo, l’Evolved Nutrition Label (ENL) (cf. encadré ci-dessous) semble avoir un impact limité voire défavorable sur les tailles de portions sélectionnées par les personnes pour les catégories testées. Le mode de calcul de l’ENL se traduisant par un logo plus favorable pour les produits de moins bonne qualité nutritionnelle consommés en petite portion (avec des pastilles orange plutôt que rouges), il pourrait conduire à une augmentation des tailles de portions pour des aliments qu’il est conseillé de consommer en petite quantité, en entraînant chez le consommateur une confusion sur la qualité nutritionnelle réelle du produit. En savoir plus

3 étiquetages nutritionnels pour un même produit, la pâte à tartiner

Le Multiple Traffic Lights et le Evolved Nutrition Label indiquent, par portion, les quantités et les apports journaliers en énergie et nutriments. 

 

4 - Il encourage potentiellement les industriels de l’agroalimentaire à améliorer la qualité nutritionnelle de leurs produits

Dans un contexte où le consommateur est en quête de « manger sain », certains industriels reformulent leurs produits vers moins de sucres, de sel ou de gras avec pour conséquence potentielle d’obtenir un meilleur classement au Nutri-Score. Et tant mieux, car selon l’Observatoire de la qualité des aliments (Oqali) porté par l’Anses et INRAE, il existe encore des marges de manœuvre importantes pour reformuler les produits et donc leur composition. Par exemple, en 2018, dans la catégorie des viennoiseries et desserts surgelés, les teneurs en sucres des macarons variaient de 38 à 62 g/100 g selon les marques. L’apposition du Nutri-Score peut être un levier pour inciter les industriels soucieux d’un étiquetage favorable à rééquilibrer les recettes de certains de leurs produits pour en améliorer les qualités nutritionnelles. En savoir plus 
L’Oqali effectue un suivi du Nutri-Score depuis sa mise en place en 2017. Depuis 2020, l’Oqali développe des nouveaux indicateurs pour mesurer les éventuelles différences de composition nutritionnelle entre les produits de même catégorie avec ou sans Nutri-Score et l’impact de l’utilisation du Nutri-Score sur les reformulations et les volumes de ventes. 

5 – Il est d’autant plus pertinent si toutes les entreprises l’utilisent 

« Le vrai intérêt du Nutri-Score est de pouvoir comparer les produits d’une même catégorie entre eux, par exemple pour les céréales du petit déjeuner on observe des produits qui vont du Nutri-Score A à E. » Mathilde Touvier, directrice de l’unité EREN

Partant du principe que le Nutri-Score permet de comparer entre eux les produits d’une même catégorie, il est d’autant plus pertinent s’il est apposé sur  tous les produits de cette catégorie. Si le nombre d’entreprises françaises engagées dans cet étiquetage augmente chaque année, de nombreux industriels diffèrent encore cette démarche. C’est tout l’enjeu des discussions actuelles à la Commission européenne qui s’était engagée à imposer un étiquetage nutritionnel en 2023 et dont la proposition, prévue fin 2022, a été reportée. 

Plaidoyer (scientifique) pour le Nutri-Score

Un groupe de 320 scientifiques (dont de nombreux INRAE) et professionnels de santé publie un rapport scientifique expliquant « Pourquoi la Commission européenne doit choisir le logo nutritionnel Nutri-Score – un véritable outil de santé publique s’appuyant sur des preuves scientifiques rigoureuses – comme le logo nutritionnel unique et obligatoire pour l’Europe ». Les auteurs du rapport reviennent sur les fondements scientifiques de l’utilisation du Nutri-Score, et répondent aux questions fréquentes sur cet étiquetage nutritionnel : pourquoi il ne prend pas en compte la transformation des aliments, pourquoi est-il calculé sur 100 g de produit et non par portion, est-ce que le Nutri-Score se substitue aux recommandations nutritionnelles ? etc.

Lire le rapport (en anglais)

1. https://www.oqali.fr/media/2023/04/OQALI-2022_Suivi-du-Nutri-Score.pdf
2. https://www.santepubliquefrance.fr/content/download/371075/3143274?version=1
3. Muller L., Prevost M. (2016). What cognitive sciences have to say about the impacts of nutritional labelling formats. Journal of Economic Psychology, 55, 17-29, ISSN 0167-4870, https://doi.org/10.1016/j.joep.2016.01.005.

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