Alimentation, santé globale 3 min

Des vers gastro-intestinaux résistants aux vermifuges chez les brebis

Des scientifiques des laboratoires Innovations thérapeutiques et résistances (INTHERES - ENVT/INRAE) et Interactions hôtes-agents pathogènes (IHAP – ENVT/INRAE) du centre INRAE Occitanie-Toulouse, ont mis en évidence une résistance inquiétante aux vermifuges de vers parasites très pathogènes pour les brebis laitières. Un résultat, publié dans Parasitology, qui permet d’alerter les acteurs de la filière ovins lait dans les Pyrénées-Atlantiques.

Publié le 09 avril 2024

illustration Des vers gastro-intestinaux résistants aux vermifuges chez les brebis
© INRAE

Les brebis dont le lait sert à fabriquer le fromage AOP Ossau-Iraty doivent pâturer au moins 240 jours par an, dans les prés verdoyants des Pyrénées-Atlantiques. Le climat chaud et pluvieux est idéal pour cet élevage extensif, mais est également propice au développement de parasites intestinaux, responsables de la dégradation du bien-être animal et de pertes économiques pour les exploitations. Or, les traitements par vermifuges utilisés jusqu’à présent montrent des signes d’inefficacité.

Les strongles gastro-intestinaux, des vers parasites potentiellement dangereux chez les ovins

Les strongles gastro-intestinaux sont des vers ronds parasites du tube digestif chez de nombreuses espèces d’élevage, et particulièrement chez les ovins et caprins.

Oeufs de strongles digestifs au microscope optique (x50) ©INTHERES-INRAE

Les moutons peuvent ainsi être parasités par différentes espèces de strongles. Les plus fréquentes sont Teladorsagia circumcincta et Hæmonchus contortus dans l’estomac ou encore Trichostrongylus columbriformis dans l’intestin grêle.

Ces différentes espèces de vers partagent un cycle de vie comparable. Leurs œufs sont excrétés par les fèces des animaux et, lorsque les conditions de température et d’humidité le permettent, éclosent dans les prairies pour donner des larves. Ces dernières pourront ensuite être à nouveau absorbées par les animaux au cours de leur pâturage. Les vers colonisent le tube digestif, y deviennent adultes et s’y reproduisent. La boucle est bouclée…

Certains de ces vers, en particulier H.contortus sont nocifs et particulièrement pathogènes pour les moutons car ils se nourrissent du sang de leur hôte. Ces derniers provoquent une maladie, l’hæmonchose, qui se développe rapidement après l’infestation. Les animaux perdent alors l’appétit et s’anémient très rapidement, ce qui peut conduire à une mort rapide. C’est donc une véritable menace pour les éleveurs.

Larves stade 3 d'Haemonchus contortus au microscope optique (x100) ©INTHERES-INRAE

Pour lutter contre ce fléau, plusieurs vermifuges ont été développés. Cependant, afin de s’assurer que ces médicaments ne présentent aucun danger pour l’humain (qui pourrait les consommer s’ils se retrouvent dans le lait), seules quelques molécules anthelminthiques (anti-vers) sont autorisées en élevage laitier. Elles appartiennent aux classes des benzimidazoles ou des lactones macrocycliques. Les autres molécules sont par contre interdites pendant la lactation.

Les rapports sur le manque d'efficacité de différentes classes de molécules se sont multipliés en France au cours des 20 dernières années, notamment en ce qui concerne les benzimidazoles. Représentant la seule alternative pendant la lactation, avec un temps d’attente de zéro jour pour le lait, l’éprinomectine est donc largement utilisée.

Apparition d’une résistance du vers Hæmonchus contortus à l’éprinomectine en élevage laitier

Éleveurs et vétérinaires ont en premier tiré la sonnette d’alarme. Ils ont constaté la persistance de l’anémie et la mort des brebis touchées par l’Hæmonchose, malgré des traitements à l’éprinomectine. En outre, des coproscopies (étude des fèces des animaux pour y détecter d’éventuels parasites) de contrôle post-traitements ont montré la persistance des strongles.

Dans leur étude, les scientifiques ont voulu vérifier ces observations et se sont particulièrement intéressés à 5 élevages de brebis dans lesquels une suspicion de baisse d’efficacité de l’éprinomectine avait été émise par les vétérinaires.

Des tests d’efficacité utilisant diverses formulations d’éprinomectine ont été réalisés. Tout d’abord, la molécule a été administrée aux brebis sous forme injectable et par application externe sur le dos de l’animal, ou bien par voie orale, une pratique fréquente dans les élevages. Ensuite, la présence d’éprinomectine a été vérifiée par un dosage individuel dans le sérum de chaque brebis 2 et 5 jours après le traitement. Enfin, des tests individuels de comptage des œufs de parasite dans les fèces ont été réalisés.

Ces analyses ont confirmé que, dans les 5 élevages considérés, l’éprinomectine montrait une efficacité réduite, malgré une concentration de la molécule dans le sérum bien supérieure à la concentration minimale efficace lors de l’administration par voies sous-cutanée ou orale. Cette inefficacité concerne principalement le vers H.contortus, qui a donc acquis de la résistance à la molécule.

En outre, l’étude a également montré que l’administration de l’éprinomectine par application externe sur le dos de l’animal était inadaptée chez les ovins. La molécule est mal absorbée, ce qui protège inégalement les animaux et peut contribuer à la sélection de souches de strongles résistants.

Cette étude est donc essentielle puisqu’elle permet d’alerter les acteurs de la filière ovine laitière dans les Pyrénées-Atlantiques, ainsi que les autorités sanitaires, comme l’ANSES. Une solution serait de mettre rapidement en place une gestion intégrée de ces parasites, en privilégiant notamment le traitement ciblé sélectif.

Référence :

Jouffroy S, Bordes L, Grisez C, et al. First report of eprinomectin-resistant isolates of Haemonchus contortus in 5 dairy sheep farms from the Pyrénées Atlantiques département in France. Parasitology. 2023;150(4):365-373. doi:10.1017/S0031182023000069

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