Biodiversité 6 min

Identifier les antiparasitaires du futur

Le centre INRAE Val de Loire accueille INVENesis, entreprise de prestation de service dans le domaine de la R&D, notamment dans le criblage des molécules antiparasitaires. La décision d’implanter INVENesis France à Nouzilly au sein de l’unité mixte de recherche Infectiologie et santé publique (UMR ISP : INRAE, Université de Tours), fut motivée par la présence sur site de l’équipe « Multirésistances et pouvoir pathogène des nématodes » ainsi que par la possibilité de bénéficier des savoir-faire et équipements INRAE. Les travaux effectués dans ce cadre visent à lutter contre la résistance aux antiparasitaires, une préoccupation majeure dans les filières de production animale.

Publié le 03 décembre 2020 (mis à jour : 15 décembre 2020)

illustration Identifier les antiparasitaires du futur
© Alexandre Vernudachi - INVENesis

La société INVENesis, fondée en mars 2017 par des scientifiques suisses, a créé une antenne  INVENesis France, implantée depuis janvier 2020 sur le site de Nouzilly au sein de l’unité mixte de recherche Infectiologie et santé publique (UMR ISP : INRAE, Université de Tours).

Spécialisée dans la miniaturisation et l’automatisation des processus de criblage de molécules antiparasitaires, la société suisse assure ainsi le travail de recherche sur les ectoparasites (puces, tiques, moustiques...) alors qu’INVENesis France se spécialise dans la recherche sur les endoparasites et plus particulièrement les nématodes parasites du bétail. La décision d’implanter INVENesis France à Nouzilly fut motivée par la présence sur site de l’équipe « Multirésistances et pouvoir pathogène des nématodes » ainsi que par la possibilité de bénéficier des savoir-faire et équipements INRAE.
 

Au même titre que la résistance aux antibiotiques, la résistance aux antiparasitaires est une préoccupation majeure dans les filières de production animale et une priorité gouvernementale.

Depuis de nombreuses années, l’équipe de recherche « Multirésistances et pouvoir pathogène des nématodes » de l’UMR ISP développe des méthodes de criblage de molécules antiparasitaires synthétiques ou naturelles afin de disposer de nouveaux traitements efficaces pour contrôler les parasites résistants aux anthelminthiques les plus couramment utilisés dans les élevages.

Le partenariat avec la société INVENesis a pour objectif le développement de tests phénotypiques originaux permettant le criblage à haut débit de ces molécules. Une fois que des molécules prometteuses auront été repérées par INVENesis, des caractérisations de leur mode d’action pourront être réalisées par l'équipe INRAE.

Une expertise décuplée

INRAE et INVENesis ont co-developpé une technologie de criblage de molécules basée sur l’analyse en temps réel de la cinétique de migration des larves de nématodes parasites. La réalisation de ce test sur des isolats parasites résistants aux anthelminthiques permettra de valider l’activité des nouvelles molécules pour le contrôle de parasites qui menacent la pérennité de nombreux élevages, ovins, caprins, équins et porcins.

Un élevage de larves infestantes 

En amont de ces analyses, un premier travail consiste à recueillir les œufs de parasites dans les matières fécales des animaux d’élevage, puis à les faire éclore pour obtenir les larves. Le test porte sur la migration des larves parce que celle-ci est très représentative de la sensibilité aux antiparasitaires des adultes dans l’hôte. Il y a donc de grandes chances qu’une molécule efficace chez la larve le soit également chez le ver adulte.

Travailler sur la mobilité de nombreuses espèces de nématodes 

Cette technologie a été validée pour plusieurs espèces de nématodes parasites d’animaux, mais également chez des parasites de plantes. De plus, elle a également été adaptée avec succès pour le nématode modèle Caenorhabditis elegans pour identifier les cibles pharmacologiques des molécules antiparasitaires.

Un savoir-faire et des collections

L’unité ISP dispose d’une collection d’une grande diversité de parasites résistants, sensibles ou multirésistants aux molécules antiparasitaires pour l’ensemble des animaux d’élevage. Cette collection précieuse d’isolats résistants est un atout important à l’heure où le contrôle de la résistance représente un enjeu majeur pour la rentabilité des élevages. Cette banque a été constituée grâce aux échantillons collectés en France et dans différents pays suite à des suspicions de résistance à des molécules telles que le Lévamisole, le Pyrantel, le Morantel, les Benzimidazoles, les Avermectines. Le statut de résistance est étudié in vitro sur les larves du parasite puis validé in vivo en infestant puis en traitant les animaux. Les larves infestantes des différents isolats sont cryopréservées et peuvent être conservées de nombreuses années avant d’être décongelées pour redémarrer le cycle du parasite.

Impact d’une collaboration industrielle sur la recherche

L’identification de molécules capables de contrôler un parasite et de leur mode d’action est particulièrement important sur le plan cognitif et appliqué, puisqu’il s’agit d’identifier les molécules les plus prometteuses pour préserver la santé des animaux, sachant que depuis les années 2000, seulement trois nouvelles classes de molécules sont arrivées sur le marché vétérinaire (Nixon et al., 2020). De plus cette collaboration permettra de proposer un nouvel outil de diagnostic de la résistance aux antiparasitaires utile pour les filières d’élevage.

Des installations expérimentales au service de la recherche contre les parasites

En France les collections parasitaires de l’unité ISP sont uniques et enrichies par la production en conditions confinées de souches résistantes au sein de la Plate-forme d’infectiologie expérimentale (PFIE). Des tests d’efficacité in vivo d’antiparasitaires d’origine naturelle ont été menés sur ovins et caprins au domaine expérimental de Bourges-La Sapinière. Les parasites de chevaux issus d’infestations naturelles proviennent de l’unité expérimentale Physiologie animale de l’Orfrasière (UEPAO).

Quelques images d'Haemonchus contortus, parasites du bétail 

Un mâle et une femelle

Une femelle

Un mâle

Service communication INRAE Val de Loire Rédaction

Contact

Cédric NeveuContact scientifiqueUMR ISP, Infectiologie et santé publique (INRAE - Université de Tours)

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