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Evolution du travail des salariés permanents dans des exploitations d'élevage laitier

En France, le recours à des salariés permanents a fortement augmenté dans les élevages. Les maintenir dans les exploitations, et ainsi limiter leur turn-over, est devenu un défi pour la pérennité des élevages. Cinq trajectoires d’évolution du travail de salariés permanents en élevage bovin laitier ont été identifiées ; elles associent l’évolution des tâches attribuées, la tendance vers la polyvalence ou la spécialisation et l’évolution du niveau d’autonomie.

Publié le 03 janvier 2018 (mis à jour : 17 juillet 2020)

illustration Evolution du travail des salariés permanents dans des exploitations d'élevage laitier
© INRAE, Christophe Maitre

En France, le recours à de la main-d’œuvre salariée, notamment des salariés permanents non familiaux, a fortement augmenté en agriculture ces quarante dernières années. Les principales raisons de ce développement sont de profondes transformations structurelles, comme l’agrandissement des exploitations et la diminution de la main-d’œuvre familiale.

Maintenir ces salariés dans les exploitations, et ainsi réduire le turn-over, est un défi pour la pérennité des élevages. Rendre compte du travail des salariés et de son évolution depuis leur recrutement est pertinent pour identifier des leviers qui pourraient aider les éleveurs et les salariés à maintenir ces derniers sur l’exploitation. Pour cela trois concepts proposés en gestion de ressources humaines ont été mobilisés : les tâches attribuées aux salariés ; la tendance vers la spécialisation ou la polyvalence et le niveau d’autonomie. Ces concepts ont été appliqués à des données empiriques issues d’entretiens individuels auprès de 14 salariés permanents non familiaux et de huit éleveurs (leurs employeurs), dans des exploitations d’élevage bovin laitier en Auvergne.

Cinq trajectoires d'évolution du travail des salariés

Cette recherche, réalisée dans le cadre d'une thèse, a permis d’identifier cinq trajectoires d’évolution du travail des salariés permanents. Ces trajectoires se différencient notamment par l’absence ou la présence de changements au cours du temps :  pour les trois dimensions du travail analysées (tâches attribuées, spécialisation ou polyvalence, niveau d’autonomie) ;  à l’échelle de l’exploitation (surface, troupeau et collectif de travail) ;  à l’échelle du salarié (compétences techniques).

La trajectoire « rester un exécutant des tâches d’astreinte » est la plus stable en raison des freins à son développement lié principalement au manque de compétences techniques des salariés. Ils sont spécialisés dans l’exécution de quelques tâches d’astreinte (traite, alimentation et transformation fromagère). Ils ont un faible niveau d’autonomie car ils travaillent souvent avec un membre de la famille.

Les trajectoires « renforcer la polyvalence pour exécuter de nombreuses tâches sur l’exploitation » et « devenir polyvalent pour le remplacement » sont caractérisées par une augmentation de la flexibilité du travail des salariés liés à un accroissement de leur polyvalence. Ils exécutent avec une faible autonomie de plus en plus de tâches (alimentation et travaux dans les champs) soit de façon régulière en fonction de l’agrandissement de l’exploitation, soit lors de remplacements occasionnels des éleveurs (traite les week-ends par exemple).

Les trajectoires « devenir un technicien d’élevage » et « devenir un éleveur » sont celles qui évoluent le plus. Elles se caractérisent par des salariés qui deviennent plus spécialisés ou plus polyvalents. Leur niveau de responsabilité technique augmente, notamment avec des tâches de surveillance du troupeau (identification des chaleurs et des animaux malades). Leur niveau d’autonomie s’accroit également car ils peuvent travailler plus souvent seuls ou avec d’autres salariés pour réaliser des tâches à responsabilité technique, comme les soins vétérinaires, les vêlages et la sélection des reproducteurs. Ces évolutions sont liées à des changements dans le collectif de travail (départ des membres de la famille, problèmes de santé des éleveurs) et aux propres salariés, principalement leur souhait de développer leurs compétences techniques.

De la pratique au conseil

En termes de perspectives, rendre compte de la diversité et mieux comprendre l’évolution du travail des salariés pourrait contribuer à les maintenir dans les exploitations par des processus de réflexion conjointe entre éleveurs, conseillers et salariés sur l’évolution du travail de ces derniers dans les exploitations. Ce processus pourrait démarrer avant le recrutement entre éleveurs et conseillers avec l’objectif de définir les besoins des éleveurs et la place du salarié dans le collectif de travail. Après le recrutement, les salariés pourraient être intégrés dans ce processus réflexif afin d’identifier les meilleurs moyens de développer leurs carrières et les motiver à rester dans les exploitations.

 

Retrouvez l’intégralité du dossier : Travail et emploi en agriculture

Contacts

Nathalie Hostiou UMR Territoires (INRAE, AgroParisTech, VetAgroSup, Univ. Clermont-Auvergne)

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