Biodiversité 3 min

Des écoaliments pour l’aquaculture : comment être gagnant sur tous les fronts ?

COMMUNIQUE DE PRESSE - L’aquaculture peut-elle réduire son empreinte environnementale ? Les poissons d’élevage comme la truite arc-en-ciel sont habituellement nourris avec des aliments composés de farine et d’huile de poissons (environ 25 %), mais aussi d’ingrédients végétaux issus du soja, de la féverole, du pois ou encore du colza. Pour réduire les impacts négatifs de l’élevage de truite sur l’environnement, des scientifiques d’INRAE ont nourri des truites arc-en-ciel avec un aliment écoresponsable qu’ils ont eux-mêmes développé. Les conclusions de l’étude, parues le 15 septembre 2022 dans la revue Aquaculture, montrent que ces truites ont tout aussi bien grandi avec cet aliment, qui est moins cher et plus durable.

Publié le 19 septembre 2022

illustration Des écoaliments pour l’aquaculture : comment être gagnant sur tous les fronts ?
© Bertrand NICOLAS_INRAE

Actuellement, l’utilisation des farines et des huiles de poisson, mais aussi de soja, dans les aliments proposés aux poissons d’élevage contribue aux impacts négatifs de l’aquaculture sur l’environnement. En effet, l’élaboration de ces aliments ne tient compte que des contraintes économiques et nutritionnelles, mais pas des impacts environnementaux de leurs ingrédients.

 

C’était l’objectif du projet ECOALIM1 : développer une méthode de formulation dite multiobjectif, qui permette de fabriquer de nouveaux aliments, les écoaliments, à faible impact environnemental. Pour ces écoaliments, les besoins nutritionnels, le coût des ingrédients mais aussi les impacts environnementaux rentrent dans l’équation.

 

Des aliments meilleurs pour la planète certes, mais quid des performances de croissance des poissons qui les consomment ? Bref, est-il possible d’être gagnant sur tous les fronts ?

 

Pour répondre à ces questions, les scientifiques d’INRAE ont fabriqué des écoaliments grâce à une méthode multiobjectif, avec lesquels ils ont nourri des truites arc-en-ciel pendant 12 semaines. La vitesse de croissance des poissons a été mesurée et une analyse du cycle de vie a permis d’évaluer l’impact environnemental des truites nourries avec ce nouvel aliment. Huit catégories d’impacts ont été considérées : le changement climatique, la consommation d’énergie non renouvelable, l’acidification des milieux, l’eutrophisation de l’eau, l’occupation des sols, la consommation de phosphore, la demande en ressources biologiques naturelles (indicateur d’utilisation de la chaine trophique) et la demande en eau.

Résultats ? Du point de vue de la composition, l’écoaliment ne contient plus du tout de soja, et deux fois moins de farine et d’huile de poisson, réduction compensée par des coproduits de volailles et du blé. Cerise sur le gâteau, cet aliment est même 8 % moins cher ! Les truites grandissent aussi bien que celles nourries avec l’aliment traditionnel, sans être plus grasses. Enfin, après 12 semaines d’élevage, une réduction des impacts environnementaux de l’aliment et du kg de truite en sortie de ferme est observée dans 7 des 8 catégories d’impact prises en compte dans l’ACV2.

Ces travaux montrent qu’il est possible de réduire significativement l’impact environnemental de la production d’1kg de truite, sans pour autant diminuer la vitesse de croissance des poissons grâce à des méthodes de formulation ad hoc. Cette voie semble prometteuse pour réduire la dépendance de l’aquaculture vis-à-vis de la farine et de l’huile de poisson, mais aussi du soja.

1 Cofinancé par le CASDAR et l’Ademe (2013-2016). Plus d'information : https://www6.inrae.fr/ecoalim/

2 L’eutrophisation de l’eau n’est pas impactée.

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Biodiversité

Les microARN : des espions de l’état physiologique des animaux

COMMUNIQUE DE PRESSE - Les microARN sont des petites molécules qui permettent de réguler l’expression des gènes. Deux équipes de recherche INRAE, en collaboration avec une équipe de l’Université d’Oregon, ont évalué le potentiel d’utilisation des microARN comme biomarqueurs non-invasifs du statut métabolique et du statut reproducteur de la truite arc-en-ciel, en les analysant à partir d'une simple prise de sang. Leurs résultats, publiés le 16 octobre dans BMC Biology, montrent que les microARN évoluent en fonction du stade de reproduction des poissons et de leur état physiologique, permettant notamment de détecter l'ovulation ou caractériser la croissance musculaire de l’animal. Ces travaux novateurs ouvrent de nombreuses perspectives pour l’utilisation des microARN comme biomarqueurs non-invasifs chez l’animal, dans le domaine de la recherche mais aussi de l’élevage pour suivre l'état physiologique des animaux.

16 novembre 2021

Agroécologie

Un nouvel outil pour l’identification des gènes d’intérêt chez la truite arc-en-ciel : une puce haute densité à 665 000 marqueurs génétiques

La connaissance des variations de la séquence d’ADN qui constitue le génome d’un individu est une information centrale dans les recherches en génétique. S’il est possible de séquencer le génome complet pour connaître toutes ces variations, cela reste très coûteux. Les puces de génotypage, beaucoup moins onéreuses, permettent de travailler avec une densité d’information intermédiaire (correspondant à une sélection de positions, ou « marqueurs », judicieusement répartis sur le génome). Cependant, leur efficacité est directement liée au nombre de marqueurs disponibles. Pour la truite arc-en-ciel, première espèce de poisson d’élevage en France, INRAE et ses partenaires viennent de développer une nouvelle puce de génotypage haute densité (665 000 marqueurs, soit environ 15 fois plus que les meilleurs outils disponibles jusqu’ici), qui augmente fortement la puissance d’analyse obtenue. En donnant accès à une information génomique beaucoup plus précise, cette puce permettra une identification plus facile des gènes à l’origine des différences entre individus et la mise au point de procédures de sélection plus efficaces pour adapter les animaux aux évolutions des conditions d’environnement.

31 août 2022