Société et territoires 5 min

Démographie des exploitations et des actifs agricoles

Démographiques, économiques ou encore sociaux… au cœur des changements qui animent le monde agricole, la population active a évolué, la nature des emplois et des activités s'est transformée. Le Salon international de l’agriculture 2020 a été l’occasion de documenter ces recompositions pour mieux les comprendre.

Publié le 23 juillet 2020

illustration Démographie des exploitations et des actifs agricoles
© INRAE, Christophe Maitre

Quelques animaux, des récoltes abondantes sous le soleil de juillet et un couple d’exploitants travaillant à temps plein… la ferme familiale « à la française » solidement ancrée dans l’imaginaire collectif lorsqu’on évoque les campagnes, s’efface aujourd’hui au profit d’autres formes d’organisation tandis que le nombre d’exploitations  et d’actifs agricoles poursuit son inexorable érosion.

Lors du Salon international de l’agriculture 2020, une conférence réunissant INRAE et la Mutualité sociale agricole ou MSA a permis de faire le point sur une réalité sous tension. 

Des exploitations agricoles moins nombreuses mais plus grandes

En France, on dénombrait près de 2,3 millions d'exploitations agricoles en 1955 contre un peu moins de 490 000 en 2010. Qu’en sera-t-il demain ? 

La mise en œuvre d’un modèle de projection démographique, qui a la particularité d’exploiter les données des recensements de l’agriculture et celles de la base des cotisants non-salariés de la MSA et de prendre en compte les processus sous-jacents (p. ex. les dynamiques foncières), montre, qu’à horizon 2025, si les tendances actuelles se maintiennent, la France pourrait compter 342 0000 exploitations agricoles.

Une telle projection correspond à une baisse de 30 % de l’effectif national par rapport à 2010, soit -2,4 % par an. La diminution du nombre d’exploitations à l’horizon 2025 s’effectuerait à un rythme toutefois moins soutenu que sur les deux décennies précédentes (-3,0 % par an en moyenne entre 2000 et 2010 contre -3,5 % par an en moyenne entre 1990 et 2000).

Les exploitations de moins de 200 hectares verraient leurs effectifs diminuer, en particulier les plus petites : celles de moins de 20 hectares subiraient la plus forte baisse, passant de 211 400 à 129 800, soit une diminution de près de 40 % (-3,2 % par an), les exploitations de 100 à 200 hectares connaîtraient la baisse la plus modérée, avec un effectif passant de 72 600 à 64 700, soit une diminution de « seulement » 11 % (-0,8 % par an). A l’inverse, les exploitations de 200 hectares et plus verraient leurs effectifs augmenter de 12 %, passant de 20 300 à 22 800 soit + 0,8 % par an. Finalement, la part des exploitations de plus de 100 hectares dans la population totale progresserait, passant de 19 % en 2010 à 26 % en 2025. Ces « grandes » structures représenteraient ainsi plus d’une exploitation sur 4 à l’horizon 2025 contre moins d’une sur 5 en 2010.

Emplois et qualité du travail en agriculture

L’agriculture est faite de catégories variées d’actifs dont les statuts et la visibilité diffèrent.

Aux côtés des exploitants et co-exploitants agricoles, conjoints et aides familiaux (500 0000 personnes en 2016) et des salariés permanents (144 000 personnes en 2016), l’agriculture, répondant aux impératifs d’une production caractérisée notamment par des pics d’activité, une forte saisonnalité et une grande volatilité des prix, a recours à de la main-d’œuvre temporaire. S’y ajoutent les travailleurs illégaux et les bénévoles. A noter qu’entre 2002 et 2016, la main d’œuvre familiale a diminué de 30 % contre 13,5 % pour les salariés en contrat à durée indéterminée (CDI) et 3,5 % pour les salariés sans CDI. Des chiffres qui témoignent de dynamiques différentes et de recomposition en cours.

La population salariée est plus jeune que celle des exploitants – en 2016, l’âge moyen des exploitants est de 52 ans -  avec des écarts significatifs selon qu’elle est permanente ou temporaire.

En 2016, 80 % des travailleurs directement employés par les exploitations étaient des salariés agricoles sous statuts précaires (contrat à durée déterminée ou CDD, saisonniers ou non ; apprentis et stagiaires rémunérés) soit 610 000 personnes. Ils ont assuré un volume de travail équivalent à celui des salariés permanents des exploitations . A cela s'ajoute le travail réalisé par une proportion croissante de travailleurs agricoles (200 000 personnes en 2016) salariés par des entités juridiques distinces de l'exploitation agricole (agences d’intérim, groupements d’employeurs, entreprises de travaux agricoles ou autre prestataires de services, notamment des prestataires de service étrangers dont l’activité repose sur des travailleurs détachés soit 67 000 personnes en 2017). Cette population de salariés employés par des tiers a été multipliée par 6,5 entre 2002 et 2016 soit près de 200 000 personnes en 2016 dont plus de 20 % ne résident pas de façon permanente en France.

Ces salariés sous statuts précaires correspondent à des profils variés : main d’œuvre locale issue de groupes sociaux en situation de pauvreté et à la recherche d’un emploi régulier, main d’œuvre de proximité, à la recherche d’un complément de revenus ( étudiants, familles, retraités), gens du voyage, personnes en contrats d’insertion ou encore saisonniers étrangers (intra ou extra-européens) recrutés par le bouche à oreille, via des prestataires de services étrangers ou français ou venant dans le cadre d’accords bilatéraux. Si en 2002 beaucoup d’étudiants occupaient encore des emplois temporaires en agriculture, ils ont progressivement laissé place à d'autres catégories de main d'oeuvre.

Conséquence, les collectifs de travail sont très hétérogènes entre exploitations voire au sein même d’une exploitation agricole. A structure équivalente, le collectif de travail diffère, reposant sur des salariés permanents et de la main d’œuvre locale ou réunissant plusieurs formes de travailleurs saisonniers. 

Conditions de travail et de santé en agriculture

L’agriculture cumule presque tous les risques professionnels et la sécurité au travail est un enjeu majeur. Les recompositions observées ces dernières années ont, dans ce domaines, plusieurs conséquences. On sait ainsi que les accidents sont proportionnellement plus nombreux pour les personnes qui occupent des postes de travail de façon occasionnelle.  Une partie des salariés précaires cumule ces risques avec ceux liés à leur situation personnelle : les femmes, les étrangers, les travailleurs de moins de 25 ans ou de plus de 60 ans sont surreprésentés dans les contrats précaires par rapport à l’ensemble des contrats. Cette vulnérabilité est propice à la dégradation des conditions de travail et d’emploi d’autant que des risques nouveaux apparaissent : ils sont associés à l’augmentation de l’intensité du travail, aux formes de mobilité internationales, à des pratiques potentiellement dangereuses pour les individus telles que le recours à des produits chimiques…

Les chefs d’exploitation doivent donc faire face à des risques nouveaux pour eux-mêmes, et pour la main d’œuvre familiale et salariée. Ils doivent aussi assumer une charge de gestion du personnel de plus en plus complexe. Ainsi la diversité des situations d’emploi des individus rend parfois confus le partage des responsabilités. Dès lors que les tâches se déroulent sur leurs exploitations, la responsabilité des exploitants est engagée mais qu'en est-il de ce qui se passe autour de la journée de travail ? La crise de la Covid 19 a ainsi montré certains travailleurs étrangers piégés dans un no man’s land juridique lorsque l’employeur n’était pas responsable des conditions de leur transport et de leur logement.

En matière de prévention relative à la santé et à la sécurité au travail, de nouveaux dispositifs doivent donc voir le jour, prenant en compte l’évolution des emplois notamment l’augmentation de la proportion relative de salariés non permanents.

 

Si la dynamique globale s’oriente plutôt vers une diminution des exploitations et des emplois agricoles notamment familiaux, ces grandes tendances masquent aussi une forte diversité de situations et d’évolutions d’une région l’autre, d’un secteur agricole à l’autre qu’il ne faut pas négliger.

 

Retrouvez l’intégralité du dossier : Travail et emploi en agriculture

 

 

Catherine Foucaud-ScheunemannRédactrice

Contacts

Laurent Piet UMR Laboratoire d’études et de recherches en économie - Structures et marchés agricoles, ressources et territoires (INRAE, AgroCampusOuest)

Catherine Laurent UMR Sciences pour l'action et le développement : activités, produits, territoires (INRAE, AgroParisTech)

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