Alimentation, santé globale 3 min

Les zoonoses, ces maladies qui nous lient aux animaux

Nous avons de multiples contacts avec les animaux. Ils sont présents partout autour de nous. Nous partageons le même environnement, la même planète... et nous partageons également des maladies infectieuses ou parasitaires ! Cet ouvrage apporte un éclairage synthétique sur les maladies transmissibles entre les humains et les animaux, appelées zoonoses.

Publié le 24 février 2021

illustration  Les zoonoses, ces maladies qui nous lient aux animaux
© INRAE

Cet ouvrage invite à mieux appréhender le monde animal et microbien qui nous entoure. Il nous permet de comprendre ces maladies pour mieux nous en protéger et, au-delà, de reconsidérer les liens que nous entretenons avec les animaux et l’ensemble du monde vivant pour le réintégrer pleinement.

Qu'est-ce qu'une zoonose ? Qui nous transmets quoi ? Comment se prémunir de ces maladies et vivre avec ? Comment mieux gérer collectivement les émergences de ces maladies ? ... sont les principales questions abordées dans cet ouvrage qui fait également la part belle aux exemples :

  • peste, tuberculose et rage qui ont marqué l'histoire,
  • maladie de Lyme, zoonoses à coronavirus, fièvre hémorragique de Crimée-Congo, grippes, maladie à virus Ebola et « maladie de la vache folle » (zoonose à prion), qui ont défrayé la chronique plus récemment et illustrent les d’apparition de « nouvelles » maladies
  • fièvre jaune et infection à virus West Nile qui mettent en lumière les phénomènes de diffusion entre continents via la mondialisation des échanges.
  • fièvre Q et toxoplasmose  qui soulignent l’importance de l’adoption d’une vigilance accrue lors des périodes à risque comme la grossesse.
  • échinococcose et trichinellose qui illustrent la diversité des cycles parasitaires et des risques alimentaires associés. 

Par : Gwenaël Vourc’h (INRAE), François Moutou (Anses), Serge Morand (CNRS et Cirad), Elsa Jourdain (INRAE)

Disponible aux Editions Quae - Collection Enjeux Sciences - 175 p. - Disponible gratuitement en e-pub - 16 € en livre papier

EXTRAITS

[1] QUELS SONT LES LIENS HISTORIQUES QUI FAVORISENT LA TRANSMISSION DE ZOONOSES ?

[...] Il semble que la proximité de coexistence et surtout sa durée l’emportent sur la proximité phylogénétique pour expliquer les échanges de micro-organismes. L’exemple de la rougeole est sans doute le plus parlant. L’aurochs (Bos primigenius), aujourd’hui éteint, représente l’ancêtre de tous les bovins domestiques, à bosse et sans bosse. Présent sur une grande partie de l’Eurasie et en Afrique du Nord, il n’a jamais atteint l’Amérique. Il a été domestiqué au moins en deux endroits distincts, la Mésopotamie et la vallée de l’Indus. L’existence d’un foyer de domestication en Chine et d’un autre au nord de l’Afrique est encore discutée. Le virus de la peste bovine (Morbillivirus, de la famille des paramyxoviridés) a été « domestiqué » avec son hôte, l’aurochs. Le virus s’est adapté à H. sapiens au contact régulier des humains, et on pense que c’est ainsi que le virus de la rougeole est apparu il y a quelques millénaires. L’absence de Morbillivirus connu chez les autres hominidés et l’extrême sensibilité des Amérindiens à la rougeole apportée par les Européens confortent l’origine eurasienne de la maladie.

De manière assez symétrique, il semble bien que l’origine de l’agent de la tuberculose bovine (Mycobacterium bovis) des bovins domestiques soit à rechercher du côté des mycobactéries portées par les humains : M. tuberculosis, responsable de la tuberculose humaine. Dans ce cas, ce seraient les pasteurs qui auraient contaminé leur bétail (voir p. 84).

Les conséquences sanitaires de la domestication ne sont pas toutes très anciennes. Le cas du MERS-CoV (pour coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient, ou Middle-East Respiratory Syndrome en anglais) apparu en 2012 pose de nombreuses questions dont les réponses ne sont pas encore connues (voir p. 93).

 

[2] LE NOMBRE D’ÉPIDÉMIES DE ZOONOSES AUGMENTE-T-IL ?

Avec l’éradication de la variole dans les années 1970, le monde médical, au moins certains responsables, a alors annoncé la fin des maladies microbiennes. L’arrivée du sida dans les années qui ont immédiatement suivi, combinée à l’augmentation des résistances aux antibiotiques, a été un douloureux rappel à une autre vision de l’avenir de la santé publique, à l’échelle de la planète et pour les  décennies  à  venir.  L’augmentation  rapide  de  la  population  humaine, associée à la capacité accrue de détection des maladies, a probablement rendu plus visibles certains phénomènes encore peu apparents jusque-là. Aussi, l’augmentation des zoonoses, dont on entend parler dans les médias, est-elle une réalité ?

[…] Pour illustrer nos propos sur l’émergence de zoonoses, nous prendrons ici l’exemple de la base de données GIDEON (pour Global Infectious Diseases and Epidemiology Network en anglais), qui est la source disponible la plus complète pour un ensemble relativement conséquent de maladies infectieuses et parasitaires pour les humains, et dont les données ont été validées par des experts.

[…] La courbe du nombre d’épidémies de zoonoses en fonction des années de déclaration dans la base GIDEON présente une nette augmentation à partir de 1960, avec deux épisodes intenses correspondant respectivement à la grippe A(H1N1)pdm09 en 2009 et la Covid-19 en 2020 (voir figure 13). Outre cette augmentation globale et à l’exception de deux épisodes pandémiques, on note un fléchissement dans l’augmentation des épidémies pour les deux dernières décennies. S’agit-il d’un phénomène transitoire ou la marque d’une transition épidémiologique ? Les années futures y  répondront.

Contacts

Gwenaël Vourc'h Contact scientifique

Elsa Jourdain Contact scientifiqueUMR EPIA Epidémiologie des Maladies Animales et Zoonotiques

Le centre

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