Biodiversité 3 min

Protéger les prairies permanentes : une priorité pour la biodiversité et l’agroécologie

Une étude menée par des chercheurs de l’institut INRAE et du CNRS dans le Sud-Ouest de la France montre que la disparition passée des prairies permanentes au profit des cultures annuelles a des effets rémanents observables sur plus de 20 ans sur la biodiversité d’aujourd’hui. Leurs résultats publiés dans la revue PNAS le 6 janvier 2020 appellent à sanctuariser les prairies permanentes afin de freiner le déclin de la biodiversité.

Publié le 07 janvier 2020

illustration Protéger les prairies permanentes : une priorité pour la biodiversité et l’agroécologie
© INRAE

L’agriculture intensive et la destruction des milieux naturels est une des causes majeures de la crise que connait la biodiversité à l’échelle planétaire, européenne et française. A ce jour, la plupart des études s’intéressant aux effets de l’agriculture sur la biodiversité se sont focalisées sur leurs effets immédiats, ignorant leurs potentiels effets rémanents à long terme. Grâce à des relevés des modes d’occupation des sols réalisés depuis plus de 20 ans, dans une zone d’étude de plus de 450 km² de l’Ouest de la France regroupant 11 000 parcelles agricoles, les chercheurs ont quantifié l’impact de la destruction passée des milieux naturels sur la biodiversité actuelle. La biodiversité a été analysée au sein de différents groupes d’espèces sauvages : des plantes, des oiseaux, des insectes pollinisateurs tels que les abeilles sauvages et syrphes, des insectes herbivores comme les criquets et des prédateurs comme les carabes et les araignées.

 

En comparant des paysages agricoles similaires mais ayant des historiques de modes d’occupation des sols différents, le travail des chercheurs montre un impact fort des actions passées sur la biodiversité observée actuellement dans les milieux agricoles. En particulier, la destruction passée des milieux semi-naturels, comme les prairies permanentes, a des effets délayés dans le temps et observables sur plus de 20 ans, continuant d’affecter aujourd’hui la biodiversité. Cette inertie dans la réponse de la biodiversité aux changements de mode d’occupation des sols et aux pratiques agricoles correspond à une dette d’extinction. Cette dette signifie que des espèces encore observables de nos jours dans les paysages agricoles pourraient disparaitre car l’effet des perturbations passées se poursuit sur des décennies. La présence d’habitat naturel résiduel (ex. haies, petits bois) ou alternatifs (ex. intercultures, bandes fleuries) peut ralentir un temps la dynamique d’extinction des espèces. Les chercheurs montrent également que ces effets de l’histoire s’observent sur l’ensemble de la chaine trophique, des plantes aux insectes et aux oiseaux et impactent plus particulièrement la diversité et l’abondance d’espèces ayant de faibles capacités de mobilité et un régime alimentaire spécialisé.

Cette étude originale met en exergue la nécessité de considérer l’histoire des perturbations passées pour comprendre la crise de la biodiversité actuelle et future et ses conséquences sur le fonctionnement des écosystèmes à long terme. Le constat du déclin de la biodiversité est d’ores et déjà accablant, mais celui-ci ignore encore la dette d’extinction des espèces. La biodiversité étant impliquée dans un grand nombre de processus écologiques (pollinisation, recyclage de la matière organique, prédation des ravageurs des cultures), son déclin aura d’importantes conséquences sur le fonctionnement futur des agroécosystèmes si rien n’est fait pour l’empêcher. Si la situation est préoccupante, les auteurs montrent également que la présence de prairies âgées à proximité des cultures atténue fortement le déclin de la biodiversité, et agissent comme des zones refuges d’où les espèces peuvent recoloniser et essaimer. Restaurer et sanctuariser les prairies permanentes, autrefois bien plus présentes dans les régions agricoles, apparaît comme une priorité pour éviter de payer une dette écologique qui affecterait profondément le fonctionnement des agroécosystèmes. Considérées comme une véritable richesse patrimoniale, ces prairies pourraient préserver le potentiel agroécologique au sein des paysages agricoles.

Contacts

Nicolas GrossChercheurUnité écosystème prairial (UMR INRAE - VetAgro Sup, Centre INRAE Clermont-Auvergne-Rhône-Alpes

Isabelle BadenhausserChercheuseUnité de Recherche Pluridisciplinaire Prairies et Plantes Fourragères, centre INRAE Nouvelle-Aquitaine-Poitiers

Gaëtane Le Provost ChercheuseSenckenberg Biodiversity and Climate Research Centre (Senckenberg Gesellschaft für Naturforschung, Frankfurt, Germany)

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