Alimentation, santé globale 3 min

Les produits laitiers, nos alliés santé !

De nouvelles études montrent régulièrement des bienfaits ou des effets positifs des produits laitiers, au-delà des controverses persistantes. Les chercheurs INRAE d’Auvergne-Rhône-Alpes s’intéressent tout particulièrement à leur impact santé dans une optique de prévention des maladies métaboliques par la mise au point de nouvelles stratégies nutritionnelles.

Publié le 02 juin 2020

illustration Les produits laitiers, nos alliés santé !
© INRAE

Les produits laitiers semblent aider à combattre les perturbations biologiques liées au syndrome métabolique

La consommation de produits laitiers, notamment le lait et les produits laitiers frais (à teneur réduite en lipides), pourrait atténuer les altérations biologiques liées au syndrome métabolique en modulant l'inflammation et le stress oxydatif.

Dans une récente étude, les chercheurs ont analysé comment le niveau de consommation de produits laitiers pouvait modifier les perturbations du profil métabolique du plasma (métabolome) observées lors d’un syndrome métabolique. Les patients malades observés présentaient une augmentation du tour de taille, des défauts de régulation de la pression artérielle, de la glycémie, ou de la triglycéridémie.

Dans un premier temps, les analyses des plasmas de sujets atteints d’un syndrome métabolique, ont montré des altérations majeures au niveau des composés aminés et d’espèces lipidiques liés au stress oxydant et pro-inflammatoire chez ces sujets. Les chercheurs ont dans un second temps déterminé si ces altérations étaient en lien avec la consommation de produits laitiers dans cette population. Ils ont observé que le niveau de consommation de produits laitiers (notamment lait et produits laitiers frais) améliorait l’équilibre plasmatique des sujets pour plusieurs composés clés du syndrome métabolique. Autrement dit, l’effet bénéfique de la consommation de ces produits pourrait être lié à la normalisation des taux de métabolites liés à l’inflammation et au stress oxydant circulant dans le sang. Les adaptations biologiques pouvant expliquer cette relation et les effets précis des différents types de produits laitiers restent encore méconnus et ces premiers résultats doivent être validés dans une population plus large. De même, les chercheurs vont continuer les explorations pour mieux caractériser l’impact de la consommation de ces différents types de produits laitiers afin d’en discriminer les effets pour ce qui est du syndrome métabolique.

Contact : Frédéric Capel, Corinne Malpuech-Brugère, UMR Nutrition Humaine (Centre Clermont-Auvergne-Rhône-Alpes)

 

Lipides polaires laitiers et babeurre : vers de nouveaux ingrédients pour la santé cardiovasculaire

Le lait et les produits laitiers contiennent une très grande variété de lipides. Parmi eux, les lipides polaires, qui représentent environ 2 % de lipides du lait, et qui entourent les gouttelettes de triglycérides. On les retrouve en plus grand quantité dans le babeurre (de 1 à 10 g/litre environ), ce liquide blanc issu du lait après le barattage de la crème dans la préparation du beurre. Des études chez l’animal, incluant celles menée par les chercheurs INRAE, ont montré que ces lipides polaires d’origine laitière ont des effets bénéfiques sur la régulation du taux de cholestérol dans le sang et sur le métabolisme des lipides, notamment dans les heures qui suivent la consommation. Un consortium* de chercheurs des deux centres INRAE d’Auvergne-Rhône-Alpes a donc voulu étudier l’impact de la consommation de produits laitiers enrichis en lipides polaires chez des personnes à risque de développer une maladie cardiovasculaire. La population choisie a été les femmes ménopausées et en surpoids, dont on sait que la mortalité cardiovasculaire est particulièrement élevée. Après un mois de consommation d’un fromage à tartiner enrichi en lipides polaires grâce à un concentré de babeurre, les chercheurs ont observé une diminution cliniquement significative de leurs taux de  LDL-cholestérol, de triglycérides et d’autres marqueurs importants du risque cardiovasculaire (tels les rapports cholesterol total/HDL et ApoB/ApoA1). Cela signifie que leur risque de développer un problème cardiovasculaire a été diminué. Des travaux complémentaires menés par ces chercheurs ont montré que ces lipides polaires laitiers auraient la faculté de s’associer au cholestérol présent dans le tube digestif pour former un complexe. Celui-ci, non absorbé par l’intestin grêle, se retrouve éliminé dans les selles, notamment après avoir été en partie transformé par le microbiote intestinal en un dérivé non absorbable du cholestérol.

Ces résultats pourraient être à la base de nouvelles stratégies nutritionnelles pour diminuer des facteurs de risque cardiovasculaire chez certaines populations exposées, et devront être testés chez d’autres populations à risque pour confirmer leur rôle en prévention primaire nutritionnelle.

Par ailleurs, ces résultats devraient contribuer à diversifier les ingrédients utilisés par l’industrie agroalimentaire. En effet, les qualités des lipides polaires laitiers pour la texture des aliments, ajoutées à leur effet protecteur potentiel sur la santé, pourraient en faire une alternative avantageuse à la lécithine de soja déjà utilisée dans de très nombreux produits alimentaires, et présenteraient un intérêt dans la valorisation du babeurre, dont la production est locale.

 

Contact : Marie-Caroline Michalski, UMR CarMeN (Centre Lyon-Grenoble Auvergne-Rhône-Alpes)

 

Références bibliographiques :

  • Capel F, Bongard V, Malpuech-Brugère C, Karoly E, Michelotti GA, Rigaudiere JP, et al. Metabolomics reveals plausible interactive effects between dairy product consumption and metabolic syndrome in humans. Clin Nutr. 2019. Epub 2019/07/08

Partenaires : CNIEL, Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Toulouse, INSERM, Metabolon

 

  • Vors C., Joumard-Cubizolles, Lecomte et al, Milk polar lipids reduce lipid cardiovascular risk factors in overweight postmenopausal women: towards a gut sphingomyelin-cholesterol interplay, Gut, 2020http://dx.doi.org/10.1136/gutjnl-2018-318155.

       Bourlieu, Cheillan et al. 2018. Polar lipid composition of bioactive dairy co-products buttermilk and butterserum: Emphasis on sphingolipid and ceramide   isoforms. Food Chem. doi: 10.1016/j.foodchem.2017.07.091.

*Ces travaux ont été menés dans le cadre du projet ANR VALOBAB (2012-2016), coordonné par Marie-Caroline Michalski, directrice de recherche INRAE à l’unité Cardiovasculaire, Métabolisme, Diabétologie et Nutrition (CarMeN, Université Lyon 1, INRAE, Inserm, Insa de Lyon). Le projet a fédéré l'interprofession laitière (CNIEL) et 6 laboratoires et centres de recherche : l’unité CarMeN à Lyon, avec la participation du CRNH Rhône-Alpes, l’Unité de nutrition humaine et l’unité Microbiologie, environnement digestif et santé (INRAE, UCA) à Clermont-Ferrand, avec la participation du CRNH Auvergne, l’unité Science et technologie du lait et de l'œuf (INRAE, Agrocampus ouest) à Rennes, l’ENILIA (Surgères, avec la participation d’ACTALIA Produits Laitiers et Philolao), et l’ITERG (Bordeaux). Le projet VALOBAB a été soutenu par l’ANR (ANR-11-ALID-007) et labellisé par le pôle de compétitivité VALORIAL (L’Aliment de Demain).

Cette étude clinique, dont les Hospices Civils de Lyon sont promoteurs, a également été financée par le
PHRC-I VALOBAB.

 

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Obésité, diabète et pathologies cardiovasculaires sont des maladies chroniques dont l’apparition et le développement sont affectés par la nutrition et les modes de vie. Si la nutrition représente un facteur de risque, elle peut aussi être un facteur de protection - une alimentation variée et équilibrée assortie d’une activité physique régulière participent à une bonne santé physique et psychique. Aujourd’hui, les nouvelles technologies semblent offrir des perspectives intéressantes d’appropriation de l’information alimentation-santé, cependant l’accès à ces outils et l’usage qui en est fait révèlent des formes d’appropriations sociales dont la prise en compte est indispensable en matière de santé publique.

26 décembre 2019