Biodiversité 7 min

Le processus d'attachement de l’agneau à sa mère : une histoire de tétée et d’ocytocine

L’attachement de l’agneau nouveau-né pour sa mère est généré par une libération d’ocytocine provoquée par la tétée.

Publié le 02 juillet 2021

illustration Le processus d'attachement de l’agneau à sa mère : une histoire de tétée et d’ocytocine
© Raymond Nowak

L’existence d’interactions préférentielles entre la mère et ses petits chez les mammifères est généralement sous l’influence de la taille de la portée, de la mobilité du jeune, de la qualité des soins parentaux et de la sociabilité de l’espèce. Les liens sont plus forts chez les espèces grégaires, n'élevant qu'un ou deux petits, très mobiles, et les naissances sont souvent synchronisées. Un tel contexte social est propice à l’émergence de comportements maternels inadaptés, liés au mélange de portées, voire à la séparation mère-jeune. Aussi, une reconnaissance des petits par leur mère et un développement des soins sélectifs se mettent rapidement en place sur la base de caractéristiques individuelles. Réciproquement, le nouveau- acquiert une image multisensorielle de la mère qui forge un comportement préférentiel pour elle. Cette relation peut donner lieu à l'attachement, qui désigne un lien affectif d’un individu à un autre.
Les recherches approfondies menées au cours des dernières décennies ont considérablement amélioré notre connaissance des bases neuroendocrinologiques et neurobiologiques de ces comportements. L’ocytocine (OT) est une neurohormone impliquée dans les étapes initiales favorisant les soins maternels. De ce fait elle pourrait avoir un rôle clé dans le processus d'attachement du petit à sa mère ou entre le petit et sa mère.

L’attachement de l’agneau à sa mère : des mécanismes encore mal connus

Les moutons sont caractérisés par un lien fort entre la brebis et l’agneau, qui se produit très rapidement après la mise-bas. Il a été montré que le système ocytocinergique de l'hypothalamus est activé chez les agneaux nourris artificiellement en interaction avec leur soigneur humain, pour lequel ils expriment des comportements d'affiliation. Cependant, la contribution des substrats cérébraux* dans l’élaboration de ces comportements est loin d’être claire.
A la lumière de ces connaissances, les chercheurs de l’UMR PRC et d’Agrocampus Ouest ont étudié chez l'agneau les liens entre : (i) l'activité de tétée précoce et le développement d'une préférence pour la mère, (ii) les interactions sociales et la libération d'OT, et (iii) la libération d'OT et le processus d'attachement précoce. Pour atteindre cet objectif, trois expériences ont été menées.
Dans la première expérience, l'activité de tétée de l'agneau a été enregistrée pendant les 6 heures suivant la naissance, en faisant varier les conditions d’accès à la mamelle et en plaçant une autre brebis avec sa mère. Cette expérience a révélé que les agneaux ayant un accès libre à la mamelle dès leur naissance ont développé, dès l'âge de 12 heures, une nette préférence pour leur mère par rapport l’autre brebis présente. En retardant l'accès à la mamelle de six, quatre ou même seulement 2 h après la naissance, on observe l'absence d'une telle préférence sans affecter l'activité générale. Ces effets ont persisté dans la plupart des cas pendant 24 heures, mais à 72 heures d'âge, un lien avec la mère était finalement exprimé.
Dans la deuxième expérience, les niveaux plasmatiques d'OT ont été mesurés chez les agneaux, lorsqu'ils avaient des interactions étroites avec leur mère. Cette expérience a montré que les interactions sociales avec la mère étaient suivies d'une libération d'OT dans le plasma des agneaux lorsqu'ils avaient la possibilité de téter. Les interactions non nutritives étaient sans effet. Des données préliminaires sur deux sujets suggèrent que l'OT augmente aussi dans le liquide céphalo-rachidien après la tétée.
Dans la troisième expérience, l’un antagoniste du récepteur de l'OT a été administré pendant les 4 premières heures après la naissance. Cela a entraîné une diminution de l'exploration du corps de la mère par les agneaux ainsi traités par rapport ceux ayant reçu une solution saline (placebo témoin), et a altéré l'expression d'une préférence pour la mère à 24 heures après la naissance. Ces différences n’étaient plus observées à 48 heures après la naissance.

Tétée - ocytocine - attachement : une chaine vertueuse

Ces trois expériences ont montré que : (i) la tétée déclenche la libération de l'ocytocine dans le plasma et dans le liquide céphalorachidien des agneaux ;(ii) la privation de la tétée dans les quelques heures qui suivent la naissance freine le développement d'une préférence pour la mère chez les agneaux ; (iii) l'utilisation d’un antagoniste des récepteurs à l’ocytocine a le même effet. Le mouton est ainsi la première espèce animale pour laquelle il est montré que l'attachement du nouveau- à sa mère est lié à une libération d’ocytocine qui est elle-même déclenchée par la tétée.

* À chaque processus cognitif ou affectif, correspond un ensemble complexe d’activations cérébrales (successives ou simultanées) qui mobilisent un ou plusieurs modules cérébraux. Le substrat neural représente la partie biologique d’un phénomène cognitif.

Sylvie André

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Raymond Nowak UMR Physiologie de la Reproduction et des Comportements

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