Agroécologie 4 min

La Fage, un modèle éthique et durable d’élevage en plein-air

A 800m d’altitude, sur le plateau du Larzac, 350 brebis vivent en plein-air intégral sur le domaine INRAE de La Fage. Reportage sur ce système d'élevage ancien redevenu innovant.

Publié le 19 décembre 2017

illustration La Fage, un modèle éthique et durable d’élevage en plein-air
© INRAE A. Boissy

Présentation du domaine expérimental de la Fage : visite en 360°

Le domaine de la Fage, une unité expérimentale d'INRAE, élève sur 380 ha mille brebis : 400 brebis de race viande Romane élevées en plein-air intégral et  600 brebis laitières de race Lacaune. Visitez les deux types d'élevage en 360° en déplaçant votre curseur sur l'image.

Le 15 juillet 2021, Frédérique Vidal, Ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, a visité le domaine :

Focus sur le système d'élevage de brebis de race viande en plein-air

Le plateau du Larzac est une lande de buis, graminées et épineux située à 800 m d’altitude. Dans ces conditions parfois difficiles, 300 à 400 brebis vivent dehors été comme hiver, grâce au système pionnier de plein-air intégral mis au point et perfectionné depuis 1965 à la Fage, en collaboration avec les chercheurs d'INRAE Toulouse Clermont-Ferrand. L’objectif est de produire des agneaux sous la mère en valorisant au maximum les ressources naturelles disponibles.

 

Des brebis robustes

Il faut dire qu’elles sont robustes, ces brebis de race Romane, issue d’un croisement entre les races Romanov et Berrichonne du Cher. Leur toison les protège, plus ou moins selon la part héritée des deux races mères : les poils bouclés des Berrichonne isolent mieux du froid et de la pluie que les poils longs des Romanov. Des études de génétique menées à INRAE Toulouse ont permis d’identifier le gène majeur qui gouverne la qualité de la toison, ce qui permet désormais de pratiquer la sélection sur ce caractère.

Sélectionner les meilleures mères

Les programmes de sélection conduits à la Fage en partenariat avec les chercheurs de l’Inra ont permis d’améliorer d’autres caractères nécessaires à ce type d’élevage en plein-air, en premier lieu l’aptitude maternelle. Des travaux menés depuis 2010 ont montré que les agnelles les plus sociables deviennent les brebis les plus maternelles. On peut donc sélectionner les meilleures génitrices à l’âge de trois mois sans attendre la première mise-bas (voir le reportage).

De nouveaux programmes de sélection pluridisciplinaires ont débuté récemment sur la rusticité (programme européen Isage) et sur la mobilisation des réserves lipidiques, essentielle dans un milieu aux ressources alimentaires limitées (programme européen Selmet).

En plein-air toute l'année

Le système de pâturage tournant sur une vingtaine de parcs permet aux brebis de pâturer toute l’année. Les agnelles bénéficient de parcelles fertilisées au moment du sevrage et au moment de l’allaitement. Elles reçoivent aussi un complément de fourrages en hiver. Les agneaux mâles sont vendus à six mois pour la production de viande.

Situé à quelques km de Roquefort, le domaine de La Fage comporte un deuxième troupeau de brebis, laitier celui-là. Les brebis de race Lacaune pâturent d’avril à mi-octobre et passent l’hiver en bergerie. Les recherches menées à La Fage ont largement bénéficié aux éleveurs de lait de Roquefort, partenaires du domaine depuis sa création : la production annuelle de lait est passée de 60 litres par brebis en 1965 à 292 litres en 2014, en 168 jours de traite.

 

Photos : © Christophe Maître

CALENDRIER DE LA VIE D’UNE AGNELLE

Lire l'article

  • Naissance : avril de l’année n
  • Sevrage : fin juin de l’année n (âge : 2-3 mois)
  • Première insémination artificielle : novembre de l’année n+1 (âge : 18 mois)
  • Première mise bas : avril de l’année n+2 (âge : 23 mois)
  • Durée de vie sur le domaine : 5-6 ans.

L’INSÉMINATION ARTIFICIELLE

Afin de contrôler la sélection, les brebis sont fécondées par insémination artificielle. Ainsi, les pères sont identifiés et contrôlés. Ils sont choisis actuellement sur des critères d’efficacité alimentaire. Pour synchroniser les chaleurs, on commence par bloquer le cycle de la brebis au moyen d’une éponge vaginale imprégnée d’hormone. L’ovulation est ensuite déclenchée par une injection hormonale, puis l’insémination artificielle est pratiquée au mois de novembre sur toutes les brebis. Le taux de réussite de l’insémination artificielle étant de 80%, on utilise des béliers pour féconder les brebis non inséminées.

ETUDIER LES INTERACTIONS AU SEIN DU TROUPEAU

Pour étudier les interactions sociales au sein du troupeau, des projets de recherche incluent des tests comportementaux in situ, en utilisant les nouvelles technologies qui se développent pour l’élevage de précision (colliers émetteurs d’ondes radio, accéléromètres, GPS…). « Des relations de dominance ont été décrites dans les troupeaux d’espèces apparentées à structure matriarcale comme les chamois. On a montré chez les bovins que ces relations sont déterminées en partie par le taux d’hormones stéroïdes sexuelles et une réactivité comportementale plus ou moins prononcée. Il sera intéressant d’observer ce qu’il en est pour les brebis sur le site de La Fage, qui peuvent exprimer leurs comportements naturels en toute liberté » explique Alain Boissy (1).

(1) Unité Mixte de Recherche sur les Herbivores, Centre INRAE Auvergne-Rhône-Alpes.

Pascale MollierRédactrice

Contacts

Sara Parisot UE0321 La Fage

Dominique Hazard UMR1388 GenPhySE Génétique Physiologie et Systèmes d'Elevage

Alain Boissy UMR1213 Recherche sur les Herbivores

Le centre

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