Société et territoires 5 min

Équitation hors structure, une activité en plein essor

En France, la pratique de l’équitation en dehors des structures professionnelles tente de plus en plus d’usagers, passionnés par la pratique ou par la proximité avec l’animal. Ressources et connaissances sont essentielles à cette organisation pour laquelle une nouvelle offre de services gagnerait à être développée par les professionnels équestres.

Publié le 19 septembre 2023

illustration Équitation hors structure, une activité en plein essor
© Xavier Remongin, Ministère de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire

L’équitation : 3e sport national, derrière le football et le tennis.

Dans le contexte actuel des loisirs et des pratiques sportives, nombreux sont celles et ceux qui quittent les clubs sportifs pour s'auto-organiser, c’est-à-dire pratiquer en dehors des fédérations sportives ou des structures professionnelles. Ces dernières, dont l'équitation, voient le nombre de leurs membres diminuer. Ainsi, en 2022, dans le domaine des activités équestres, seuls 692 400 cavaliers étaient membres de la fédération française d'équitation, pour environ 2,2 millions de cavaliers réguliers ou occasionnels.

Cette pratique hors structure interroge, d’autant qu’elle est porteuse de nombreux enjeux : cognitifs pour ce qui concerne la gestion en autonomie d'un équidé, sanitaires en lien avec la détention d’animaux ou encore socio-économiques liés au développement d’une offre de services adaptée à cette population.

La passion, moteur pour s’auto-organiser

Les usagers hors structure se partagent en deux grands types, comme le révèle les entretiens conduits par Camille Eslan, doctorante en sciences de gestion et du management dans l’unité Moisa (Montpellier Interdisciplinary center on Sustainable Agri-food systems) : d’une part, des cavaliers passionnés par l’activité équestre et qui ne trouvent pas, dans les structures professionnelles, la pratique qu’ils recherchent (par ex. voltige, balade, randonnée) ou les services qu’ils attendent ; d’autre part, des cavaliers passionnés par l’animal et qui privilégient la relation avec l’équidé et un mode de vie partagé au quotidien avec lui.

Les choix des uns et des autres de s’auto-organiser, seul ou en groupe, est motivé essentiellement par l’envie de répondre aux besoins de son cheval selon ses propres convictions et sa propre perception du bien-être animal. S’y ajoutent la recherche d’autonomie et de liberté et le contact avec la nature. L’aspect financier arrive loin derrière.

Les ressources, clés de voûte de l’auto-organisation

La possibilité qu’ont les usagers de s’auto-organiser est largement conditionnée par leurs ressources (matérielles et temporelles) et par leurs compétences (équestres, agricoles, gestion et soins aux équidés…).

Avant même de pratiquer l’équitation, les besoins matériels sont importants : terrain, bâti, clôtures, matériel agricole, alimentation du cheval... S’y ajoutent les coûts nécessaires à l’entretien du cheval, souvent sous-estimés au départ.
Les besoins liés à la pratique varient ensuite selon le profil des cavaliers (équipements équestres, accès à des surfaces de travail, véhicules de transport des chevaux pour se rendre en compétition, etc).  A noter que certaines ressources matérielles (terres, matériel agricole…) peuvent être partagées, louées ou échangées contre service, voire héritées au lieu d’être achetées.

Très chronophage, l’auto-organisation sera plus contraignante pour une personne seule même si celle-ci en retire de la satisfaction. Elle sera plus facile dans un cadre collectif ou familial.

Quant aux compétences, celles-ci peuvent être héritées, trouvées auprès d’autres personnes, ou acquises par la formation, que celle-ci soit classique ou réalisée en toute autonomie. Les pratiquants hors structure affectionnent particulièrement l’auto-formation, en phase avec leurs valeurs.

Le cas particulier des usagers auto-organisés héréditaires

Parmi ces usagers, certains sont « des auto-organisés héréditaires » qui reproduisent un modèle familial bien installé.

Très indépendants (compétences, soins aux chevaux…), ils profitent en général et grâce à leur famille, de ressources (finances, cercle de connaissances) qui leur permettent d’accéder au foncier et de déléguer certaines activités.

Et demain ?

Le défi pour la profession ? Il est conséquent, il s’agit d’accompagner les usagers hors structure dans leur nouvelle pratique et d’adapter l’offre de services qui leur est destinée. Ce que certains outils et offres de service réalisent déjà au travers d’applications pour l’apprentissage autonome (alimentation du cheval, gestion quotidienne…).

 

Ce travail a été réalisé dans le cadre de la thèse de doctorat en sciences de gestion et du management de Camille Eslan : Auto-organisation des pratiques et cocréation de valeur : repenser les activités équestres autonomes, financée par INRAE, l'IFCE et la FFE sous couvert d’un contrat CIFRE.

Catherine Foucaud-ScheunemannRédactrice

Contacts

Sandrine Costa UMR Montpellier Interdisciplinary center on Sustainable Agri-food systems (Social and nutritional sciences) (INRAE, Cirad, IRD, L’Institut Agro, CIHEAM Montpellier)

Céline Vial IFCE et UMR Montpellier Interdisciplinary center on Sustainable Agri-food systems (Social and nutritional sciences) (INRAE, Cirad, IRD, L’Institut Agro, CIHEAM Montpellier)

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