Agroécologie 2 min

La diversité des exploitations d’herbivores : une opportunité pour l’élevage régional

A contre-courant de la spécialisation de l’élevage qui caractérise de nombreuses régions, la région Auvergne-Rhône-Alpes compte de nombreux élevages diversifiés, notamment dans le territoire auvergnat. Un programme de recherche mené par les équipes d’INRAE, en partenariat avec des acteurs locaux, a décrypté cette spécificité, ses atouts et limites, et propose des clés d’adaptation pour l’avenir de ces systèmes.

Publié le 10 septembre 2020

illustration La diversité des exploitations d’herbivores  : une opportunité pour l’élevage régional
© INRAE

Alors que de nombreuses régions françaises se sont fortement spécialisées, la région Auvergne-Rhône-Alpes a partiellement résisté à cette évolution et se caractérise par une diversité encore importante de ses systèmes d’élevage d’herbivores. La diversité des élevages touche les espèces, les modes de production, les surfaces, les produits commercialisés. Elle s’observe intra-exploitation ou entre exploitations d’un territoire.

Les références techniques et économiques manquent pour ces systèmes, et cela alors même que la préservation et la valorisation de la diversité est mise en avant dans le cadre de la transition agroécologique. Les fonctions, intérêts et dynamiques de cette diversité restent peu connus, ainsi que son insertion dans les filières. Le projet PSDR New-DEAL qui se termine a cherché à mieux caractériser les systèmes de production d’herbivores diversifiés, en produisant des références techniques allant des prairies et des troupeaux jusqu’au territoire, et en caractérisant les collectifs de travail qui pilotent ces systèmes. Le but du projet était aussi de construire des stratégies de mise en valeur de cette diversité permettant d’accroître la résilience et l’autonomie des élevages herbivores par leur diversification, et d’y sensibiliser la profession.

Trois types d’acteurs ont été associés à la démarche : les chambres d’agriculture, qui accompagnent les agriculteurs et peuvent jouer sur les décisions de diversification, les lycées agricoles qui forment les agriculteurs de demain, et les collectivités territoriales, ayant des stratégies de développement locales. L’étude portait en priorité sur deux territoires : le bocage bourbonnais (03), avec des élevages bovins-ovins viande, bovins-équins et des polyculteurs-viande, et le Pays de Saint Flour (15) dans lequel sont également présents des élevages bovins à orientation lait et viande, et de manière plus marginale des chevaux de trait.

Des enquêtes en exploitations ou auprès des consommateurs, pour plusieurs niveaux d’analyse de la diversité

L’approche par enquête individuelle (experts locaux, éleveurs) associant la collecte d’informations quantitatives et qualitatives a été utilisée à différentes échelles d’analyse : territoire, système d’exploitation, filière, gestion du troupeau. L’évaluation, par une centaine de consommateurs, du consentement à payer pour différents paniers de produits issus du territoire, s’est faite dans les deux territoires.

A l’échelle du territoire, cette diversité est surtout marquée dans certains bassins, que ce soit en montagne ou en plaine. Elle est forte dans la plupart des zones AOP fromagères du Massif central et dans les zones périurbaines. Pour les territoires diversifiés éloignés des grands bassins de consommation (Brivadois, Margeride), l’imbrication de différents systèmes est un atout pour développer des paniers de biens alimentaires territorialisés.

Dans toutes les filières analysées, les exploitations diversifiées sont en moyenne plus grandes que les exploitations spécialisées, sans forcément que le collectif de travail n’augmente proportionnellement. Ceci entraîne de forts besoins d’équipements et un risque de simplification des pratiques. A l’échelle de l’exploitation, la conduite de la mixité et la gestion de la diversification est variée : le pâturage simultané ou alterné des mêmes parcelles par les animaux des deux espèces est plus rare dans les exploitations laitières présentant des estives alors que le pâturage simultané des bovins et des chevaux de trait semble la norme. L’association entre chevaux de selle et bovins allaitants représente une situation intermédiaire avec en moyenne 39% des surfaces dédiées à une seule espèce et 61% pâturées simultanément ou en alternance par les chevaux et les bovins.

L’analyse montre que les avantages procurés par ces systèmes sont réels et divers

Dans les deux terrains enquêtés, le comportement d’achat des consommateurs pour la viande provenant des élevages du territoire est motivé en premier lieu par la volonté de préserver l’emploi local. La présence d’un signe officiel de qualité pour un des produits du panier accroit le consentement à payer du consommateur.

Dans toutes les filières analysées, une réduction importante des intrants chimiques est envisageable dans les exploitations d’herbivores qui diversifient leur production à i) la consommation des céréales produites localement, ii) une meilleure valorisation de l’herbe dans les systèmes mixtes herbagers qui permet d’accroitre les chargements sans avoir recours à la fertilisation minérale, et iii) la dilution de la charge parasitaire des animaux en pâturage mixte qui pourrait réduire le recours aux traitements anthelminthiques.

En plus du gain de performances induit par la diminution des intrants et le consentement à payer des consommateurs, la mixité d’espèces et d’orientations productives au sein d’une exploitation offre des leviers d’adaptation à des aléas économiques et climatiques. La mixité ovins-bovins permet ainsi de diversifier les produits vendus et de sécuriser le revenu face aux aléas de conjoncture, de mieux valoriser la diversité des prairies présentes sur l’exploitation, et d’étaler le travail durant la campagne annuelle tout en générant un travail moins routinier.

Ces références renforcent la connaissance et la visibilité de ces systèmes qui participent à près de 40% du tissu régional de l’élevage en Auvergne-Rhône-Alpes. En mettant en lumière leurs spécificités, nos résultats appellent à mieux les intégrer dans la formation, l’accompagnement et les politiques agricoles.

Différentes actions de sensibilisation des filières et acteurs des territoires aux atouts et leviers permis par la diversification ont vu le jour à la suite du projet PSDR. Un jeu de 30 fiches synthétiques présentant les principaux résultats est disponible via ce lien :

https://www.encyclopediapratensis.eu/product-category/newdeal/

(Ou en pdf via le site du PSDR : https://www.psdr.fr/archives/ACT108PDFN1.pdf )

 

Référence du projet PSDR : new-DEAL : Diversité de l’élevage en Auvergne : un levier de durabilité pour la transition agroécologique. https://www.psdr.fr/

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