Changement climatique et risques 3 min

Devancer les risques futurs de développement de maladies fongiques

Face au changement climatique, les agriculteurs s’adaptent et modifient leurs pratiques culturales. Le projet CLIF s’est intéressé aux conséquences des dérèglements hydriques et thermiques sur les maladies fongiques afin d’en tenir compte dans ces ajustements. Comment les champignons pathogènes vont-ils réagir à la nouvelle donne et au climat futur ? Objectif : anticiper pour réagir mieux et plus vite.

Publié le 11 janvier 2018

illustration Devancer les risques futurs de développement de maladies fongiques
© INRAE F. Suffert

À l’avenir, les cultures vont devoir affronter une fréquence plus élevée de stress hydriques et thermiques. « Ces modifications de climat ne sont pas sans conséquences sur le développement des maladies, mieux vaut s’y préparer.  Mais l’étude de l’impact du changement climatique sur les maladies fongiques demeure encore récente et insuffisante comparée à celle menée sur les ravageurs. », souligne Marie Launay, co-porteur du projet CLIF - Impact du changement climatique sur les maladies fongiques.
Des agronomes, climatologues, bioclimatologues, pathologistes, épidémiologistes et informaticiens d'INRAE ont travaillé sur ce projet en collaboration avec des instituts techniques agricoles (1). L’impact du climat futur et des changements de pratiques agricoles qui y sont liés a été étudié sur différentes cultures et maladies fongiques : rouilles et fusariose sur blé, mildiou sur pomme de terre, phomopsis sur tournesol, moniliose sur pêcher et oïdium sur chêne.

Des adaptations de pratiques aux conséquences variables

Projet Clif- mildiou pomme de terre
Des expérimentations menées en laboratoire ont permis d’étudier l’impact du changement climatique sur différents champignons pathogènes responsables de diverses maladies fongiques. Exemples d’études sur le mildiou de la pomme de terre et sur la rouille jaune du blé.

Avec le changement climatique, les champignons vont évoluer différemment. Ainsi, le projet CLIF a montré que le développement de la rouille brune sur blé va, à la fin du siècle, démarrer 20 jours plus tôt en sortie d’hiver et se terminer 40 jours plus tard à l’automne. La période sans infection estivale, elle, s’allonge fortement.
« En général, les champignons se développent avec de l’humidité et de la chaleur. Dans certains cas, les températures trop élevées et les sécheresses leur seront défavorables », précise Marie Launay.
Les agriculteurs modifient leurs pratiques. « Pour éviter les températures élevées durant la période de remplissage des grains, le blé est semé plus tôt, donne comme exemple Laurent Huber, co-rapporteur du projet. Mais avec ces semis précoces, les maladies ont davantage de temps pour s’installer et se développer. »

Pour s’adapter aux conditions du futur climat, certaines espèces pourraient être cultivées à contre-saison ou dans des régions encore inexplorées. La question est de savoir comment les maladies évolueront dans ces nouvelles conditions, en rupture avec les pratiques actuelles.

Les champignons s’acclimatent aussi

Comment les champignons, eux, vont-ils s’adapter à la hausse des températures ? Quelle souche prendra le dessus ? Des questions auxquelles le projet CLIF s’attache aussi à répondre grâce à un travail de laboratoire.
« Nous avons étudié l’efficacité d’infection, selon la température, de différentes souches de rouille jaune du blé en provenance d’Europe et d’Afrique du Nord, explique Laurent Huber. Nous avons constaté que la souche Warrior présente une efficacité d’infection moyenne et ce, quelle que soit la température. Elle a donc plus de chance de se développer sur le territoire que d’autres souches susceptibles de se montrer plus infectieuses mais seulement à une température donnée, basse ou haute. »

Une modélisation pertinente

« L’étude de l’impact du changement climatique sur l’évolution des maladies a été réalisée en utilisant différents modèles et scénarios entre 2021 et 2100, précise Marie Launay. Et ce, afin de travailler sur l’incertitude. Lorsque la même tendance est obtenue avec plusieurs scénarios climatiques, les résultats sont plus robustes. »
Les chercheurs ont par ailleurs intégré dans les modèles le calcul de la durée d’humectation à partir de scénarios climatiques futurs. « Car pour se développer, les champignons ont besoin d’un certain temps d’eau libre sur les feuilles », précise Laurent Huber.


(1) Acta, Arvalis-Institut du végétal, Terres Inovia, département Santé des forêts du ministère chargé de l’Agriculture.

Références :

- Plantard O., Huber L., Guégan J.-F., 2015. Vers une écologie de la santé. Pour la Science Mars 2015, 30-35
- Corbière R., Chatot C., Mabon R., Mariette N., 2016. Mildiou en France : P. infestans sous surveillance. Phytoma 690 : 30-36.
- Gourdain E., Deudon O., Corre C., Guénolé G., Méléard B., 2015. Apports et limites des modèles dans l’évaluation des risques fusariose et DON à différentes échelles spatio temporelles dans un contexte de changement climatique. AFPP, Onzième conférence internationale sur les maladies des plantes, Tours, 7 au 9 décembre 2015.
- Debaeke P., Casadebaig P., Flenet F., Langlade N., 2017. Sunflower crop and climate change: vulnerability, adaptation, and mitigation potential from case-studies in Europe. OCL, Oilseeds & fats Crops and Lipids, 24.

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Contacts

Laurent HuberUMR1402 ECOSYS Ecologie fonctionnelle et écotoxicologie des agroécosystèmes

Marie LaunayUS1116 AGROCLIM Agroclim

Marie-Odile BancalUMR1402 ECOSYS Ecologie fonctionnelle et écotoxicologie des agroécosystèmes

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