Les recherches du département Alimentation humaine

Le département a pour finalité l'étude des comportements alimentaires et leurs relations avec la santé, le bien-être et l'environnement, de la qualité nutritionnelle et de la sureté des aliments et de la sécurité nutritionnelle dans ses dimensions sanitaires, environnementales et sociales.

Enjeux stratégiques

L’acquisition des habitudes alimentaires dans la petite enfance a un impact majeur sur les comportements alimentaires de l’adulte. Or, en France comme dans d’autres pays développés, l’évolution des pratiques alimentaires et des modes de vie s’est traduite par une augmentation de la prévalence de l’obésité et des maladies métaboliques qui l’ accompagnent. La notion fondamentale selon laquelle les « mille premiers jours » de la vie à partir de la conception est une période de sensibilité particulière aux facteurs nutritionnels, métaboliques et environnementaux qui peuvent conditionner la santé de l’individu et l’apparition de maladies chroniques a émergé comme un champ d’investigation innovant. A l’autre extrémité de la vie, l’altération de l’homéostasie des fonctions physiologiques avec l’âge se traduit par une fragilisation de la santé et une diminution de l’espérance de vie en bonne santé. L’alimentation et les comportements alimentaires jouent un rôle majeur dans ces évolutions et offrent un champ d’investigation original pour la prévention et la santé publique. Enfin, la flore intestinale a aussi émergé comme un déterminant majeur dans l’équilibre entre alimentation et santé.

Les dépenses de santé liées à l’exposition à des polluants environnementaux (hors santé au travail) représenteraient dans les pays de l’OCDE à hauts revenus de 0,5 à 3,2 % du PIB et tendraient à augmenter à l’horizon 2050 (OMS 2009, OCDE 2012).

La globalisation des marchés et des échanges a diversifié les risques et complexifié la notion de chaine alimentaire. L’alimentation constitue une voie majeure d’exposition à certains contaminants chimiques, à des produits néoformés ou à des toxines (dont celles, émergentes, liées aux changements climatiques) qui sont directement ou indirectement impliqués dans de nombreuses maladies telles que les cancers. Par ailleurs, l’épidémiologie suggère de plus en plus un lien entre l’exposition prénatale aux contaminants (y compris ceux apportés par l’alimentation) et les troubles de santé se manifestant au décours de la vie.

La sécurité alimentaire c'est l'accès de tous, en tout temps, aux aliments nécessaires pour mener une vie saine - FAO/OMS, 1992

La notion de Sécurité Alimentaire fait référence à la production, l’offre, l’accès, la disponibilité et la qualité de la nourriture , et celle de Sécurité Nutritionnelle vise, pour une part importante, à définir et assurer l’apport de quantités adéquates et métaboliquement disponibles d’énergie et de nutriments essentiels permettant d’atteindre, chez les individus et dans une population, donnée un statut nutritionnel considéré comme satisfaisant pour maintenir la santé et le bien-être sur le long terme. Cet objectif se traduit par la notion de couverture des besoins nutritionnels, d’un point de vue qualitatif et quantitatif (apport journalier et biodisponibilité de chaque nutriment essentiel ou indispensable), définis à l’aide de biomarqueurs du statut nutritionnel. La réflexion sur la sécurité nutritionnelle nécessite en outre d’intégrer des préoccupations sociales et celles relatives aux ressources alimentaires, aux besoins nutritionnels, aux questions de santé et de bien-être, et aux problèmes de préservation de l’environnement (notion de « sécurité alimentaire et nutritionnelle durable »).

Thématiques de recherche

Les déterminants des comportements alimentaires et choix alimentaires

Repas familial

Le département Alimentation Humaine s’intéresse aux déterminants des comportements et des choix alimentaires des consommateurs à tous les âges de la vie, pour identifier les leviers des changements vers des comportements plus sains et durables tout en préservant le plaisir de manger.

Une partie des travaux explore le développement du comportement alimentaire dans la petite enfance, un moment clé pour l’acquisition des comportements alimentaires. Les recherches portent notamment sur la diversification de l’alimentation dans les premières années et le contrôle des apports caloriques. Ces travaux trouvent des débouchés naturels dans les recommandations des politiques publiques pédiatriques.

D’autres recherches étudient les évolutions sociétales des pratiques alimentaires dans la population afin d’identifier les mécanismes de ces évolutions et leurs conséquences pour la santé.

Dans le même ordre d’idée, la cessation de l’activité professionnelle, la perte d’autonomie, la dépendance qui surviennent au cours de l’avancement de la vie affectent les comportements alimentaires, avec parfois des conséquences significatives sur la santé des séniors. Ces phénomènes sont étudiés avec attention pour en minimiser les conséquences et les effets délétères.

Mécanismes de la relation entre alimentation, santé et bien-être

L’évolution des données scientifiques au cours des dix dernières années a permis de mettre en évidence des liens entre l’évolution des pratiques alimentaires et des modes de vie et la santé. Les déséquilibres nutritionnels sont en effet  impliqués dans l’apparition et le développement de la plupart des maladies chroniques telles que l’obésité, les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et l’hypercholestérolémie, mais aussi l’ostéoporose, la sarcopénie, les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI), ou encore les allergies, la dépression,  le déclin cognitif et la dégénérescence maculaire.

Pour comprendre les mécanismes sous-jacents à ces évolutions, le département Alimentation Humaine s’intéresse aux effets des habitudes alimentaires, de l’alimentation et des nutriments et de leurs interactions avec l’écosystème microbien intestinal sur les grandes fonctions physiologiques et leurs dysfonctionnements chez l’Homme, notamment aux âges extrêmes de la vie, période périnatale et grand âge.

Ainsi, une partie des travaux portent-ils sur les conséquences de l’exposition nutritionnelle, métabolique et environnementale pendant la période périnatale sur le développement des principaux organes et de leur fonctionnement physiologique.

Concernant les séniors, les recherches du département visent à comprendre la contribution de l’alimentation à la régulation des processus de vieillissement et à développer des stratégies nutritionnelles pour préserver l’autonomie et la qualité de vie. Dans le prolongement de ces travaux, d’autres recherches visent à comprendre les effets de l’alimentation sur les fonctions cérébrales et à proposer des stratégies nutritionnelles visant à moduler les processus neuro-physiologiques, notamment au cours du vieillissement.

Toxicologie alimentaire

Les contaminants chimiques sont omniprésents dans notre environnement.  Les conséquences pour la santé de l’Homme sont moins bien connues. Il existe une réelle prise de conscience citoyenne et politique des risques sanitaires potentiels liés à l’exposition aux contaminants, notamment par la voie alimentaire, quelle que soit l’origine de la contamination (agricole, environnementale ou issus de procédés de transformation).

Prédire les conséquences de la contamination des aliments sur la santé de l’Homme est un enjeu majeur du département.  Ainsi, les chercheurs du Département Alimentation Humaine s’intéressent-ils aux questions des expositions multiples et chroniques, aux effets cocktail, aux polluants émergents, dont les nanoparticules, ou aux perturbateurs endocriniens qui exercent leurs effets à faibles doses. En s’appuyant sur les techniques de criblage à haut-débit et sur la bio-informatique il s’agit de mieux classer les substances en fonction de leur dangerosité et de mieux prédire les liens entre exposition et perturbations physiopathologiques, ainsi que de proposer des stratégies de prévention.

Sécurité nutritionnelle et impact environnemental de l'alimentation

Le département Alimentation humaine étudie les questions de sécurité nutritionnelle. Les travaux portent sur l’optimisation de la couverture des besoins physiologiques, sur l’accessibilité des aliments, en particulier pour les plus démunis,  et sur la durabilité des pratiques alimentaires.

L’optimisation de la consommation alimentaire, notamment du bilan azoté, des apports en protéines animales ou végétales, ou de vitamines liposolubles et du fer, est abordée par la physiologie et la biologie.

L’analyse des déterminants et des impacts de l’insécurité nutritionnelle est traitée en population par des approches de modélisation. Ces approches multicritères (nutrition, environnement, économie, etc.) nécessitent le développement d’indicateurs spécifiques pour proposer des recommandations aux différents acteurs (consommateurs, acteurs de santé publique,..), tant sur le plan des régimes que des comportements alimentaires, en lien avec leurs conséquences environnementales.

De la biologie des systèmes à la santé publique

Étudier le lien entre alimentation et santé de l'Homme nécessite d’intégrer une quantité toujours plus importante de connaissances et de données. L’avènement des méthodes à haut débit comme la génomique (séquençage du génome), la transcriptomique (mesure de l'expression des gènes) ou la métabolomique (mesure des petites molécules nécessaires à la production d'énergie ou pour la croissance cellulaire) ainsi que l'informatisation des données créent des défis scientifiques et technologiques qui sont traités au sein d'une animation scientifique interdisciplinaire au sein du département. L'objectif est d'accélérer cette transition vers une recherche intégrative s'appuyant sur le numérique pour étudier le lien entre alimentation et santé publique.