Agroécologie 5 min

Les sécrétions nasales des chèvres et des brebis sont des indicateurs de leur activité sexuelle

Chez les ovins et caprins, le secrétome olfactif est un reflet de l'état physiologique des femelles et pourrait être utilisé par les éleveurs pour surveiller leur réceptivité à l'effet mâle.

Publié le 26 mars 2020

illustration Les sécrétions nasales des chèvres et des brebis sont des indicateurs de leur activité sexuelle
© INRAE

Les petits ongulés (ovins et caprins) ont une reproduction saisonnière, caractérisée par deux périodes successives, la période d'activité sexuelle (AS) et le repos sexuel ou anoestrus saisonnier (RS). Cependant, les odeurs émises par un mâle sexuellement actif peuvent activer le cycle ovulatoire des femelles en repos sexuel lorsque celui-ci est peu profond : c’est « l’effet mâle »*.
La plasticité du système olfactif sous contrôle hormonal lié à la réception des odeurs a déjà été montrée chez le porc mais jamais chez les ovins et caprins.
Les chercheurs ont suivi l’évolution de la composition en protéines du mucus nasal (appelé « secrétome olfactif) chez les femelles des deux espèces pendant plusieurs saisons de reproduction.
Des changements importants ont été observés dans le sécrétome olfactif entre les périodes de repos sexuel et d'activité sexuelle, chez les deux espèces.

  • Chez la brebis,  le passage de RS à AS induit l'expression de protéines spécifiques  de type SAL (lipocaline salivaire) et surtout d'isoformes d’OBP O-GlcNAcylées[1] qui n’existent pas en RS.
  • Chez la chèvre, les différences entre RS et AS ne proviennent pas de l'expression de nouvelles protéines comme chez la brebis, mais de modifications des protéines existantes se traduisant par un nombre plus élevé d'isoformes de chaque protéine (Les données de protéomique sont disponibles via  ProteomeXchange avec l'identifiant PXD014833).

Malgré un comportement et une reproduction saisonnière similaires, les deux espèces semblent posséder un système olfactif qui évolue en lien avec l’activité sexuelle selon des modalités différentes : le changement de composition du secrétome olfactif chez la brebis pourrait traduire un mécanisme de spécialisation, permettant de détecter les odeurs de mâles, uniquement lorsqu’elles y sont réceptives. Chez la chèvre, la stabilité du secrétome olfactif semble indiquer une réceptivité constante aux odeurs de mâles, suggérant que l’élément déclencheur de l'activité sexuelle des chèvres serait l'émission d'odeurs spécifiques par le mâle sexuellement actif.

Chez les deux espèces, le secrétome olfactif est un reflet de l'état physiologique des femelles et pourrait être utilisé par les éleveurs pour surveiller leur réceptivité à l'effet mâle. Des travaux sont en cours à INRAE pour proposer une analyse rapide et peu coûteuse du sécrétome, pour une application en élevage.

 

*L'effet mâle constitue une alternative aux traitements hormonaux car il permet l'induction et la synchronisation des chaleurs chez les femelles pendant leur repos sexuel, à condition qu'elles soient réceptives mais non cycliques, juste avant ou juste après la saison sexuelle. Concrètement, cette stratégie permet aux éleveurs de produire des agneaux toute l’année, pour répondre à la demande des filières et des consommateurs, sans recourir à l'administration d'hormones..

 

[1] Les isoformes de protéines de type Odorant-Binding Protein (OBP), générées par des modifications post-traductionnelles, permettent la régulation de l’activité de O-GlcNAcylation (addition de O-- N-Acétylglucosamine).

 

Sylvie André rédactrice

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