Questionner les pratiques agricoles en région Auvergne-Rhône-Alpes avec AgriAURA 2050 face aux enjeux climatiques

Les scénarios climatiques à l’horizon 2050 pour la région Auvergne‑Rhône‑Alpes laissent présager des conséquences marquées sur les ressources naturelles, les écosystèmes et les activités économiques comme l’agriculture. En parallèle, la transition agroécologique est en marche. Cet enjeu est au cœur des questionnements d’AgriAURA2050 : quelles cultures céréalières, quels élevages, quels vergers et quelles prairies envisager en région Auvergne‑Rhône‑Alpes pour demain dans un contexte de changement climatique et de transition agro‑écologique à horizon 2050 ?

Publié le 11 décembre 2023 (mis à jour : 19 janvier 2026)

© INRAE

Le projet AgriAURA2050, co‑construit avec une vingtaine de partenaires issus du monde académique et socio‑économique a commencé en février 2023. Il a pour objectif « d’imaginer les solutions pour l’agriculture dans un contexte de changement climatique et de transitions agroécologique à horizon 2050 ». Il s’inscrit dans le programme de recherche TETRAE, cofinancé par INRAE et 8 Régions françaises.

Un des axes majeurs du projet est de construire les solutions avec les agriculteurs dans une approche « living lab ». Pour cela, les chercheurs vont mener un grand nombre d’expérimentations couvrant les productions emblématiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes, telles que les grandes cultures, l’élevage d’herbivores et l’arboriculture. Ces systèmes seront étudiés à la fois à l’échelle des parcelles et des exploitations, d’abord séparément pour identifier des variétés et pratiques résilientes, puis en association pour tester des combinaisons innovantes. Les terrains et dispositifs expérimentaux ont été choisis afin de représenter une large diversité de situations pédoclimatiques, de types de production et d’expérimentations déjà en cours, ce qui permet de couvrir la majorité des contextes contrastés de la région.

Les simulations réalisées à partir des données climatiques et agricoles montrent que les prairies pourraient voir leurs rendements diminuer de 10 à 25 % selon les zones, tandis que les grandes cultures comme le blé présentent une variabilité accrue mais pourraient être stabilisées grâce à des ajustements variétaux et calendaires. Ces travaux soulignent également l’importance de certaines pratiques, comme le maintien des sols couverts, qui permettent de réduire significativement l’évaporation et d’améliorer la stabilité des rendements.

La collaboration au coeur du programme

En parallèle, un travail de caractérisation des collectifs d’agriculteurs a permis d’en identifier 68. En avril 2025, 16 collectifs représentant 580 fermes ont participé à une journée d’échanges pour croiser les résultats scientifiques avec les pratiques d’adaptation mises en œuvre sur le terrain. Cette rencontre a permis de définir avec eux les premières fiches techniques thématiques, portant sur la gestion de la sécheresse, la diversification variétale et les systèmes mixtes associant cultures, prairies et arbres.

Prévisions climatiques et impacts sur nos cultures

Deux approches de prévision climatique sont testées dans le projet. Les résultats obtenus mettent en évidence une hausse moyenne de +1,8 à +2,3 °C d’ici 2050 en Auvergne-Rhône-Alpes. 

Avec les collectifs d’agriculteurs, plusieurs indicateurs agroclimatiques simples et partagés ont été définis :

  • Stress hydrique des prairies,
  • Cumul des fortes chaleurs (> 32 °C) pour les grandes cultures,
  • Période critique de floraison pour les vergers.

Ces indicateurs serviront de base commune pour suivre l’évolution climatique et orienter les choix d’adaptation.

À partir des données météo, des caractéristiques de sol et de la gestion des systèmes agricoles, le simulateur Farmsim a produit de premiers résultats :

  • Une diminution estimée de 10 à 25 % du rendement des prairies selon les zones,
  • Une variabilité accrue du rendement du blé, avec une stabilisation possible grâce à des ajustements variétaux et calendaires,
  • Des bénéfices significatifs des sols couverts, capables de réduire jusqu’à 30 % les pertes par évaporation 

Les impacts du changement climatique sont étudiés sur les prairies et l’élevage dans le Cantal et le Puy-de-Dôme, ainsi que dans les systèmes de grandes cultures et d’agroforesterie dans la Drôme.

Identifier les leviers et expérimenter les solutions

Un des axes sur lequel les attentes sont fortes est la conception de solutions nouvelles, plus sobres et résilientes.  Jérôme Salse, référent recherche du projet, précise : « afin d’identifier les leviers, nous avons commencé par analyser 58 projets de recherche et d’expérimentation très diverses, que nous avons associées à une étude bibliographique. Nous avons identifié 18 leviers regroupés en 3 catégories principales (génétique, pratiques agricoles, diversité fonctionnelle). Ils montrent une diversité de modalités d’adaptation au changement climatique avec des effets positifs dans la majorité des cas. »

En parallèle, des expérimentations sont conduites sur plusieurs systèmes agricoles emblématiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes, telles que les grandes cultures, l’élevage d’herbivores et l’arboriculture. Les terrains et dispositifs expérimentaux ont été choisis afin de représenter une large diversité de situations pédoclimatiques, de types de production, ce qui permet de couvrir la majorité des contextes contrastés de la région. Différents leviers sont testés sur plusieurs années : diversité génétique (porte greffe en arboriculture, race locale de vache), diversité fonctionnelle (mélanges variétaux ou blé/prairie ou blé*arbres) et l’effet de l’agrivoltaïsme (sur prairies et arbres).

Les travaux vont se poursuivre afin d’affiner les résultats, renforcer les expérimentations et faciliter leur diffusion. Plusieurs établissements de l’enseignement agricole se sont déjà engagés à intégrer les outils du projet dans leurs formations.



RégionAuvergne-Rhône-Alpes
Référents du projet

Référent recherche : Jerome Salse, INRAE

 

Référent acteur : Aurelien Lepennetier, Vegepolys Valley

UnitésINRAE UMRs GDEC, UMRH, PIAF, UREP, UMRF

 

 

 

Partenaires

2-UCA, 3-VetAgroSup, 4-Vegepolys Valley, 5-UERI Gotheron, 6-LIT grandes cultures en Auvergne, 7-LIT-EHM défis de l’élevage en zones herbagères, 8-SIDAM, 9-Chambre régionale d'agriculture Auvergne-Rhône-Alpes/Ardèche, 10-PAiT Grenoble Metropole, 11-Limagrain, 12-VERGER EXPERIMENTAL DE POISY, 13-Weather Measures, 14-FIBL, 15-IDELE, 16-SENURA, 17-CTIFL, 18-SEFRA, 19-DRAAF Auvergne-Rhône-Alpes et lycées agricoles

En savoir plus

 

 

En savoir plus

Changement climatique et risques

Risque avalanche : comment s’en protéger et aménager le territoire ?

Depuis les années 2000, en France, aucune victime n’est à déplorer dans les zones urbanisées et aménagées, concernées par le risque d’avalanches. Un chiffre qui peut s’expliquer par une meilleure gestion du risque sur le territoire. Les travaux menés à INRAE apportent leur pierre à l’édifice. Ils contribuent en effet à mieux évaluer le risque, notamment par des études statistiques de l’activité avalancheuse ou des études sur la vulnérabilité des constructions. Mais aussi à mieux s’en protéger, grâce à l’expertise développée sur les ouvrages de protection.

18 décembre 2019

Changement climatique et risques

Un nouvel outil pour suivre le bilan carbone de la végétation : première application au continent africain

Comment les stocks de carbone changent-ils à l’échelle continentale dans la végétation ? Quels facteurs expliquent ces changements ? Ce sont des questions centrales pour les sciences du climat et l’application des accords internationaux pour le climat. Une étude pilotée par l’Université de Copenhague a permis une approche inédite de ce problème. En lien avec les équipes scientifiques du CEA, du Cnes et du CNRS, l'Inra a coordonné le développement du jeu de données issu d'observations satellitaires micro-ondes qui est à la base de l'approche.

16 janvier 2020