Société et territoires

La modification génétique des animaux à l’épreuve de l’édition du génome

Le 12e avis du Comité d’éthique Inra-Cirad-Ifremer porte sur l’utilisation des nouvelles techniques d’édition du génome, comme CRISPR-Cas9, à des fins de modification génétique des animaux. Il s’inscrit dans le prolongement de l’avis précédemment rendu sur l’édition du génome des végétaux. Ce 12e avis considère les applications agronomiques de ces techniques, soit pour améliorer l’élevage, soit pour lutter contre des ravageurs, parasites, ou espèces envahissantes.

Publié le 12 décembre 2019 (mis à jour : 13 décembre 2019)

illustration La modification génétique des animaux à l’épreuve de l’édition du génome
© INRAE

La technique CRISPR-Cas9, souvent comparée à des « ciseaux moléculaires », permet d’opérer des mutations très ciblées dans un génome, avec une précision bien supérieure à celle de la génétique classique ou de la mutagénèse aléatoire.

Améliorer l’élevage

Outil de connaissance pour l’étude des gènes, l’édition de génome est également appelée à devenir un outil d’amélioration des animaux d’élevage, terrestres et aquatiques. Son potentiel réside dans des applications visant, par exemple, l’amélioration du bien-être animal, le renforcement de la capacité des animaux à valoriser leur alimentation, leur résistance aux maladies ou leur adaptation à l’environnement d’élevage. Un autre objectif peut également être la réduction de l’impact environnemental de l’élevage. Le comité d’éthique souligne que ces nouvelles techniques s’inscrivent ainsi dans la continuité du long processus de domestication qui a conduit à la sélection délibérée des animaux. Il rappelle que l’intensification de l’élevage ces 50 dernières années s’est accompagnée de traitements à la source de douleurs, de souffrance ou de détresse pour les animaux. La prise de conscience de ces faits conduit à rendre obligatoire la prise en compte du bien-être animal dans les programmes de sélection, qu’elles que soient les techniques utilisées. Les tensions observées entre les objectifs d’amélioration de la productivité, l’amélioration du bien-être animal et le respect des comportements naturels des animaux, appellent une médiation au cas par cas, en considérant les éléments propres à chaque application potentielle, dont la sensibilité des consommateurs. Le comité d’éthique considère ici que seule une convergence de points de vue, construite à partir d’un exercice de délibération réunissant différentes parties prenantes, pourrait garantir la pertinence sociale de telles applications de l’édition du génome animal, et l’adhésion du public. Cette position tire les enseignements de la controverse qui a entouré le développement et la commercialisation des plantes génétiquement modifiées. Pour les espèces animales aquatiques, le Comité invite à considérer également les risques d’échappée des élevages qui pourraient avoir un impact potentiel sur la santé et la diversité des stocks de poissons sauvages. L’exigence de pertinence sociale et d’adhésion du public doit inviter les trois organismes et leurs équipes de recherche à susciter la prise de conscience du public et à améliorer l’intelligibilité du débat par la diffusion d’une information de qualité. Actuellement, en l’état du droit européen, les animaux et produits d’animaux issus d’édition du génome sont assimilés à des OGM, dont la commercialisation n’est pas autorisée.

Lutter contre des parasites, ravageurs ou espèces envahissantes

Pour lutter contre des insectes ravageurs, des parasites ou vecteurs de maladies, tels que les moustiques, il est parfois envisagé de transmettre des caractères délétères, comme la stérilité ou la létalité, susceptibles de mener à l’élimination de populations locales ou d’espèces entières, ou encore de supprimer leur pathogénicité directe ou indirecte. Pour cela, on vise un « forçage génétique », c’est-à-dire, assurer une transmission quasi certaine d’un gène par reproduction sexuée. Les techniques de mutagénèse ciblée seraient un moyen rapide d’atteindre ces objectifs. Le forçage génétique est également envisagé dans la lutte contre les espèces envahissantes qui menacent la flore ou le faune indigène (par exemple : rats, opposum, chat errant). Il se présente ainsi comme une stratégie de lutte contre des animaux et insectes indésirables. Le comité d’éthique invite à considérer la place du forçage génétique dans les moyens de lutte contre ces animaux, mais aussi nos jugements et nos comportements vis-à-vis de ces espèces. Comme face à tout dilemme éthique, il y aura un arbitrage à opérer par les sociétés entre plusieurs types de conséquences possibles, tant positives que négatives. Le forçage génétique peut apparaître comme une alternative, plus fiable et plus propre, à la lutte chimique. Il s’apparente à la lutte autocide utilisée en lutte biologique. Cependant, il faut également considérer la réversibilité d’éventuels effets indésirables. L’analyse des risques écologiques doit nécessairement se faire au cas par cas : quels seraient les effets de la disparition de cette espèce dans la chaîne trophique ? Quels risques de disparition ou de prolifération d’une autre espèce ? Il faut également considérer le risque de transmission d’un pathogène d’une espèce à l’autre. Toutes les populations d’un milieu donné étant en interaction dynamique, ce qui paraît nuisible à l’humain peut être bénéfique à l’ensemble du milieu dont l’Homme dépend lui-aussi in fine. Dans ce cas, la solution optimale sera celle qui va au-delà de la défense exclusive des intérêts humains mais prend en compte l’ensemble de l’écosystème dont dépend aussi l’avenir de l’humanité.

Des recommandations

Au vu de l’importance des questions soulevées, y compris sur le plan philosophique et éthique, le comité d’éthique recommande la prudence dans l’usage des techniques d’édition de génome appliquées aux animaux, en tenant compte notamment de la difficulté de confiner la recherche et d’assigner des limites. Il propose également à l’Inra, au Cirad et à l’Ifremer une liste de recommandations, relatives :

  • à l’utilisation des techniques d’édition de génome comme outil de connaissance et de recherche finalisée
  • au choix des priorités
  • à la prise en compte du bien-être animal
  • à la nécessité de poursuivre des recherches sur le forçage génétique
  • à l’exigence d’information de la société.

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