Biodiversité 4 min

Forêts secondaires : restaurer l’écosystème et contribuer au bien-être humain

La repousse spontanée de forêts secondaires est un phénomène très répandu en Europe à cause de l’exode rural et l’abandon des surfaces agricoles. Des scientifiques français, espagnols, portugais et allemands, dans le cadre du projet européen SPONFOREST coordonné par Arndt Hampe, directeur de recherche à l’unité BIOGECO du centre INRAE Nouvelle-Aquitaine Bordeaux, ont étudié ce phénomène en cinq situations dans des paysages du sud-ouest de l'Europe. Combinant une approche en écologie et sciences sociales, leurs résultats montrent notamment que ces forêts secondaires favorisent la biodiversité et sont plus résilientes face à la sécheresse, qu’elles représentent une réelle opportunité pour la préservation et la gestion des paysages dans un contexte d’exode rural et de changement climatique augmentant la mortalité des arbres en Europe, et qu’elles contribuent au bien-être des populations.

Publié le 20 janvier 2021

illustration Forêts secondaires : restaurer l’écosystème et contribuer au bien-être humain
© INRAE - A. Hampe

Le projet ERA-NET BiodivERsA3 « Exploiter le potentiel de l'établissement spontané de forêts pour améliorer les fonctions et les services écosystémiques dans les paysages dynamiques » (SPONFOREST), a abordé trois grandes questions : Comment les nouvelles forêts s'établissent-elles ? Quelles sont les conséquences du processus d'établissement sur leur caractère et leur fonctionnement ?  Quels services écosystémiques fournissent-elles et comment sont-ils perçus et gérés par les sociétés locales et les systèmes de gouvernance politique ?

Forêts secondaires : des mécanismes de croissance complexes et une biodiversité favorisée

Les chercheurs montrent que les mécanismes de croissance de forêts secondaires présentent une grande complexité et sont très dépendants du contexte dans lequel elles s’établissent. Ils ont ainsi observé que le reboisement spontané favorise la connectivité d’habitats forestiers, et qu'il ne provoque pas une diminution de la diversité d’habitats à l’échelle des paysages européens. Les nouvelles forêts se caractérisent par une croissance rapide des arbres, qui tend à rendre ces forêts des puits de carbone particulièrement efficaces. Elles montrent une résistance aux périodes de sécheresse similaire et parfois même meilleure que les forêts plus anciennes. Le caractère « sauvage » de ces forêts non gérées, avec des arbres d’âges variés, leur végétation diverse et leur exploitation peu systématique, pourrait aider à améliorer leur résistance à un climat plus chaud et plus sec.

Les chercheurs ont également observé que la diversité et l’hétérogénéité des forêts secondaires non gérées favorise la diversité des insectes herbivores dans les paysages fragmentés. Plus généralement, les nouvelles forêts peuvent rapidement accumuler une richesse notable de certains organismes (ex. plantes ligneuses), alors que l’arrivée d’autres (ex. ectomycorrhizes) peut être plus lente. (1)

Forêts secondaires : quels services écosystémiques produits et quelle perception par les populations ?

Les chercheurs ont évalué différents biens et services liés à l’établissement des forêts spontanées dans quatre sites étudiés, présentant des contextes écologiques et sociétaux contrastés :  deux d’entre eux sont en zone rurale subissant l’exode rural, les deux autres en zone périurbaine avec une forte occupation des sols. Les chercheurs ont estimé les changements concernant les biens matériels apportés par la nature (énergie et ressources génétiques), les processus de régulation (pollinisation, régulation climatique, processus biologiques), et les services immatériels fournis par la nature (apprentissage et inspiration, expériences physiques et psychologiques, ancrage de l’identité).

Les résultats montrent que les nouvelles forêts suggèrent une meilleure régulation du climat et une provision d’énergie, mais leur rôle pour leurs contributions à des services sont fortement dépendants du contexte. La perception des nouvelles forêts par les populations locales est très hétérogène : plutôt négative dans les zones rurales et plus positive dans les zones périurbaines. Symbolisant la perte des paysages et modes de vie traditionnels pour certains, elles représentent pour d’autres une opportunité soit pour la gestion forestière soit pour la conservation de la nature.

Différentes perceptions sociales quant à la compétition d’occupation des sols doivent être examinées attentivement afin d’améliorer davantage le caractère multifonctionnel et durable de ces forêts. Pour cela, les modes de gestion doivent optimiser les services aux populations, notamment rurales pour qui les activités traditionnelles agricoles sont considérées comme une part importante de leur héritage.

 

L’ensemble de ces résultats apportent des connaissances clé pour une future gestion durable des nouvelles forêts, avec l’opportunité de restaurer le fonctionnement de l’écosystème, d’augmenter les services aux populations, tout en permettant d’atteindre des objectifs de politique environnementale. Soulignons ici la note politique produite par le réseau BiodivERsA à partir des résultats de SPONFOREST.

 

(1) https://www.inrae.fr/actualites/etablissement-spontane-forets-europe-opportunite-preservation-gestion-paysages

 

Références (articles en accès ouvert) :

1) Publication spéciale dans la revue Annals of Forest Science  Pièce éditoriale : Hampe A, Alfaro-Sánchez R, Martín-Forés I (2020) Establishment of second-growth forests in human landscapes: ecological mechanisms and genetic consequences. Ann For Sci 77 : 87. https://doi.org/10.1007/s13595-020-00993-7

2) Publication spéciale dans la revue Journal of Applied Ecology  Pièce éditoriale : Garcia C, Espelta JM, Hampe A (2020) Managing forest regeneration and expansion at a time of unprecedented global change. J Appl Ecol, 57, 2310-2315.  https://doi.org/10.1111/1365-2664.13797

3) Policy brief « How natural forest expansion in Europe can offer cost-effective benefits to people » édité par l’organisation BiodivERsA sur la base des résultats de SPONFOREST.  https://www.biodiversa.org/1842

 

Communication Nouvelle-Aquitaine Bordeaux

Contact scientifique

Arndt Hampe Coordinateur du projet SPONFORESTUnité mixte de recherche « Biodiversité, Gènes et Communautés » BIOGECO (INRAE-Université de Bordeaux)

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