Société et territoires 2 min

Evolution de l'usage des sols dans le bassin méditerranéen et conséquence sur les systèmes alimentaires locaux

Urbanisation, développement des cultures d'exportation, intensification, ou même abandon de terres agricoles,… Quelles sont les conséquences de ces changements sur l'autosuffisance alimentaire des territoires et sur l'environnement à l'échelle du bassin méditerranéen ? Le projet Divercrop présente en vidéo les enseignements de quatre années de recherche sur ces questions.

Publié le 10 janvier 2022

illustration Evolution de l'usage des sols dans le bassin méditerranéen et conséquence sur les systèmes alimentaires locaux
© INRAE - C. Slagmulder

Le développement de systèmes alimentaires territorialisés présente des enjeux en matière de sécurité alimentaire. Pour décrypter les interactions entre ces systèmes alimentaires et l'évolution de l'usage des sols, les chercheurs ont mis au point des outils dédiés et innovants, capables d'intégrer des données provenant de sources multiples et collectées à différentes échelles. De 2017 à 2021, leurs travaux, réalisés dans le cadre du projet Divercrop ont associé une analyse de données d’usage des sols à l’échelle du bassin méditerranéen et des études de cas collectées dans sept pays différents. Après avoir publié ces résultats dans diverses revues académiques, Divercrop nous livre aujourd'hui une synthèse vidéo qui illustre la variété des situations étudiées.

Etudier le changement à différentes échelles : retour sur une méthodologie originale et innovante

A partir d’une analyse des données d’usage des sols, des données globales disponibles à l’échelle du bassin méditerranéen et de neuf études de cas collectées dans sept pays différents (Algérie, France, Italie, Malte, Portugal, Espagne et Tunisie), les chercheurs ont mis en œuvre une méthodologie originale permettant, dans un premier temps, de connecter les échelles locales et régionales, et de localiser précisément les processus de changement d'usage des sols dans la région méditerranéenne. Dans un second temps, les processus de changements sont mis en regard des conditions de développement des systèmes alimentaires localisés. Le processus a comporté une première étape de caractérisation et de cartographie des systèmes territoriaux sur l’ensemble du bassin méditerranéen à l'aide d'indicateurs géomorphologiques et anthropiques (usages des sols, action publique…). En parallèle, des enquêtes de terrain sont utilisées pour formuler des hypothèses, testées grâce à un outil statistique, créé spécifiquement pour le projet, qui permet d’estimer les relations complexes entre des notions non mesurées telles que le potentiel de développement d’un système alimentaire territorialisé et des variables mesurables censées en déterminer l’intensité (systèmes territoriaux, population, revenus, production agricole, action publique…).

Les politiques publiques : un élément déterminant de l'autosuffisance alimentaire des territoires

La cartographie des systèmes territoriaux à petite échelle, puis sur l’étendue du bassin méditerranéen (27 pays) a ainsi permis d'évaluer leur capacité à contribuer à l’autosuffisance alimentaire locale. L'analyse des résultats montre que l'expansion et l'intensification des terres agricoles ne favorisent pas systématiquement l'autosuffisance alimentaire du fait de contextes pédoclimatiques et économiques très hétérogènes. En revanche, les travaux soulignent que les politiques publiques jouent toujours un rôle essentiel pour l’améliorer.
Au-delà de la capacité d’un territoire à produire physiquement ou techniquement une denrée alimentaire, le fait qu’elle soit consommée localement dépend en priorité d’un système social et politique local qui crée les conditions d’émergence ou de développement des systèmes alimentaires localisés. L’insécurité alimentaire peut toucher les producteurs agricoles, quelles que soient leurs performances techniques. Localiser les systèmes alimentaires revêt donc d’une réflexion globale sur les processus qui lient production, distribution et alimentation, avec un regard particulier sur des déterminants forts comme la diversité des exploitations (versus homogénéisation), l’accès aux structures de transformation (versus l’industrialisation des filières) et la co-construction de politiques d’approvisionnement (versus la centralisation des décisions).

Le projet DIVERCROP

Divercrop est un projet de recherche fondamentale coordonné par Claude Napoléone (UR Ecodéveloppement) et Marta Debolini (UMR EMMAH) financé par le programme ARIMNet2. Il a associé neuf institutions dans sept pays différents (INRAE, France ; CNRS, France ; Institut polytechnique Lasalle Beauvais, France ; Université Larbi Benm’hidi, Algérie ; Universidad Politecnica de Madrid, Espagne ; Scuola Superiore Sant'Anna di Pisa, Italie ; Malta College of Arts, Science and Technology, Malte ; University of Evora, Portugal ; INRAT, Tunisie). Le projet s'est déroulé de début 2017 à fin 2021. Il a bénéficié d’une aide ANR de 310 000,00 € pour un coût global (tous pays confondus) de 1,5 million d’€.

RESSOURCES

Publications dans des revues

  • Sanz Sanz, E., et al. (2021). Agroecological transitions and local food self-sufficiency assessment. From the isotropic circle to the archipelago foosshed. Agroecological transformation for sustainable food systems. Insight on France-CGIAR research. Les dossiers d’Agropolis international. N°26. 
  • Fusco J., Walker E., Papaix J., Debolini M., Bondeau A., Barnagaud J.Y. (2021) Land use changes threaten bird taxonomic and functional diversity across the Mediterranean basin: a spatial analysis to prioritize monitoring for conservation. Frontiers in Ecology and Evolution,  https://doi.org/10.3389/fevo.2021.612356
  • Guimaraes MH., Esgalhado C., Lardon S., Debolini M., Balzan M.V., Gennai-Schott S., Rojo M.S., Mekki I., Bouchemal S., (2021). Mediterranean land system dynamics and their underlying drivers: Stakeholder perception from multiple case studies. Landscape and Urban Planning 213, 104134 https://doi.org/10.1016/j.landurbplan.2021.104134
  • Esgalhado C., Guimaraes M.H., Debolini M., Guiomar N., Lardon S., Ferraz de Oliveira M.I., (2020). A holistic approach to land system dynamics, the Monfurado case in Alentejo, Portugal. Land Use Policy, 95: 104607, https://doi.org/10.1016/j.landusepol.2020.104607
  • Villani R., Sabbatini T., Moreno Perez O., Guiomar N., Debolini M., (2019). An open dataset about georeferenced harmonized national agricultural censuses and surveys of seven Mediterranean countries. Data in Brief 27 https://doi.org/10.1016/j.dib.2019.104774
  • Debolini, M., et al. (2018). "Land and farming system dynamics and their drivers in the Mediterranean Basin." Land Use Policy 75: 702-710.
  • Maraccini, E., et al. (2015). "Are there common features in land cover and pattern changes in Western Mediterranean urban regions?" Applied Geography 62: 347-356.
  • Special Issue « Land and Farming System Dynamics on the Mediterranean Basin: From Global to Local Case Studies »

Rapport DIVERCROP

Contacts

Claude Napoleone Co-coordinateur du projet DivercropUPR Ecodéveloppement

Marta Debolini Co-coordinatrice du projet DivercropUMR Environnement Méditerranéen et Modélisation des Agro-Hydrosystèmes

Le centre

En savoir plus

Agroécologie

Coexistence et confrontation des modèles agricoles et alimentaires. Un nouveau paradigme du développement territorial ?

Cet ouvrage offre un cadre d’analyse et une série d’études de cas en France et dans le monde sur la coexistence et la confrontation de modèles agricoles et alimentaires dans les territoires. Destiné aux chercheurs, enseignants, étudiants et professionnels du développement territorial, il constitue un socle de référence pour renouveler l’analyse, l’accompagnement et la gouvernance du développement agricole et alimentaire dans les territoires ruraux et urbains

25 mars 2021

Société et territoires

Agrimonde-Terra : un jeu de scénarios pour explorer le futur de la sécurité alimentaire et l’usage des terres

COMMUNIQUE DE PRESSE - Face à une population mondiale croissante, aux effets du changement climatique et aux ressources naturelles limitées, il est nécessaire de repenser nos systèmes alimentaires. L’étude prospective Agrimonde-Terra, coordonnée par INRAE et le Cirad, a élaboré plusieurs scénarios d’évolution sur l’usage des terres et la sécurité alimentaire, en portant une attention particulière aux aspects nutritionnels et à la santé, souvent délaissés. Leurs résultats, publiés dans la revue PLOS ONE le 8 juillet 2020, élargit l’éventail des futurs possibles pour les systèmes alimentaires mondiaux et apportent de nouveaux éléments pour contribuer au débat sur l’utilisation des terres et la sécurité alimentaire.

09 juillet 2020