Agroécologie 6 min

Entre qualité du lait produit et quantité de méthane émis, faut-il choisir ?

La nature de l’alimentation des vaches laitières peut modifier les caractéristiques du lait produit, mais aussi les quantités de méthane émis (CH4). La question est de savoir s’il est possible d’améliorer la qualité du lait, tout en réduisant le méthane émis.

Publié le 23 avril 2020

illustration Entre qualité du lait produit et quantité de méthane émis, faut-il choisir ?
© adimas - Fotolia

En Europe, les produits issus de l’élevage de ruminants sont fortement critiqués notamment pour leur empreinte carbone élevée via leur forte contribution aux émissions de gaz à effet de serre et plus spécifiquement aux émissions de méthane (CH4) issues de la fermentation des aliments dans le rumen.
Nous savons que l’alimentation des ruminants est un moyen de moduler leurs performances laitières, en particulier la composition en acides gras du lait, mais aussi de faire varier les émissions de méthane. Celles-ci sont notamment diminuées par une supplémentation glucidique ou lipidique des rations ainsi que par la nature de ces suppléments.

L’objectif  de ce travail était de déterminer si certaines stratégies alimentaires de réduction du CH4 entérique appliquées aux vaches laitières peuvent permettre de préserver en même temps les performances laitières et notamment la qualité lipidique du lait. 

Lors d’une première expérimentation, un régime à base d’ensilage d’herbe enrichi en amidon a été comparé à un régime équivalent, mais  enrichi en fibres. Le régime enrichi en amidon a permis de diminuer les émissions de CH4 (-18 % en g/j, -15 % en g/kg de Matière Sèche ingérée et −19 % en g/kg de lait) mais a provoqué une détérioration de la qualité lipidique du lait, qui s’est avéré plus riche en acides gras (AG) saturés : 72,1 % vs. 67,6 % des AG totaux.
Dans une seconde expérimentation, des  régimes à base d’ensilage de maïs (donc riches en amidon)  supplémentés en acides gras de natures différentes (C16 :0, C18 :1cis9, C18 :2n-6)* ont été comparés à un régime témoin non supplémenté.  Les émissions de CH4 ont été semblables avec tous les régimes. En revanche, le régime supplémenté en C18 :1cis9 a permis d’améliorer la qualité nutritionnelle du lait pour la consommation humaine en augmentant sa teneur en acide linolénique ou ALA (C18:3n-3), qui est un acide gras oméga 3.

Afin de vérifier la persistance sur le long terme des effets de ces différentes stratégies alimentaires de mitigation, les effets de ces aliments vont être suivis pendant les 6 premiers mois de lactation chez la vache laitière. Cette recherche de compromis entre mitigation des émissions de CH4 et qualité des matières grasses laitières au cours de la lactation s’inscrit dans l’évolution d’une démarche d’évaluation multicritère des stratégies alimentaires des ruminants.

 

*supplémentés en savons de calcium d’huile de palme riche un AG saturé (acide palmitique, C16 :0), ou en graines de colza riches en un AG monoinsaturé (acide oléique, C18 :1cis9), ou en graines de tournesol riches en un AG polyinsaturé (acide linoléique C18 :2n-6).

Sylvie André rédactrice

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