Agroécologie 5 min

Aux sols, citoyens !

En interface avec les substrats géologiques, la végétation et l’atmosphère, les sols sont des écosystèmes complexes qu’il convient de mieux connaitre pour gérer de façon plus durable les activités humaines et l’aménagement. Entre production d’informations et recherche collaborative, cette connaissance associe de plus en plus scientifiques et citoyens, dans une démarche de sciences et recherches participatives que soutient l’Institut et dont nous parlent Chantal Gascuel, Philippe Loiseau-Dubosc et Christophe Roturier, INRAE.

Publié le 14 mars 2022

illustration Aux sols, citoyens !
© INRAE, Jean Weber

Ecosystèmes complexes, à l’interface avec d’autres compartiments de la terre, le sol est le siège de multiples fonctions vitales pour la planète et pour ses habitants. Aujourd’hui plus que jamais, le sol et sa gestion sont l’objet de multiples enjeux (alimentation, changement climatique, environnement, santé…). Ils sont depuis quelques années l’objet d’un nouveau processus de recherche-action, celui des sciences et recherches participatives (SRP) qui implique la société civile, afin de mieux connaitre ses caractéristiques, sa biodiversité, l’impact de ses modes d’usage.

La Charte des sciences et recherches participatives en France (2017) définit les sciences et recherches participatives (SRP) comme l’ensemble des « formes de production de connaissances scientifiques auxquelles participent, avec des chercheurs, des acteurs de la société civile, à titre individuel ou collectif, de façon active et délibérée ».

Chantal Gascuel, pour la Direction scientifique Environnement ; Christophe Roturier et Philippe Loiseau-Dubosc, qui lui a succédé sur cette mission depuis, pour la Direction pour la science ouverte, livrent leur point de vue sur le sujet. Interview.

Comment l’Institut s’investit-il dans les sciences et recherches participatives au service des sols ?

C. Gascuel

Chantal Gascuel : En 2015, Christophe Roturier et moi-même avions fait le constat d’une quasi absence de projets de sciences et recherches participatives sur les sols en France, de leur méconnaissance profonde par la société, mais aussi de besoins de connaissance des chercheurs, notamment sur les dimensions spatiales et écologiques, alors même que les sols étaient de plus en plus au cœur de nombreuses politiques publiques sur le climat, la biodiversité, l’alimentation, la santé...

Christophe Roturier : Nous avons alors décidé de constituer un groupe de travail mixte, composé de scientifiques de différents instituts de recherche et d’acteurs divers de la société. L’objectif était d’avoir une réflexion prospective commune sur la valorisation des données de la recherche et la participation de la société civile à des programmes scientifiques.
Ce groupe s’est réuni pour la première fois en juin 2016, puis au rythme de deux fois par an les premières années. Des projets participatifs sont nés de ces interactions et celles-ci ont aussi permis de mieux connaître d’autres initiatives de recherches participatives sur les sols. En novembre 2021, nous avons organisé, en partenariat avec l’Ademe et l’OFB, le colloque « Sol et Sciences participatives » pour faire le bilan, favoriser des synergies entre projets – au nombre de 20 à ce jour -  et mieux les outiller.

Notre objectif est d’aider à ce qu’un réseau propre aux sols se constitue, en lien bien sûr avec la dynamique des sciences et recherches participatives et les structures dédiées à la connaissance des sols tel que le GIS SOL.

Retour sur... Colloque « Sol et Sciences participatives »

Novembre 2021 se déroulait à Paris le colloque "Sol et sciences participatives", porté par INRAE et ses partenaires. Son but : faire connaître ces travaux, en susciter le déploiement et favoriser les échanges entre les partise.

En savoir plus : Recueil des projets de Sols & Sciences participatives

Projets Sols & sciences participatives pdf - 6.13 MB

Comment et en quoi les projets de Sciences et recherches participatives sur le sol contribuent-ils à sa connaissance ?

C. Gascuel : Les sciences et recherches participatives peuvent participer à la connaissance des sols sur de multiples aspects. Tout d’abord leur connaissance dans l’espace : les sols varient énormément dans endroit à l’autre, qu’ils soient agricoles, forestiers ou urbains. Si les programmes de cartographie des sols couvrent bien la France, ils peinent à en donner une connaissance suffisamment fine pour leur gestion aux échelles de la parcelle, d’une métropole, d’un petit territoire. Il y a des espaces privés auxquels la recherche n’a pas accès facilement, jardins, champs... Ensuite, les SRP peuvent contribuer à la connaissance de propriétés chimiques, physiques, biologiques, qui ensemble font sens pour caractériser les fonctions, les aptitudes, les vulnérabilités, les risques liés aux sols. Enfin, la biodiversité des sols est énorme et encore peu connue. Ces approches peuvent apporter des connaissances, par le biais d’outils de génomiques, mais aussi d’atlas de détermination, d’outils de reconnaissance automatiques qui permettent au grand public de s’approprier cette biodiversité, et de contribuer à sa meilleure connaissance.

Quels sont les points d’attention et les évolutions auxquels il convient de travailler ?

P. Loiseau-Dubosc

Philippe Loiseau-Dubosc : Les projets ont souligné l’importance de la qualité des données pour les scientifiques, mais aussi les incertitudes sur les données fournies par les partenaires non scientifiques, données qui rappelons-le, sont sur les sols assez complexes. Ce double constat met en avant l’importance d’un accompagnement des participants aux projets de Sciences et recherches participatives sur les sols pour favoriser leur montée en compétence et leur attachement au projet. Par ailleurs les animateurs d’associations, les bénévoles participent aux projets s’ils y trouvent du sens. Mieux travailler avec eux pour que les projets fassent sens pour eux est aussi un axe de travail. Il faut plus encore dépasser la simple description de propriétés des sols pour aller vers l’explicitation de leurs fonctions, les recommandations relatives à leur bonne gestion, aux risques liés à leurs usages...

Des perspectives d’intérêt propices au développement de projets de Science et recherches participatives et d’une meilleure connaissance sur les sols.

Contacts

Chantal Gascuel Direction scientifique Environnement

Philippe Loiseau-Dubosc Direction pour la Science ouverte

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