Agroécologie

Quelle place pour les ressources atypiques dans les systèmes de polyculture-élevage bovin ?

Pour explorer des solutions durables en polyculture-élevage, les équipes de recherche de l’unité expérimentale INRAE de Saint-Laurent-de-la-Prée et de l’unité de recherche ASTER-Mirecourt ont analysé les usages et les perspectives d’utilisation de ressources végétales atypiques dans quatre exploitations d’élevage bovin de l’Ouest de la France. Ces ressources complètent les aliments traditionnels et se révèlent particulièrement utiles pour alimenter les animaux au pâturage lors de périodes de déficits fourragers – en cas de sécheresses estivales - et pour constituer des réserves hivernales de fourrages ou de litière

Publié le 02 février 2024

illustration Quelle place pour les ressources atypiques dans les systèmes de polyculture-élevage bovin ?
© INRAE

L'agroécologie pour un élevage plus durable

 Les grands changements mondiaux, qu'ils soient liés au climat, à l'économie ou à la politique, appellent une transformation agroécologique des systèmes agricoles et alimentaires, et en particulier des élevages. En dépit d'une baisse de 15% du cheptel français au cours des dix dernières années, l'élevage demeure au centre de débats sociétaux majeurs.

Pour répondre aux attentes sociales et pour mieux rémunérer leur travail, les éleveurs et éleveuses réinventent leurs systèmes de production, tout en veillant à ce qu'ils émettent moins de gaz à effet de serre et préservent la biodiversité. Une approche prometteuse consiste à utiliser des ressources inhabituelles issues du capital naturel, telles que des formations boisées et bocagères, des prairies humides délaissées, des landes, ou bien encore la végétation des milieux inondés et/ou aquatiques. Cette pratique vise à réduire la part des aliments destinés aux animaux en concurrence directe avec l’alimentation humaine, tout en renforçant l'autonomie des exploitations agricoles et en limitant les achats.

L'utilisation de ressources naturelles, particulièrement celles issues des ligneux, est très pratiquée dans le pastoralisme, partout dans le monde et aussi dans le Sud de la France. Elle est plus rare dans les systèmes intensifs du Nord et du Grand Ouest de la France fondés sur l'exploitation de prairies temporaires et de cultures fourragères annuelles (maïs, céréales, protéagineux). Bien que présentant un potentiel certain, les éléments naturels des exploitations, tels que les arbres et les haies, sont souvent considérés comme improductifs dans les systèmes conventionnels. Dans le but d'approfondir les connaissances sur le sujet, un collectif de recherche INRAE a examiné l'utilisation de ces ressources à partir de l'analyse de quatre exploitations distinctes de l’Ouest de la France élevant des bovins laitiers ou allaitants.

Alimentation des bovins à partir de ressources atypiques : l'expérience de 4 fermes de l'Ouest de la France

 Les équipes de recherche de l’unité expérimentale INRAE de Saint-Laurent-de-la Prée et de l’unité de recherche ASTER - Mirecourt ont uni leurs forces pour explorer les opportunités de valoriser des ressources non cultivées pour l'élevage des bovins. Leur étude avait pour objectif de comprendre et caractériser les usages de ces ressources au sein des systèmes et de quantifier leurs flux  ainsi que leur contribution aux performances agroécologiques par le biais d'une "approche métabolique"*basée sur les flux d’azote. Les scientifiques ont travaillé avec quatre fermes singulières et originales de l'Ouest de la France, qui utilisent des ressources atypiques pour l'alimentation et/ou le logement de leurs bovins laitiers ou allaitants. Deux fermes sont conduites par des éleveurs et éleveuses et les deux autres sont des fermes expérimentales d’INRAE.

Les fermes étudiées

  • GAEC de Trévarn, 74 vaches laitières, Finistère.
  • GAEC de la Barge, membre du réseau Paysans de Nature, 50 vaches allaitantes, marais breton, Vendée.
  • Ferme expérimentale INRAE de Saint-Laurent-de-la-Prée, 50 vaches allaitantes, marais de Rochefort, Charente-Maritime.
  • Ferme expérimentale INRAE de Lusignan, 72 vaches laitières, Vienne.

Des ressources variées…

Dans les fermes étudiées, les exploitants misent sur l’utilisation de ressources végétales « atypiques » perçues comme non productives et non valorisables selon la vision encore prédominante sur leur territoire. Ces ressources sont variées en termes de nature botanique et d'origine (formations boisées et bocagères, prairies humides délaissées et landes, ou végétations des milieux inondés et/ou aquatiques). Certaines relèvent de la biodiversité planifiée sur le parcellaire de l’exploitation (des ligneux fourragers plantés à l’intérieur des parcelles par exemple). D’autres du capital naturel des fermes (bords de fossés, fonds de fossés asséchés en été et bords de chemins sur une exploitation en Vendée) ou encore du territoire avoisinant appartenant à d’autres exploitations ou à des particuliers (par exemple des prairies extensives délaissées en Bretagne, ou une roselière à Saint-Laurent-de-la-Prée) faisant l’objet d’accords oraux ou écrits. Ces ressources atypiques peuvent être utilisées en tant que fourrages (pâturés ou distribués) mais également pour le paillage des bâtiments d’élevage.

  … Pour une meilleure autonomie des fermes

 

Parmi les quatre fermes examinées, trois placent la biodiversité au cœur de leurs pratiques agricoles, intégrant la valorisation des ressources atypiques dans leur engagement de préservation du capital naturel et des habitats pour la faune et la flore. Cette intégration varie d'une ferme à l'autre, atteignant jusqu’à 30% des flux d’azote pour celle qui intègre ces ressources de manière plus poussée. L'analyse révèle que, dans tous les cas, ces ressources contribuent significativement à l'autonomie des fermes en réduisant le recours à certains intrants (fourrages, paillage). Cependant, elles ne peuvent pas complètement se substituer aux ressources plus traditionnellement employées en élevage de ruminants. En outre, elles permettent de nourrir les animaux au pâturage lors de périodes de déficits fourragers – en cas  de sécheresses estivales - et de constituer des réserves hivernales de fourrages ou de litière.

 L’utilisation des ressources atypiques constitue une véritable opportunité de soutien à l’activité de production laitière et de viande tout en préservant les écosystèmes des fermes. Toutefois, elle demande un engagement sur le long terme, impliquant que les éleveurs et éleveuses adoptent une gestion durable pour garantir le renouvellement de ces ressources et préserver les habitats qu’elles fournissent à de nombreuses espèces sauvages. Au-delà de "l'approche métabolique", il serait utile d'approfondir la compréhension des multiples services que ces ressources peuvent offrir, notamment en ce qui concerne les agrosystèmes, englobant les régulations hydriques et biologiques, ainsi que les bénéfices en termes de santé animale. De même, il est important de considérer l'impact positif sur la préservation de la biodiversité endémique de ces espaces. 


 

REFERENCES

  • Sterling, D. (2023). Valorisation de ressources végétales atypiques dans des exploitations bovines du Grand Ouest de la France. Mémoire de fin d’études. Institut Agro Montpellier
  • Sterling, D., Farruggia, A., Puech, T. (2023). Valorisation of atypical land in cattle production systems in search of self-sufficiency. International congress EAAP-WAAP-Interbull 2023. Session 16, Theatre 11
  • Sterling, D., Puech, T., Farruggia, A., Signoret, F., Glinec, J.-F., Novak, S., Durant, D. (2023). Valorisation de ressources atypiques dans des exploitations bovines de l’Ouest de la France. A paraître dans la revue Fourrages. 

Cette étude fera l’objet d’une communication aux journées de l'Association francophone pour les prairies et les paysages, qui se dérouleront le 12-14 mars  à Angers,

 

 

Contacts

Anne Farruggia Co-autrice de la publicationUnité Expérimentale Saint-Laurent-de-la-Prée

Thomas Puech Co-auteur de la publicationUnité de recherche Aster - Mirecourt

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