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60 ans après la description de la maladie de la mosaïque du châtaignier, le virus responsable enfin identifié

Bien que connue depuis plusieurs décennies en Europe, et en dépit des travaux menés depuis sa description, les causes de la mosaïque du châtaignier n’étaient jusqu’à présent pas connues. Les scientifiques INRAE Nouvelle-Aquitaine Bordeaux et leurs partenaires, viennent d’obtenir une avancée majeure. Ils ont en effet identifié l’agent responsable, une nouvelle espèce virale appartenant au genre Badnavirus, le chestnut mosaic virus (ChMV). Leurs résultats permettent également de conforter l’hypothèse d’une introduction récente du virus en Europe, et suggèrent l’existence d’au moins deux événements d’introduction distincts en France et en Italie. L’identification et la caractérisation du ChMV ont permis le développement d’outils moléculaires pour la détection du virus, qui seront utiles pour tester et suivre les variétés de châtaignier.

Publié le 14 décembre 2020

illustration 60 ans après la description de la maladie de la mosaïque du châtaignier, le virus responsable enfin identifié
© T. Candresse

 

Le châtaignier (Castanea sativa), cultivé traditionnellement dans de nombreux pays, est une espèce économiquement et écologiquement importante apportant des services écosystémiques variés. En surface, c’est la troisième essence de feuillus en France. Pour l’amélioration de la résistance à deux maladies fongiques, l’encre et le chancre de l’écorce, un programme d’hybridation avec des chataigniers asiatiques a connu un succès important dans les années 1940-1960. 

Symptômes de mosaïque sur feuilles de chataignier.

Cependant, une nouvelle maladie connue depuis 60 ans et déjà observée en Italie, la mosaïque du châtaignier, a été décrite en 1987 dans le sud ouest de la France sur certains d’hybrides ainsi créés. Caractérisée par des symptômes sévères de décoloration et de déformation des feuilles, la mosaïque entraîne aussi une incompatibilité au greffage pour certaines combinaisons porte-greffe/greffon. Ceci a conduit à l’abandon de certains porte-greffes et à la mise en place d’une certification des plants. Des études au CTIFL (Desvignes and Lecoq, 1995) avaient suggéré que l’agent causal était probablement un virus épidémique, transmissible par greffage et par puceron. La transmission expérimentale par greffage a identifié plusieurs espèces de chênes comme hôtes sensibles et permis la mise au point d’un test de détection par indexage sur chataignier sensible. En dépit de ces avancées, l’agent causal n’avait jusqu’à présent pas été identifié.

Une avancée majeure, le virus de la maladie de la mosaîque du châtaigner enfin identifié

Un consortium piloté par INRAE,  impliquant les unités  « Biologie du fruit et pathologie » (BFP) et « Biodiversité Gènes et Communautés » (BOGECO) du centre INRAE Nouvelle-Aquitaine Bordeaux, le CTIFL et Invenio,  ainsi que deux équipes Italiennes et une équipe Belge, vient d’obtenir une avancée majeure. Combinant des approches de virologie classique et de séquençage haut débit permettant une identification exhaustive des virus présents dans un échantillon, il a identifié et caractérisé un nouveau Badnavirus dans des châtaigniers malades d’origine française ou italienne. Ce virus appelé chestnut mosaic virus (ChMV) est le seul virus détecté dans ces deux échantillons analysés. Il est systématiquement retrouvé dans les châtaigniers ou des chênes inoculés expérimentalement, ainsi que dans des châtaigniers présentant des symptômes typiques de la maladie en verger, indiquant que le ChMV est responsable de la mosaïque du châtaignier.

L’analyse de la diversité génétique du virus conforte le scénario d’une introduction récente en Europe,avec au moins deux événements d’introduction distincts en France et en Italie. Ce travail a également montré la présence du ChMV dans d’autres espèces de châtaigniers (C. mollissima, C. dentata) aux USA et en Chine.

L’identification du ChMV était une étape préalable et indispensable au progrès du contrôle de la maladie, en particulier via la prophylaxie qui repose sur le diagnostic et la sélection sanitaire des matériels de multiplication. Le test de détection PCR du ChMV mis au point au cours de ce travail va réduire le coût et la durée du diagnostic et a été dès à présent transféré au CTIFL afin d’être évalué en conditions d’utilisation dans le cadre de la certification.

Les travaux vont se poursuivre pour préciser les questions relatives à la variabilité des symptômes et à la sensiblité variétale, en particulier l’incompatibilité de greffage, mais aussi celles relatives à la dispersion du ChMV, sa transmission in natura au chêne, les interactions éventuelles (synergie, compétition) avec d’autres pathogènes du châtaignier.

 

Référence :

Marais, A., Murolo, S., Faure, C., Brans, Y., Larue, C., Maclot, F., Massart, S., Chiumenti, M., Minafra, A., Romanazzi, G., Lefebvre, M., Barreneche, T., Robin, C., Petit, R.J. & Candresse, T. (2020). Sixty years from the first disease description, a novel badnavirus associated with chestnut mosaic disease. Phytopathology, https://doi.org/10.1094/PHYTO-09-20-0420-R


Communication Nouvelle-Aquitaine Bordeaux

Contact scientifique

Armelle Marais-Colombel Unité mixte de recherche « Biologie du fruit & pathologie » BFP (INRAE-Université de Bordeaux)

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