Agroécologie

Un déconfinement au goût amer pour la petite agriculture familiale guadeloupéenne

La crise de la Covid-19 a été une occasion pour le projet de recherche AgroEcoDiv de s'intéresser, avec des agriculteur.rice.s parties prenantes de ce projet, aux adaptations du secteur agricole pendant le confinement.

Publié le 23 février 2021

illustration Un déconfinement au goût amer pour la petite agriculture familiale guadeloupéenne
© INRAE Antilles-Guyane

Le déconfinement de mai 2020 a été vu comme un retour « à la normale » pour beaucoup d'agriculteur.rice.s de Guadeloupe. Les mêmes qui, pendant le confinement se sont adaptés pour continuer de nous alimenter, sont aujourd'hui amers ! Ils  estiment à plus de 90% le pourcentage de clientèle ayant déserté les circuits-courts mis en place pendant le confinement. Les pratiques de consommations solidaires ne pèsent pas encore suffisamment lourd :  es grandes et moyennes surfaces ont repris leur place majoritaire dans les habitudes des uns et des autres.

Devant les interrogations d'agriculteur.rice.s, des chercheurs INRAE du projet AgroEcoDiv ont mené une enquête exploratoire sur les adaptations de l'agriculture pendant l'épisode de confinement de la crise de la Covid-19 pour laquelle une vingtaine d'agriculteur.rice.s, des techniciens et plus de 380 consommateur.rice.s ont été interrogé.e.s.

Les adaptations des filières agricoles à la crise de la Covid-19

La crise sanitaire de la Covid-19 a permis de constater que certaines filières (la banane export par exemple) ont continué de fonctionner comme avant le confinement, alors que de nombreuses autres (fruits et légumes, œufs, viande...) ont dû innover. Des points de ventes directes et des drives ont été mis en place ou ont été renforcées par les agriclteur.rice.s et les « paniers primeurs » se sont multipliés. Les réseaux sociaux, comme WhatsApp ou Facebook, ont servi de relai d'informations et ont permis de créer des nouveaux liens sociaux. Les cercles familiaux et/ou amicaux ont également assuré la communication de ces initiatives.

Cet épisode a également été l'occasion d'entendre la voix des agriculteur.rice.s  aux pratiques écologiques qui soulignent leur capacité à fournir en quantité, des produits de qualité. « Je prends soin de la terre et je prends soin de vous », résume un agriculteur.

Un vent de solidarité : le rôle des consommateur.rice.s et de la société civile

Avec le confinement, un vent de solidarité a soufflé dans nos sociétés.

  • Soutien aux circuits-courts : la population a soutenu massivement les initiatives de commercialisation à travers les circuits de proximité. 76% des consommateur.rice.s interrogé.e.s déclarent le faire par solidarité avec les agriculteur.rice.s.
  • Payer le « juste prix » : plus de 8 personnes sur 10 sont prêtes à payer plus cher pour tout ou partie des produits locaux.
  • La société civile, un nouveau partenaire : un autre type de solidarité s'est exprimé au travers des actions de la société civile, avec des initiatives exemplaires pendant le confinement qui ont permis de donner de la visibilité à l'agriculture locale et de renforcer les liens avec la population. C'est l'exemple de la carte en ligne « Covid-Gwada » qui localise les alternatives commerçantes et locales, et de la page Facebook Loka-lité qui connecte depuis le confinement agriculteur.rice.s engagé.e.s et consommateur.rice.s responsables.
Mettre les produits locaux au cœur du système alimentaire de la Guadeloupe. Faisons de la solidarité une habitude !

Malgré toutes ces actions et expériences nouvelles, beaucoup d'agriculteur.rice.s sont amers car depuis le déconfinement une partie des consommateur.rice.s a déserté les circuits-courts, pour retourner aux supermarchés et à la grande distribution : c'est le retour à la « normale ». Un agriculteur dénonce le fait que la production locale soit une « variable d'ajustement » dans l'alimentation des ménages guadeloupéens. Avec 80% des produits consommés qui sont importés en Guadeloupe, on comprend que les produits guadeloupéens n’abondent qu'en dernière instance les paniers alimentaires de la population. Or, « les jardins ne poussent [toujours] pas sur les bateaux », en référence aux critiques faites à l'importation en 2009, lors du mouvement social du LKP.

Si les agriculteur.rice.s interrogé.e.s évoquent différentes façons de soutenir la petite agriculture familiale et agroécologique (tels qu'un meilleur accompagnement des politiques en matière de régulation des prix et de l'importation, le développement de l'agro-transformation et de l'offre de formation, le soutien à l'éducation alimentaire...), la crise sanitaire a été l'occasion de se rendre compte de nos capacités à faire plus de place aux produits locaux dans nos assiettes, et de celles des réseaux professionnels agricoles à s'adapter quand ils sont organisés.

 

Océane Biabiany URZ

Anaëlle BoloURZ

Contacts

Nathalie Mandonnet Directrice d'unité / Coordonnatrice du projet AgroEcoDivURZ

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