illustration Christine Cherbut, INRAE à coeur
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Alimentation, santé globale 5 min

Christine Cherbut, INRAE à coeur

Aujourd’hui Directrice générale déléguée à la science et l’innovation à INRAE, Christine Cherbut était précédemment Directrice générale déléguée aux affaires scientifiques à l’Inra depuis 2017. Christine Cherbut avait la haute main sur les orientations stratégiques de recherche de l’Inra et maintenant au sein du nouvel institut INRAE. Issue d’un milieu ouvrier, cette pionnière en matière de nutrition humaine a fait quasiment toute sa carrière au sein de l’Inra, cette grande maison qu’elle considère comme sa « famille ».

Publié le 27 juillet 2017

Etre modeste et fière n’est pas antinomique. Christine Cherbut en est la preuve. Dès le début de l’entretien, cette femme au verbe pesé installe le cadre : « Je suis née à Saint-Etienne au sein d’un milieu ouvrier. Je n’étais pas destinée à faire des études. » Mais la petite fille d'alors se moque du déterminisme social.

Les défis d'une recherche de pointe et innovante

« J’ai toujours aimé explorer et découvrir, sourit Christine. J’ai su très tôt que chercheur me plairait. » Passionnée par les sciences, elle pense d’abord à la médecine. Bac scientifique en poche, elle s’inscrit finalement à l’Institut national des sciences appliquées (Insa) de Lyon pour un cursus d’ingénieure en biochimie. De cette époque, la scientifique garde une grande nostalgie. « À l’Insa, il y avait tous les milieux sociaux et toutes les disciplines. » Elle s’y découvre une passion pour le rugby dont elle reste attachée aux valeurs de solidarité : « Tout le monde y a sa place, le petit comme le grand, le costaud comme le rapide. »

 

À la conquête du microbiote

À sa sortie de l’Insa, en 1982, elle est recrutée par l’Inra comme assistante contractuelle de recherche. Cela l’aide à mener à bien sa thèse sur l’étude des propriétés physicochimiques des fibres à l’École vétérinaire de Toulouse. Elle arrive au centre de Nantes en 1985 et devient chargée de recherches en nutrition humaine. « Jusqu’à présent, on ne s’intéressait qu’à la nutrition animale. » Son travail la ramène à une passion de toujours : l’alimentation. « C’est un bon moyen de découvrir l’âme humaine », estime cette épicurienne.  Mais, au cœur des années 80, la relation alimentation-santé ne va pas de soi.  «Nous étions encore considérés comme des diététiciens qui décrivaient les effets de la soupe, pas comme des chercheurs en science noble…».

Dans les années 80, la relation alimentation-santé ne va pas de soi

Tenace, elle se lance avec passion dans l’étude du fonctionnement du tube digestif. « Le microbiote était totalement ignoré à l’époque. Le terme n’existait pas ou presque. » Ce travail pionnier lui permet de contribuer à la constitution du GIP (Groupement d'intérêt public) Centre de recherche en nutrition humaine de Nantes en 1995, dont elle devient la directrice scientifique. En 1998, elle est nommée à la direction de son unité de recherches. En 2000, Christine Cherbut prend la vice-présidence du comité de nutrition humaine de l’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments, devenue Anses en 2010). 
Au début du XXIe siècle, la jeune quadra est approchée par un chasseur de têtes mandaté par Nestlé. « Je n’en avais pas particulièrement envie au départ », assure Christine. Il faudra trois visites au centre de recherches de l’entreprise à Lausanne pour la convaincre. Directrice de la nutrition et de l’appui scientifique, elle développe le programme « Nutrition, santé et bien-être ». La Stéphanoise s’épanouit mais n’oublie pas l’Inra où elle désormais siège au Conseil scientifique.  

Apôtre du collectif

En 2011, un coup de téléphone de Marion Guillou (1) scelle son retour. La présidente lui propose de succéder au directeur scientifique Alimentation, décédé quelques mois plus tôt. Pendant six ans, elle travaille de concert avec la direction générale pour rapprocher les recherches sur production agricole, transformation des matières premières et consommation alimentaire. « On a compris qu’on ne peut pas se contenter de nourrir les gens sans prendre en compte ce dont ils ont besoin physiologiquement, psychologiquement et socialement. La santé et le bien-être de nos concitoyens trouvent aussi leur source dans les champs. »
Son engagement se poursuit en avril 2017 quand Christine Cherbut est nommée directrice générale déléguée aux affaires scientifiques. Elle le dit avec émotion : « L’Inra c’est ma famille ». Dans ses nouvelles attributions, elle s’appuie sur le Document d’orientation Inra 2025.  « Il fixe le cap : une nouvelle ère pour l’agriculture et l’alimentation, la préservation de l’environnement et la lutte contre le changement climatique, de nouveaux défis pour une recherche de pointe et innovante. »
En avril 2021, son mandat s’achèvera. Mais cette force tranquille n’est pas du genre à s’en préoccuper. Tout juste consent-elle à dire que « tout ce qui m’est arrivé est inattendu. C’est le fruit de beaucoup de chance, de rencontres, de travail et de curiosité. Je suis heureuse. » Modeste et fière, on vous dit.

(1) Marion Guillou a été présidente directrice générale de l’Inra de 2004 à 2012.

Benoît FranquebalmeRédacteur

Contacts

Christine Cherbut Directrice générale déléguée science et innovation