Bioéconomie 3 min

3 questions à une jeune pousse : Oléoinnov

Et si les sous-produits de colza – ou autres oléagineux – étaient utilisés pour produire des biocatalyseurs ou des antioxydants afin de blanchir nos jeans, traiter les effluents, créer de nouveaux médicaments et cosmétiques, ou même… rendre nos boissons plus limpides ? Après six années de recherche et de partenariat entre le laboratoire de Biodiversité et Biotechnologie Fongiques de Marseille (UMR 1163 BBF INRAE/Aix-Marseille Université), Terres Inovia et Terres Univia, la jeune pousse Oléoinnov a germé en janvier 2019. Son objectif : développer des outils biotechnologiques verts pour remplacer les solutions chimiques actuelles et donner de la valeur à des sous-produits ou des déchets agricoles !

Publié le 28 mai 2020

illustration 3 questions à une jeune pousse : Oléoinnov
© OleoInnov

En 2011, Frédéric Fine intègre l’Institut Technique des cultures oléoprotéagineuses et du chanvre, Terres Inovia, en tant que Responsable du département Transformation et Valorisation des Graines. Il y travaille en tant que Directeur Valorisation. Il est aujourd’hui co-fondateur et président délégué de la startup Oléoinnov, qui utilise les coproduits agricoles (tourteaux d’oléagineux) afin de produire des molécules fabriquées à partir de biomasses naturelles, autrement appelées molécules biosourcées.

Comment est née la start-up Oléoinnov ? 

Diminuer la teneur en fibre des tourteaux utilisés en alimentation animale

Frédéric Fine : En 2011, je travaillais à Terres Inovia sur les tourteaux (c’est-à-dire le résidu solide, ou co-produit, que l’on obtient après avoir extrait l’huile des graines de plantes oléagineuses), qui sont valorisés principalement pour l’alimentation animale. Cependant, pour les animaux monogastriques, en particulier les volailles, les tourteaux contiennent un peu trop de lignocelluloses qui sont des fibres non digestibles… Je me suis donc demandé comment diminuer cette teneur en fibres pour que les animaux digèrent mieux les tourteaux ? J’ai donc pris contact avec le laboratoire BBF à Marseille et en particulier avec les enseignants-chercheurs Anne Lomascolo et Jean-Claude Sigoillot avec une question en tête : les champignons filamenteux, qui apprécient particulièrement les lignocelluloses comme substrats de croissance, poussent-ils et dégradent-ils partiellement ces tourteaux ? Après des tests menés avec différents champignons, nous avons découvert que l’une des souches testées est particulièrement friande de ces tourteaux ! Ceci a débouché sur plusieurs années de recherche où nous avons montré que cette souche de champignon filamenteux, mise en présence de tourteaux, est capable de surproduire une enzyme

Production d’un anti-oxydant puissant, le canolol, ayant des propriétés anti-inflammatoires et anticancérigènes.

d’intérêt industriel tout en digérant les fibres des tourteaux ! Nous avons protégé ce procédé innovant à l’aide d’un dossier technique secret. En parallèle, j’ai échangé avec Anne Lomascolo à propos de la sinapine, une molécule phénolique présente dans le tourteau de colza présentant un intérêt majeur pour la synthèse d’un nouvel antioxydant lipophile aux propriétés anti-inflammatoires et anti-cancérigènes reconnues, le canolol. Après plusieurs travaux de recherche, nous avons déposé un brevet sur un nouveau procédé permettant de surproduire, par voie biotechnologique, du biocanolol à partir de la sinapine contenue dans le tourteau de colza. Ainsi, nous sommes arrivés à la croisée des chemins : nous avions deux procédés à valeur ajoutée sous la main ! Il s’agissait soit de vendre ces procédés, soit de créer nous-même un volet commercial : nous avons donc choisi de créer la startup Oléoinnov. 

Vous avez donc des liens étroits avec INRAE ? 
Frédéric Fine : Oui, comme vous l’avez compris, depuis le début, nous travaillons main dans la main avec l’équipe BBF de Marseille. C’est venu naturellement car nous nous connaissions bien, nos compétences scientifiques sont complémentaires et nous continuons à travailler ensemble encore aujourd’hui par le biais de nouveaux programmes de R&D. Ce projet OléoInnov nous lie encore plus ! Par ailleurs, j’interviens également régulièrement auprès des étudiants de Polytech-Génie biologique à Marseille où enseignent les personnels de BBF. 

Quels sont les débouchés de la startup ? Et comment voyez-vous son avenir ? 
Frédéric Fine : Nous travaillons au développement de nos deux procédés biotechnologiques mais également en sous-traitance pour le compte d’industriels. Par exemple, si un industriel a des déchets agricoles, nous allons conduire une étude afin de donner de la valeur à cette biomasse grâce à de nouveaux procédés biotechnologiques. Il s’agit là du volet « bureau d’étude », recherche et développement. En parallèle, nous souhaitons commercialiser rapidement notre antioxydant anti-inflammatoire. 

Blanchir la toile de jean ou dépolluer les effluents colorés

Pour l’enzyme, nous visons trois marchés principaux : le blanchiment de la toile de jean (nous collaborons avec un industriel français du jean), la dépollution des effluents colorés et la clarification des boissons comme la bière ou les jus de fruit. La surproduction par le champignon choisi et le fort potentiel redox (réduction-oxydation, une réaction chimique lors de laquelle l’état d’oxydation des atomes est modifié) de notre enzyme nous donnent un avantage concurrentiel très important.
Pour le canolol, nous visons principalement les marchés de l’agroalimentaire et de la dermo-cosmétique grâce à ses propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires. Nous menons des études, en ce moment, pour évaluer l’ensemble de ces potentiels : nous avons déposé un projet au concours I-Lab de la Banque publique d’investissement (BPI) afin de finaliser la R&D et ainsi augmenter l’échelle de production… Réponse en juin ! Notre objectif est de nous faire connaître auprès des industriels producteurs de co-produits et de déchets agricoles afin de continuer à développer de nouveaux procédés. 

 

Voir le site web d'Oleoinnov

 

Anaïs BozinoRédactrice

Contacts

Frédéric Fine Co-fondateur et président délégué de la startup Oléoinnov

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