Dossier presse
Bioéconomie

De la biomasse aux molécules et matériaux innovants

Développer des matériaux et molécules issus de la biomasse renouvelable pour remplacer leurs équivalents pétrosourcés est essentiel pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Fibres de lin ou de tournesol, bois, déchets alimentaires… Autant de ressources utiles au développement de nouvelles matières qui font l’objet du nouveau dossier de presse d’INRAE.

Publié le 19 septembre 2022

Editorial

Substituer le carbone d’origine renouvelable au carbone fossile. Voilà l’enjeu majeur de la bioéconomie, basée sur la production, la mobilisation, la transformation et le recyclage de la biomasse (végétaux et résidus provenant de l’agriculture, bois et résidus de la sylviculture, algues, microorganismes, coproduits de l’industrie*, déchets ménagers…). Ce passage d’une économie pétrosourcée à une économie circulaire de la biomasse apparaît plus que jamais essentiel pour atteindre l’objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre (GES) d’ici à 2050, prévu par la Stratégie nationale bas carbone en miroir des stratégies européennes. Néanmoins, ce changement nécessite de mobiliser une part accrue de biomasse. De fait, cette mobilisation doit impérativement se faire en veillant à ce qu’elle :

  • ne rentre pas en compétition avec l’utilisation des terres pour couvrir nos besoins alimentaires ;
  • ne porte atteinte ni à la biodiversité des écosystèmes ni à la préservation des ressources, sol et eau notamment ;
  • ne vienne pas en concurrence avec le rôle des écosystèmes, notamment des forêts et des sols, comme puits de carbone ;
  • et s’inscrive dans la transition agroécologique.

Pour cela INRAE, acteur majeur de la bioéconomie dans les territoires, en a fait une de ses priorités stratégiques dans son document d’orientation INRAE 2030.

Développer des filières locales exploitant la biomasse au plus près des activités permettra une bonne couverture territoriale sans ajouter des coûts de transport. Cela nécessite de tenir compte des itinéraires de transformation de tous les produits et coproduits, depuis les aliments jusqu’à l’extraction de molécules d’intérêt, la formulation de biocarburants ou de matériaux afin de favoriser des usages en cascade et assurer ainsi la circularité de la bioéconomie.

La bonne nouvelle, c’est que les ressources pour y parvenir sont importantes. Avec plus de 16,9 millions d’hectares, la France est le quatrième pays européen en surfaces boisées, qui constituent notre meilleur atout pour emprisonner les GES. Les scientifiques d’INRAE évaluent le potentiel de cette formidable ressource, à l’aune des 3 S :

  • séquestration du carbone dans la biomasse ;
  • stockage du CO2 dans les produits résultant de l’industrie du bois ;
  • substitution des matériaux pétrosourcés pour la chimie, l’énergie ou la construction.

Une tâche délicate, d’autant qu’en raison du changement climatique, la forêt de demain sera bien différente de celle d’aujourd’hui. Les scientifiques d’INRAE développent des outils de modélisation et mènent des études socioéconomiques qui prennent en compte ces incertitudes, de manière à accompagner les acteurs de la filière forêt-bois dans leur réflexion et leurs prises de décision sur le long terme.

Les scientifiques étudient aussi de nouvelles façons d’exploiter cette ressource. Notamment en s’intéressant aux coproduits, trop souvent brûlés alors qu’ils regorgent de molécules qui intéressent la pharmacie, la cosmétique, la médecine ou la chimie et l’agro-industrie. Au-delà des arbres, ce sont tous les résidus de l’agriculture** qui pourraient être valorisés, pour remplacer les produits d’origine pétrosourcée dans de nombreuses applications. Béton de chanvre, isolants à base de lin ou de tournesol, caoutchouc en peau de tomate, plastique antimicrobien, crème antioxydante… Tous ces produits existent, mais développer de nouvelles applications implique de franchir la « vallée de la mort » qui sépare l’innovation scientifique de la production à l’échelle industrielle. Souvent en effet, de lourds investissements sont nécessaires pour adapter l’outil de production à ces nouveaux matériaux. Or, pour qu’ils se substituent à leurs équivalents issus de la pétrochimie, ils doivent offrir des services comparables et à un coût similaire. La transition vers la bioéconomie s’avère par conséquent difficile, mais la prise de conscience est aujourd’hui bien réelle. Les initiatives se multiplient pour accompagner ce changement de paradigme, comme cela est illustré dans ce dossier.

Glossaire

* Coproduit de l'industrie : produit annexe d'un processus industriel, dont la fabrication n'est pas directement recherchée mais qui peut être valorisé économiquement.

** Résidus de l'agriculture : parties aériennes des végétaux non récoltées et laissées dans les champs ou les vergers au moment de la récolte : les tiges et les chaumes, les feuilles et les gousses par exemple.

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