Société et territoires 4 min

Prospective Agrimonde-Terra : usage des terres et sécurité alimentaire mondiale en 2050

Avec Agrimonde-Terra, l’Inra et le Cirad ont prolongé leurs travaux publiés en 2011, sur la sécurité alimentaire mondiale à l’horizon 2050 (Prospective Agrimonde), en étudiant les principaux déterminants de l’évolution de l’usage des terres et leurs interactions avec la sécurité alimentaire et le climat. En 2050, les sols devront en effet permettre d’alimenter une population mondiale estimée à 9,7 milliards d’habitants, tout en participant à la lutte contre le changement climatique avec un rôle essentiel des forêts.

Publié le 24 juin 2016

illustration Prospective Agrimonde-Terra : usage des terres et sécurité alimentaire mondiale en 2050
© INRAE, Bossennec Jean-Marie

L'étude prospective Agrimonde-Terra identifie et quantifie les principaux déterminants de l’évolution de l’usage des terres dans le monde et leurs liens avec l’alimentation et le changement climatique en considérant 5 scénarios d’évolution contrastés. Les conclusions de cette étude ont été débattues lors d'une conférence internationale organisée le 24 juin 2016 à Paris.

Cinq scénarios

Deux scénarios tendanciels aux conséquences extrêmes sont proposés : le scénario « Métropolisation », caractérisé par une croissance à tout prix, avec une transition alimentaire vers plus de produits transformés ou d’origine animale. Au contraire, le scénario dit « Communautés » envisage un contexte de crises récurrentes et de fragmentation des blocs régionaux, qui conduit à une perte de croissance et à une stagnation, voire une baisse, des rendements agricoles qui rend incertain l’objectif d’assurer l’alimentation mondiale.

Cinq scénarios alternatifs ont été imaginés

Entre ces deux extrêmes, trois scénarios alternatifs ont été imaginés avec le Comité d’experts internationaux réuni à cette occasion. Le premier, « Régime alimentaire sain » (Healthy), envisage des diètes saines sur le plan nutritionnel, en quantité suffisante, ce qui repose sur une diversification des productions agricoles. Le scénario « Régionalisation » considère que chaque région du monde développe une stratégie de type « souveraineté alimentaire » en réduisant au minimum ses échanges avec l’extérieur. Le retour aux régimes alimentaires traditionnels sous-jacent à ce scénario nécessite une réadaptation des agricultures régionales à ces régimes. Le dernier scenario, « Ménages » (Households), envisage un rôle majeur des coopératives et de l’agriculture familiale. Il conjugue une forte mobilité entre zones rurales et urbaines avec des régimes alimentaires hybrides entre alimentation traditionnelle et moderne.

Peu d’alternatives

Nourrir les populations en quantité et en qualité suffisantes, développer des systèmes de production et des pratiques agricoles agroécologiques et préserver les forêts dans un contexte de changement climatique s’avère être un ensemble d’objectifs difficile à atteindre simultanément.

 

Les surfaces dédiées aux forêts tendent à diminuer

Quel que soit le scénario, les surfaces dédiées aux forêts tendent à diminuer pour gagner des terres agricoles. Cette tension est maximale dans les scénarios « Métropolisation » et « Communautés ». Le scénario « Régime alimentaire sain » est le seul susceptible de permettre le maintien des surfaces forestières et le développement de systèmes agricoles plus durables. Dans tous les cas également, les échanges internationaux demeurent nécessaires, y compris dans le scénario « Régionalisation » dont l’un des objectifs est néanmoins de les réduire.

 

L’Afrique subsaharienne dont la population risque de doubler d’ici 2050 et dont les rendements agricoles et les apports caloriques des régimes alimentaires sont actuellement très faibles, est particulièrement mise sous tension. La forêt y diminue et il faut aller au-delà de la surface disponible non forestière de la région. Cette situation se retrouve également, bien qu’un peu moins prononcée, en Inde alors que les régions Afrique du Nord et Moyen-Orient accroissent très fortement leur dépendance aux  importations agricoles. Des pays comme l’Argentine et le Brésil où les cultures de rentes sont actuellement prégnantes, voient leur économie agricole bouleversée par la réorientation de leurs productions vers la satisfaction de leurs propres besoins alimentaires.

 

C’est avec le scénario « Régime alimentaire sain », que l’alimentation est la plus favorable à la santé : les maladies liées à la sur-alimentation y sont réduites tout autant que la sous-nutrition. Le scénario « Métropolisation » voit une explosion des maladies liées à une alimentation trop riche tandis que le scénario « Communautés » accroît le risque de crises alimentaires. Les résultats sont plus ambigus pour les deux autres scénarios.

Répondre à tous les objectifs appelle des politiques publiques volontaristes et coordonnées

Le scénario « Régime alimentaire sain » est finalement le seul permettant une alimentation compatible avec la santé des populations, des pratiques agricoles et un usage des terres respectueux de l’environnement. Parvenir à cet équilibre fragile appelle cependant des politiques publiques très fortes et coordonnées. L’enjeu est d’arriver à construire une gouvernance mondiale pour la sécurité alimentaire et l’usage des sols afin de prévenir crises alimentaires, accaparement des sols, déforestation et d’atténuer les effets du changement climatique.

L’enjeu est d’arriver à construire une gouvernance mondiale

Cette gouvernance mondiale devra prendre en compte les particularités régionales et impliquer institutions internationales, gouvernements, société civile, industriels, etc. Les transitions vers des régimes alimentaires plus sains et plus diversifiés devront être encouragées, tout en réduisant les pertes et gaspillages de la production à la consommation. Globalement, la consommation de produits animaux devra diminuer (à l’exception de l’Afrique sub-saharienne et de l’Inde) et laisser plus de place aux céréales, légumineuses, fruits et légumes. Les politiques publiques devront inciter ces transitions avec des aides, des politiques sur les prix et par l’éducation. Les transitions vers des systèmes d’agriculture et d’élevage plus agro-écologiques devront aussi être encouragées. Des règles claires pour le commerce international devront permettre de garantir un accès stable à l’alimentation en prenant en compte l’environnement. Enfin, des politiques devront sécuriser l’accès à la terre de toutes les formes d’agriculture aux différentes échelles géographiques. Pour cela, il faudra impliquer les populations rurales dans l’application des politiques de développement rural et de protéger les « biens communs » au niveau national et des territoires.

 

La prospective Agrimonde, livrée en 2011.

Vers le "métaprogramme Glofoods"

 

En savoir plus

Changement climatique et risques

Stocker 4 pour 1000 de carbone dans les sols : le potentiel en France

L’Inra livre le 13 juin 2019 une étude, réalisée à la demande de l’Ademe et du ministère de l’Alimentation et de l'Agriculture, sur le potentiel de stockage de carbone dans les sols en France. En mobilisant une méthodologie originale, l’étude a pu évaluer ce potentiel et en estimer le coût de mise en œuvre région par région, au regard d’un objectif de 4 pour 1000. L’initiative « 4 pour 1000 sur les sols pour la sécurité alimentaire et le climat » avait été lancée lors de la conférence des parties sur le changement climatique organisée à Paris en 2015.

12 décembre 2019

Changement climatique et risques

Quel rôle pour les forêts et la filière forêt-bois françaises dans l’atténuation du changement climatique ?

Cette nouvelle étude restituée le 27 juin 2017 s’intéresse au potentiel des filières forêt-bois françaises dans l’atténuation du changement climatique. Elle a été réalisée par l’Inra (Délégation à l'Expertise scientifique collective, à la Prospective et aux Etudes) et l’IGN et à la demande du ministère chargé de l’Agriculture et de la Forêt.

16 décembre 2019

Société et territoires

Agrimonde-Terra : un jeu de scénarios pour explorer le futur de la sécurité alimentaire et l’usage des terres

COMMUNIQUE DE PRESSE - Face à une population mondiale croissante, aux effets du changement climatique et aux ressources naturelles limitées, il est nécessaire de repenser nos systèmes alimentaires. L’étude prospective Agrimonde-Terra, coordonnée par INRAE et le Cirad, a élaboré plusieurs scénarios d’évolution sur l’usage des terres et la sécurité alimentaire, en portant une attention particulière aux aspects nutritionnels et à la santé, souvent délaissés. Leurs résultats, publiés dans la revue PLOS ONE le 8 juillet 2020, élargit l’éventail des futurs possibles pour les systèmes alimentaires mondiaux et apportent de nouveaux éléments pour contribuer au débat sur l’utilisation des terres et la sécurité alimentaire.

09 juillet 2020