illustration Mylène Ogliastro, une virologue à la tête du département « Santé des Plantes et Environnement »
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Mylène Ogliastro, une virologue à la tête du département « Santé des Plantes et Environnement »

A partir du 1er septembre, la direction du département Santé des Plantes et Environnement (SPE) d’INRAE change de mains ! Après 8 années à sa tête, Christian Lannou passe le relai à Mylène Ogliastro, directrice de recherche et responsable de l’équipe « Dynamique des Interactions Densovirus Insectes (DIDI) » au sein de l’unité de recherche « Diversité, Génomes et Interactions Microorganismes-Insectes » (DGIMI). Entretien avec la virologue montpelliéraine.

Publié le 10 septembre 2021

Un imposant département de recherche dédié à la santé et aux interactions des plantes

Tout a commencé par un coup de fil de la direction générale d’INRAE, en mars dernier : Carole Caranta, Directrice générale déléguée Science & Innovations, propose à Mylène Ogliastro de devenir cheffe du département SPE. « Passée cette grande surprise, j’ai pris quelques jours et nuits à réfléchir intensément à la proposition : en étais-je capable ? Etais-je prête à abandonner ma vie de chercheure de laboratoire et de terrain ? », se souvient la chercheure montpelliéraine, en visio depuis son salon.

C’est finalement le défi que représente cette opportunité, ainsi que son amour de l’engagement pour le collectif scientifique, qui l’emportent. À compter du 1er septembre, elle sera la cheffe du département Santé des Plantes et Environnement (SPE), dont elle dépendait auparavant en tant que chercheure à INRAE. Avec 23 unités de recherche dispatchées dans toute la France et environ 800 personnels permanents pour 600 contractuels, cet imposant département d’INRAE maille tout le territoire français, départements et régions d’outre-mer compris. « Ce nouveau rôle demande beaucoup de déplacements. Un abonnement à la SNCF et à Air France sont les accessoires indispensables à la vie de cheffe de département », plaisante Mylène Ogliastro.

Ce qui réunit toutes les équipes du département SPE ? « La diversité des thèmes étudiés au département SPE est articulée autour de quatre grands axes de recherche. D’abord, comprendre comment les plantes interagissent et quelles relations elles développent avec leurs organismes partenaires et pathogènes. Deuxièmement, analyser le lien entre la santé des plantes et leur environnement. Troisièmement, valoriser les interactions plantes-insectes et insectes-insectes étudiées dans les axes précédents pour développer le biocontrôle, une méthode de gestion durable des ravageurs de cultures qui ne repose pas sur l’utilisation de pesticides. Enfin, anticiper les risques sanitaires et prévenir les invasions biologiques », détaille la future cheffe du département SPE.

La curiosité scientifique et les rencontres comme boussole

De sa Corse natale à la tête du département SPE, le chemin était loin d’être tout tracé. « Ce sont les hasards et les rencontres qui m’ont menée à la recherche. Je viens d’un milieu où personne n’a fait de longues études, et devenir chercheure n’était pas un rêve d’enfant. Mais depuis toute petite, j’étais passionnée par les sciences. » Cette curiosité la pousse vers des études scientifiques qui la mènent à un DEA, suivi par l’obtention d’un poste d’Attachée scientifique contractuelle (ASC) en 1990 à l’Inra – ancêtre d’INRAE – de Saint-Christol-lez-Alès.

Les recherches menées sur ce site concernaient les pathologies des insectes, en particulier celles associées aux virus. Elle y reste quatre ans en thèse, le temps de découvrir un nouveau champ de recherche - ainsi qu’un institut - qu’elle ne quittera plus : la virologie, plus spécifiquement l’étude des entomovirus – les virus qui infectent les insectes. « Quand je suis arrivée avec mon DEA généraliste d’écophysiologie (des insectes) de l’UPMC-INA-PG, je ne connaissais rien à la virologie », s’amuse Mylène Ogliastro. Le directeur de l’Unité, Gérard Devauchelle, va la prendre sous son aile et lui transmettre sa passion pour les virus.

Bénéficiant de son statut d’ASC, elle quitte le climat méditerranéen français pour le climat méditerranéen californien, où elle effectue un postdoc de deux ans à l’Université de San Diego. « Pendant ce post-doc aux Etats-Unis, je me suis particulièrement intéressée aux mécanismes de transcription », précise la chercheure montpelliéraine. L’expérience est très formatrice, mais douce-amère : « j’ai découvert un environnement international que j’ai adoré et une forte émulation de groupe, mais également un aspect compétitif moins reluisant, où les postdocs étaient en concurrence dans le même laboratoire ».

Peu après son retour en France, elle assiste à la fermeture de la station de Saint-Christol-lez-Alès. « Cela a été un moment très difficile à vivre. Un moment de doutes où je me suis posée beaucoup de questions, sur mes intérêts scientifiques notamment. J’ai choisi de partir compléter mon approche de la virologie, jusque-là assez réductionniste et centrée sur les cultures cellulaires. J’étudiais les entomovirus en ayant vu très peu d’insectes ! De 2002 à 2005, j’ai travaillé à Marseille dans l’institut de Biologie du Développement sur la mouche drosophile, un organisme modèle très connu, pour mieux comprendre la physiologie et la biologie du développement des insectes à un niveau moléculaire. J’ai beaucoup appris dans cet environnement. »

Pendant cette période, une structure de recherche de Saint-Christol-lez-Alès avait essaimé à Montpellier. Le directeur d’unité d’alors, Philippe Fournier, fait confiance à Mylène Ogliastro pour revenir monter une équipe travaillant sur les interactions virus-insectes. Il s’agit de l’ancêtre de l’unité de recherche DGIMI à l’université de Montpellier où elle est encore chercheure, le temps de prendre ses fonctions comme cheffe du département SPE.

Entre continuité et proximité

Pour commencer sa nouvelle vie dans la direction et le soutien aux recherches, Mylène Ogliastro compte s’appuyer sur l’héritage de l’équipe sortante : « Christian Lannou et ses adjoints ont dressé une feuille de route particulièrement pertinente et réfléchie sur laquelle il me semble important de s’appuyer pour commencer. Cela n’aurait aucun sens de jouer au chamboule-tout », confesse la future cheffe du département. Son objectif principal : donner aux chercheur-es les moyens de mener des recherches originales et ambitieuses, et développer les plateformes et les projets de recherche qui regroupent les laboratoires autour d’objectifs communs.

Mais avant toute chose, cette amoureuse de la Science, qui continuera d’avoir des activités de recherche jusqu’à la fin de l’année 2021, considère que son futur rôle de cheffe d’orchestre ne peut se jouer sans la participation active de toutes celles et ceux qui font la recherche. « Je compte poursuivre la relation de proximité qu’avait su établir Christian Lannou avec les directions d’unités, et prendre des décisions les plus collégiales possibles. Car ce sont les découvertes de nos équipes qui définissent nos futures orientations de recherche. On apprend en marchant », conclut Mylène Ogliastro.
 

François MALLORDYRédacteur

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Mylène OGLIASTRO Cheffe de départementDépartement santé des plantes et environnement (SPE)

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