illustration Jan Traas, esthète du développement végétal
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Agroécologie 7 min

Jan Traas, esthète du développement végétal

Tout au long de sa carrière scientifique, Jan Traas s’est intéressé aux mécanismes qui gouvernent la croissance et la différenciation des organes végétaux. Il a été précurseur en développant une vision intégrative de ce processus complexe. Récompensé pour l’impact international de ces recherches, Jan Traas reçoit le Laurier d’excellence d'INRAE en 2015.

Publié le 08 décembre 2015

Depuis l’enfance, Jan Traas dessine des BD. Progressivement, il a aussi dessiné celle de sa vie, l’itinéraire d’un scientifique ouvert et mobile qui, d’étape en étape, poursuit sa trajectoire et développe sa passion : la forme des plantes. D’Amsterdam à Norwich, de Wageningen à Lyon, en passant par Versailles, il n’a cessé de s’interroger sur les mécanismes de croissance et de différenciation des organes végétaux… et d’y répondre en images, en se spécialisant très tôt dans la microscopie, car rien de tel que d’ « allier la beauté des images à leur sens biologique », selon ses propres mots…

Voir les plantes pousser grâce aux modèles

L’univers graphique de Jan Traas est peuplé de schémas et de films colorés qui montrent en trois dimensions des plantes en train de pousser, des tiges qui s’allongent, des bourgeons floraux qui gonflent comme des ballons. « L’analogie avec un ballon est assez juste explique-t-il, avec la douceur qui le caractérise. Un sommet de tige en croissance est tendu comme un ballon. Chaque cellule y subit des forces de tension du fait de la pression interne et peut y répondre différemment. La croissance de la tige provient ainsi du comportement individuel des cellules mais également de leurs interactions. C’est un système complexe que l’on essaie de modéliser à partir de lois physiques et biochimiques simples ».

Créatif et à l’écoute…

La beauté des images et leur sens biologique

Ainsi, la croissance végétale ne dépend pas seulement des gènes et des hormones, mais aussi de pressions mécaniques auxquelles les cellules végétales sont sensibles et répondent. Cette démonstration a valu à Jan et ses collaborateurs des publications de renom et l’attribution d’un projet de l’European Research Council, le Graal de la recherche. Jan a dirigé pas moins de onze thèses sur le sujet, et son laboratoire à Lyon, jeune et cosmopolite, attire toujours plus de talents. « Créatif et à l’écoute, deux mots qui définissent Jan.  Il m’a fait confiance et j’ai pu développer mon projet en toute autonomie » confie Olivier Hamant, un de ses proches collaborateurs.

Une vision intégrative pionnière

Jan a été précurseur en développant une approche biophysique de la croissance végétale. Il espère que l’on aboutira un jour à un modèle capable d’intégrer toutes les composantes de ce phénomène complexe et de le prédire, ce qui ouvrirait de nombreuses perspectives en agronomie. Après deux mandats de directeur d’unité à Lyon, une année sabbatique à Gand lui permettra de revenir à la paillasse. « Nous pourrons observer en détail les changements de structure de la paroi cellulaire des méristèmes sous l’action de différents facteurs, comme l’auxine par exemple », s’enthousiasme-t-il. Après cette parenthèse belge, Jan Traas compte réintégrer son équipe lyonnaise. « L’objectif suivant passe par la génomique. Il faut arriver à quantifier la croissance au niveau cellulaire en vitesse et en direction, et relier ces mesures à l’expression différentielle de gènes. C’est à cette condition que nous pourrons expliquer les mécanismes de croissance », conclut le chercheur insatiable, qui estime la durée de ce travail à dix ou vingt ans.

Jan Traas, Laurier INRAE Excellence de la recherche agronomique 2015, dans son laboratoire Reproduction et développement des plantes, à l'ENS Lyon.

 

 

Pascale MollierRédactrice

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Jan Traas Laboratoire de reproduction et développement des plantes

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