illustration Dominique Fournier, un travail de fourmi au service de grandes stratégies
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Dominique Fournier, un travail de fourmi au service de grandes stratégies

Responsable des études bibliométriques pour la Direction des relations internationales d'INRAE et responsable d'une équipe régionale en information scientifique et technique sur le centre INRAE Occitanie-Montpellier, Dominique Fournier met ses compétences en bibliométrie au service à la fois du collectif et de la stratégie de l'institut.

Publié le 22 septembre 2021

« Pourquoi moi ? » Sa réaction face à l’idée de réaliser son portrait en dit long sur sa modestie. Pourtant son parcours au sein de l’Inra, devenu depuis INRAE, est assez exemplaire. Entrée à l’Inra, en 1992 en tant qu’ingénieure d’études pour mener des recherches sur la croissance des arbres fruitiers, Dominique Fournier opère une reconversion professionnelle dix ans plus tard pour travailler dans le domaine de l’information scientifique et technique (IST) en prenant petit à petit des responsabilités nationales au service de la stratégie scientifique de l’institut. Retour sur une carrière de 30 ans à INRAE faite de sciences, d’IST et de bibliométrie et dont le fil conducteur est indéniablement le sens du collectif.

De la recherche à l’information scientifique…

J’aurais tellement aimé avoir ces outils quand je faisais de la recherche que j’étais ravie de pouvoir en faire profiter les scientifiques.

Au cours de sa thèse sur l’architecture et la modélisation de la croissance des arbres menée à l’Inra en 1989 à Montpellier, Dominique Fournier saisit l’opportunité d’un concours d’ingénieur d’études dans son domaine. Elle réussit ! Elle travaille alors sur la croissance de l’abricotier avec des techniques innovantes pour l’époque. « On faisait des maquettes 3D des arbres, on mesurait les fruits, les diamètres des rameaux… j’étais la reine du pied à coulisse ! ». Dix ans après, ces recherches s’éloignent du terrain et s’orientent vers la génomique, une envie de changement, une opportunité de mobilité, et voilà Dominique engagée dans une reconversion professionnelle. Cap sur les métiers de l’information scientifique et technique, avec pour seul bagage la gestion de bases de données en soutien au bibliothécaire de son unité, mais avec un objectif clair : avoir une mission d’appui. C’est ainsi que Dominique Fournier, spécialiste des arbres fruitiers, est devenue documentaliste. Elle rejoint en 2002 l’équipe régionale en IST de Montpellier et pour mener à bien ses nouvelles missions, elle décide de faire un DESS (diplôme de troisième cycle qui correspond aujourd’hui à un Master) en IST à Marseille en formation continue sur 2 ans. En 2003, le métier de documentaliste se transforme radicalement avec l’arrivée des ressources documentaires numériques. « Les documentalistes sont passées de la gestion de documents physiques en bibliothèque à la gestion de bases de données documentaires en ligne ». Interroger des bases de données, Dominique sait faire ! Et c’est avec un enthousiasme non dissimulé qu’elle s’engage dans la formation et l’accompagnement des chercheurs et chercheuses dans l’utilisation de ces nouveaux outils. « J’aurais tellement aimé avoir ces outils quand je faisais de la recherche que j’étais ravie de pouvoir en faire profiter les scientifiques ? ». Une vocation était née.

Conjugaison de missions régionales et nationales

Son enthousiasme et sa double compétence en IST et en science n’ont probablement pas échappé à la direction de l’Institut qui la sollicite en 2006 pour apporter un appui aux expertises scientifiques collectives (Esco). Sa mission consiste alors à identifier et rassembler des publications sur un sujet donné à l’échelle mondiale. Une collecte de 2 000 à 3 000 documents qu’elle fournit aux experts pour réaliser leurs analyses et leurs synthèses. « La documentaliste est la pierre angulaire de l’Esco, elle fournit la matière de base aux experts, veille à ce que le panorama soit bien couvert sur le sujet et pointe les domaines sur lesquels il n’y a pas encore de recherches ». Après avoir assuré ce travail pour trois expertises (consommation des fruits et légumes, agriculture et biodiversité, douleur animale), elle passe la main à ses collègues afin de pouvoir se consacrer à d’autres projets.

La bibliométrie au service de la stratégie scientifique de l’institut

La bibliométrie est une méthode d'analyse quantitative des publications scientifiques. Historiquement, à l’Inra, la bibliométrie était centrée uniquement sur la production d’indicateurs, en particulier des indicateurs de notoriété des revues scientifiques. Mais ça c’était avant que Dominique ne soit sollicitée par le groupe filière fruits de l’institut en 2007 pour les aider à connaître les communautés scientifiques qui publiaient sur leurs domaines et savoir si leurs travaux étaient conséquents ou non par rapport au volume de publication à l’échelle mondiale. C’est ainsi qu’une nouvelle forme de bibliométrie nait à l’Inra, une bibliométrie au service de la stratégie scientifique. 

 La bibliométrie consiste à analyser un corpus de publications sur une thématique ou sur le périmètre d’une institution ou d’un pays. Les commanditaires souhaitent souvent avoir une cartographie des acteurs, ce qui nécessite une analyse fine des adresses afin de regrouper les différentes signatures utilisées pour désigner une même institution.

Dominique se passionne pour la bibliométrie et enchaîne les études thématiques : vigne et vin, sol et agriculture, agroécologie, .... Il s’agit, à partir de l’analyse des publications, d’identifier les partenaires, de savoir quelles communautés publient sur un sujet, de cartographier ce qui se fait dans un domaine en France ou dans le monde, et d’évaluer comment l’institut se situe par rapport aux autres publiants. Dans le cadre de projets européens, de telles études permettent de mieux connaître les

Dans ces études, l’analyse peut concerner 50 000 à 100 000 publications

partenaires que l’on va pouvoir associer mais aussi de montrer à la Commission Européenne ou à l’Agence nationale de la recherche (ANR) qu’il y a suffisamment de matière pour lancer des appels à projets sur une thématique donnée et que l’institut est légitime pour porter un projet de grande ampleur sur un sujet. Et ce n’est pas une mince affaire. « Dans ces études, l’analyse peut concerner 50 000 à 100 000 publications, et on apprend plein de choses, comme par exemple que la France n’est pas le premier publiant sur la vigne et le vin. Par contre, notre institut occupe la toute première place dans ce domaine au niveau mondial, mais pas uniquement ! ». En parallèle, l’IST à l’Inra se structure en différents pôles thématiques, et c’est tout naturellement que Dominique s’est engagée dans la co-animation du pôle bibliométrie : formation, mise en place d’outils pour automatiser certains aspects de la bibliométrie, et livrer chaque année des indicateurs et des données à différentes échelles, unités, département, institut.

Jusqu’à l’international !

La direction des relations internationales (DRI) s’est aussi intéressée de près à ces indicateurs. Avec quel pays l’institut publie-t-il ? Avec quels pays ne publie-t-il pas ? Quels organismes étrangers publient sur les même thématiques qu’INRAE mais avec lesquels nos scientifiques ne collaborent pas encore ? « A cette échelle, c’est très stratégique, je me suis spécialisée dans l’étude de ces données pour la DRI, c’est un gros travail, il y a plus de 6 000 publications par an avec plus de 6300 institutions étrangères, mais c’est passionnant ! ». Actuellement, Dominique travaille sur un projet de « fiches pays » qui permet de donner accès à la liste des collaborations en cours entre INRAE et les pays étrangers. « Grâce à cela, j’ai pu faire un tour du monde alphabétique, je suis passée par Israël, Irak, Inde, Iran, Islande, Italie… et Jamaïque ! ». Dominique ne s’arrête pas là, perfectionniste, elle a entrepris d’améliorer la forme sous laquelle elle livre ces données pour qu’elles puissent être le mieux exploitées possible par les différentes directions d’INRAE. Avec l’aide d’une collègue documentaliste, elle fait évoluer  le « rapport annuel » des indicateurs bibliométriques de l'institut, un peu trop statique à son goût, vers un tableau de bord dynamique géré avec Lodex, en accès libre à tous les agents de l’institut. On peut alors produire des tableaux de bord en sélectionnant différentes échelles, les unités, centres, département d’INRAE ou encore des thématiques. « C’est une mission pour le collectif. Grâce à ce travail de fourmi, les scientifiques peuvent effectuer des recherches dans Lodex avec des données précises et valides ».

Sans jamais s’éloigner du travail de proximité

De nombreux indicateurs au niveau de l’institut reposent sur la qualité des dépôts de publications dans HAL INRAE, notre archive ouverte 

Au sein des services d’appui du centre INRAE Occitanie-Montpellier, Dominique dirige une équipe de six personnes avec pour mission de valoriser les publications des scientifiques du centre et depuis 2017, également celles du centre INRAE Occitanie-Toulouse. Il s’agit de déposer (ou d’aider les scientifiques à déposer) leurs publications dans l’archive ouverte de l’institut, HAL INRAE, mais aussi de participer aux « chantiers qualité » afin de vérifier que les dépôts dans HAL INRAE soient corrects et exhaustifs, au moins pour les articles scientifiques. « J’ai des missions 50 % nationales 50 % locales, j’aime bien faire ce grand écart, c’est un équilibre, je vois mes actions locales comme un retour aux sources et cela me permet de garder un lien avec les scientifiques. Déposer dans HAL, c’est valoriser le travail des chercheurs de l’institut. C’est important car de nombreux indicateurs au niveau de l’institut reposent sur la qualité de ces dépôts ». 
Son petit plaisir ? La formation. Dominique s’est investie dans la formation des doctorants et des chercheurs, en présentiel, puis elle a participé au développement des formations en ligne, les Open Class. « Avec cette nouvelle offre, nous étions prêts pour le confinement, en 2020 on a fait le plein dans les formations ! ». Elle anime deux formations par mois, sur « les identifiants chercheurs » (ORCID) et sur « Zotero » un outil de gestion des publications. Et demain ? S’investir dans un projet prioritaire international (PPI) sur la forêt pour identifier les bons partenaires… mais toujours à partir d’études bibliométriques, un domaine qui passionne Dominique et qui restera assurément au cœur de ses missions à INRAE.

Mini CV

55 ans, 2 enfants

  • 2015 - Responsable des études bibliométriques pour la Direction des Relations Internationales (DRI) d’INRAE
  • 2011-2013 – Co-animatrice du pôle bibliométrie de la DV-IST
  • 2006-2011 – Documentaliste pour les expertises scientifiques collectives
  • Depuis 2002 - Responsable de l’Equipe Régionale en Information Scientifique et Technique (ERIST) au sein de l’Unité SDAR du centre INRAE Occitanie-Montpellier
  • 2004 – DESS Gestion des Systèmes Documentaires et Informations Scientifiques et Techniques (Univ Aix Marseille)
  • 1994 – Doctorat en sciences agronomiques (ENSA Montpellier)
  • 1992 – Ingénieure d’études à l’unité d’Arboriculture Fruitière (Montpellier)
  • 1989 : Diplôme d’Ingénieur Agronome (ENSA Montpellier)

Hobbies
Jardinage, randonnées, longe-côte, taï-chi...