Marqueurs nutritionnels et chimiques dans le lait maternel : influence du régime alimentaire chez les mères d’enfants prématurés
Le régime alimentaire maternel a un impact modéré sur la composition du lait maternel, mais toutes les études ont été conduites jusqu’à présent avec des mères d’enfants nés à terme. L’objectif d'une étude de l’UMR PHAN (INRAE Nantes Université) était de caractériser, dans le contexte de la prématurité, l'association entre l'alimentation maternelle, évaluée en début d’allaitement, et la présence de métabolites et composés chimiques dans le lait maternel, marqueurs d’une exposition nutritionnelle et chimique.
Publié le 01 décembre 2025
103 mères d'enfants prématurés de la cohorte LACTACOL, recrutées dans l'Ouest de la France, ont rempli un questionnaire de fréquence alimentaire pour évaluer leurs apports alimentaires quotidiens. Leur lait maternel a été échantillonné pendant les premières semaines de lactation. Les analyses suivantes ont été réalisées sur ces échantillons de lait : 33 acides gras par chromatographie phase gazeuse, 22 oligosaccharides (Human Milk Oligosaccharides, HMO) par chromatographie liquide et 44 polluants organiques persistants (POP) par chromatographie en phase gazeuse couplée à de la spectrométrie de masse.
4 régimes alimentaires identifiés
4 régimes alimentaires ont été identifiés par une analyse en composantes principales couplée à une classification hiérarchique.
Le régime maternel « Snack », riche en aliments ultra-transformés et soda, avec de faibles apports en β-carotène et une consommation importante de sucres ajoutés, était associé aux niveaux les plus faibles d'acides gras ω3 (par exemple, l'acide docosahexaénoïque (DHA), p=0,037) et de polluants organiques persistants (POP) dans le lait.
Le niveau le plus élevé de dibenzodioxine chlorée a été observé dans le lait des mères de régime
« Omnivore » (p=0,027), grandes consommatrices de légumes et de viande, et caractérisées par une consommation élevée de matières grasses.
Les mères au régime « Petit mangeur », caractérisé par la consommation de légumes à feuilles, de pain et de poisson fumé ou en conserve, était associé à une faible teneur en matières grasses de leur lait maternel, et la présence de 6 POPs.
Le régime « Fruits et produits laitiers » a montré de faibles apports en vitamine B12 et DHA et de faibles niveaux des marqueurs d’exposition chimique dans le lait maternel. Les oligosaccharides majoritaires du lait maternel (HMO) n’étaient pas associés au régime alimentaire.
Enfin, la consommation de beurre était associée aux acides gras dans le lait, principalement saturés (par exemple, 15:0, ß=59,2, 95%CI) et à certains POP (par exemple, PCB138, ß=53,3, 95%CI), mais pas aux HMO. La consommation de poisson était associée aux POPs dans le lait.
Le régime « Snack » à éviter
Le régime alimentaire maternel impacte donc la composition en acides gras et en polluants organiques persistants du lait chez les mères d'enfants prématurés, comme cela a été déjà établi pour le lait des mères d’enfants nés à terme. Pour améliorer la composition nutritionnelle du lait maternel en particulier sa teneur en oméga 3, cette étude montre qu'il est souhaitable d'éviter certains régimes comme le régime « Snack », déjà connu pour être mauvais pour la santé.
Recommandations ANSES pour les femmes enceintes ou allaitantes : https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2017SA0141.pdf
- Partenaires scientifiques : CHU Nantes, Stat-SC (Oniris VetAgroBio), LABERCA (INRAE Oniris VetAgroBio), CRESS (UMR_A 1125) Centre de Recherche Épidémiologie et Statistiques
- Financement : INRAE AlimH (Project SYALSA LACTOMICS 2022-2023)
- Publication associée : Boquien C-Y., Moyon T., Billard H. et al. (2025) Associations of maternal diet with nutritional and chemical exposure markers in human milk from the LACTACOL cohort of preterm infants. European journal of nutrition 64 (4):157. doi: 10.1007/s00394-025-03658-1 https://rdcu.be/eidVs