illustration Roula Shamsi, une PAUSE pour la réfugiée scientifique
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Agroécologie 5 min

Roula Shamsi, une PAUSE pour la réfugiée scientifique

Roula Shamsi, enseignante-chercheuse syrienne, a fui son pays en guerre afin de pouvoir exercer sans danger son métier et vivre sa passion pour la recherche. La jeune phytopathologiste, spécialisée dans les maladies fongiques du blé est accueillie depuis le mois de février dans le cadre du programme PAUSE (Programme national d'aide à l'Accueil en Urgence des Scientifiques en Exil) au sein de l’unité BIOGER (BIOlogie GEstion des Risques en agriculture).

Publié le 07 avril 2020

De la Syrie à la France, des études à l’enseignement

Roula Shamsi est née en 1976 dans la ville de Homs en Syrie. Toute sa famille est originaire de cette région de la Syrie où ses parents étaient respectivement professeur de mathématiques et dentiste. Suite au début de la guerre en 2011, elle est obligée de fuir son pays l’année suivante. Son parcours la mène en Jordanie, en Arabie Saoudite pendant trois années, en Turquie, puis finalement en France où elle obtient le statut de réfugiée en 2017. Ses frères et sœur sont également accueillis par différents pays européens, la France, l’Allemagne et la Norvège. 

Roula Shamsi suit des études en sciences de l’agriculture à l’Université AlBaath à Homs en Syrie, où elle obtient sa licence en 1999. Elle poursuit son parcours universitaire dans le domaine de la protection des végétaux à la faculté d’Agriculture de l’Université d’Alep. En 2004, elle obtient son master avec une étude du pathosystème Ascochyta rabiei (pois chiche). Elle réalise ensuite un doctorat en collaboration avec l’Université d’Alep et l’ICARDA (Centre international de recherche agricole dans les zones arides). Sa thèse porte sur la caractérisation moléculaire du champignon pathogène Pyrenophora tritici-repentis, responsable de la maladie de l’helminthosporiose sur le blé dur en Syrie. Parallèlement, elle enseigne la biologie végétale et la microbiologie. Après l’obtention de son doctorat en 2009, elle continue à enseigner pendant plusieurs années dans différentes universités de Syrie et d’Arabie Saoudite. 

Etudier les maladies fongiques du blé 

La jeune enseignante-chercheuse en phytopathologie est accueillie en février 2020 dans l’équipe « Épidémiologie des Maladies Fongiques du Blé » de l’UMR BIOGER. Les activités de l'équipe sont centrées sur l'épidémiologie végétale, une discipline qui étudie le développement des maladies au sein de peuplements végétaux. Trois des principales maladies fongiques du blé en Europe sont étudiées : la rouille brune (Puccinia triticina) et la rouille jaune (Puccinia striiformis), ainsi que la septoriose (Zymoseptoria tritici).​​​​​L’enjeu des recherches effectuées au sein de l’équipe concerne l'amélioration de l'efficacité des résistances variétales (ralentir le développement des épidémies et limiter les pertes) et de leur durabilité (ralentir l'évolution des populations pathogènes et prolonger l'utilisation de ces résistances). 

Les recherches de Roula Shamsi s’inscrivent dans le projet MABRUNE (dans le cadre du Fonds de Soutien à l’Obtention Végétale) avec le partenariat des sélectionneurs de blé tendre français. L'objectif de ce projet est de réaliser la cartographie fine de plusieurs gènes de résistance quantitative à la rouille brune dans le blé tendre. Cette cartographie fine doit permettre de définir des marqueurs diagnostiques étroitement liés à ces résistances qui pourront être utilisés en Sélection Assistée par Marqueurs par les sélectionneurs. Ces marqueurs des résistances quantitatives seront également utilisés pour identifier la présence des gènes correspondants dans les variétés de blé cultivées en France et ainsi mieux comprendre leur historique de sélection.

Une opportunité unique, le programme PAUSE

Roula Shamsi bénéficie du programme PAUSE qui permet d'accueillir et de protéger des chercheurs originaires de pays où la situation politique met leurs travaux et leurs familles en danger. Elle a fui les persécutions et les violences de la guerre dans son pays, et se rend compte que nombre de ses anciens collègues n’ont pas eu la chance qu’elle a aujourd’hui. L’enseignante-chercheuse se sent fière d’être lauréate de cette bourse délivrée par le Programme PAUSE et souhaite ainsi s’investir entièrement dans la réussite de ce projet. 

Elle remercie la France qui l’accueille, mais aussi INRAE et le Programme PAUSE qui lui donnent aujourd’hui cette possibilité de travailler au sein d’une équipe de recherche innovante et ambitieuse. Depuis l’obtention de son statut de réfugiée en France, sa principale ambition est de retrouver un emploi dans la recherche. Car la recherche est sa passion et elle souhaite vivement poursuivre une carrière pour laquelle elle a ardemment travaillé en Syrie. Le Programme PAUSE lui a offert cette opportunité en apportant un soutien financier conséquent qui a permis à son laboratoire de la recruter en post-doctorat pour un an. Le programme PAUSE lui donne également accès à de nombreuses opportunités de formation pendant son post-doctorat qui lui permettront de mettre toutes les chances de son côté afin de poursuivre sereinement sa carrière scientifique. 

Roula Shamsi souligne « Il est tellement difficile de retrouver un travail à la hauteur de ses espérances lorsque l’on est réfugié, déraciné de son pays, mais aujourd’hui je me sens enfin considérée comme tout autre scientifique qui travaille en France ».


PAUSE, le programme d’accueil de chercheurs étrangers en danger

Le Programme national d'aide à l'Accueil en Urgence des Scientifiques en Exil (PAUSE), créé le 16 janvier 2017 et piloté par le Collège de France accorde des soutiens financiers aux établissements d’enseignement supérieur et aux organismes de recherche publics qui souhaitent accueillir des chercheurs, des scientifiques et des intellectuels étrangers en situation d'urgence dans leur pays. Le programme PAUSE permet de protéger ces personnes et leurs familles, de faciliter leur insertion aussi bien professionnelle que personnelle et d’assurer la continuité de leurs travaux.

Les chercheurs de toutes disciplines et de toutes origines géographiques peuvent bénéficier du programme PAUSE. Les chercheurs accueillis sont des professeurs des universités, des chercheurs confirmés mais aussi des doctorants pour 30% d'entre eux. Les femmes sont aussi nombreuses que les hommes. 30% des chercheurs accueillis viennent de Syrie, 60% sont originaires des pays voisins tels que l'Irak, la Turquie, la Russie, l'Afghanistan. Certains viennent aussi du Burundi, du Vénézuela, du Pakistan et du Yémen. 
 

Mini CV

Depuis 2020 Post-doctorat, Epidémiologie, INRAE UMR BIOGER, Thiverval-Grignon, France
2014-2015 Professeure associée, Université Al-Jouf, Al-Jouf, Arabie Saoudite
2012-2014 Professeure associée, Université Tabuk, Tabuk, Arabie Saoudite
2011 Professeure associée, Université Princess Nora-PNU, Riyad, Arabie Saoudite
2009-2010 Enseignante, Université Al Baath, Homs, Syrie
2000-2009 Enseignante, Université d'Alep, Alep, Syrie
2005-2009 Doctorat, Protection des Plantes, Université d'Alep et ICARDA, Alep, Syrie
2002-2004 Master, Protection des plantes et télédétection, Université d’Alep, Alep, Syrie
 

 

Arnaud RIDELRédacteur

Thierry MARCELRédacteur

Contacts

Roula Shamsi ChercheuseBIOlogie GEstion des Risques en agriculture (BIOGER)

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