Société et territoires 5 min

Combiner une chronologie, un schéma et un radar

Comment mesurer les impacts socio-économiques des recherches menées par l’Inra ? Et comment, améliorer les mécanismes qui les génèrent ? Pour y parvenir, l’équipe du projet Asirpa a conçu une méthode basée sur trois outils permettant de standardiser l’analyse de trente études de cas.

Publié le 20 juillet 2015

illustration  Combiner une chronologie, un schéma et un radar
© INRAE, V. GAVALDA

La standardisation a deux objectifs. Permettre une comparaison des études de cas. Et en extraire des enseignements génériques visant à améliorer les mécanismes générateurs d’impacts. Pour mettre au point la méthodologie, l’équipe Asirpa s’est appuyée sur l’analyse de 30 études de cas sélectionnés pour leur variété et l’importance présumée de leurs impacts : 14 ont été réalisées au cours de la phase pilote, puis 16 ont ensuite été menées dans le cadre des évaluations de plusieurs départements de recherche de l’Inra.

Une méthode : trois outils

La méthode de standardisation élaborée grâce à cette étude repose sur l’utilisation conjointe de trois outils d’analyse : la chronologie, le chemin d’impact et le vecteur d’impact. 

La chronologie : de la recherche aux impacts

Identifier les différents acteurs

Elle identifie le début et la fin d’un cas et répertorie les événements notables qui se sont déroulés durant son cheminement. Elle a notamment pour but d’identifier les différents acteurs, Inra et autres, qui s’y sont impliqués, et de déterminer les compétences et ressources utilisées. La chronologie pointe également les événements pour lesquels l’Inra a été directement impliqué, par exemple via le dépôt d’un brevet, la diffusion d’une méthodologie ou plus simplement, par la modification de son niveau d’engagement.

Pour le cas du Bisphénol A, la chronologie mentionne par exemple les résultats des recherches démontrant l’impact du BPA sur la barrière intestinale, le foie et à travers la peau. Elle pointe aussi l’implication de l’institut dans la proposition de loi visant à suspendre son utilisation dans tout conditionnement à vocation alimentaire (impacts politique et sanitaire). Enfin la chronologie répertorie les événements contextuels qui se sont déroulés durant la période, et qui ont modifié le chemin d’impact. Par exemple la crise de la vache folle dans l’étude de cas de la tremblante du mouton (voir encadré). Dans le souci de faciliter la lecture, la chronologie est représentée sous la forme d’une frise graphique.

Le chemin d’impact : une brève histoire du cas

Il présente sous une forme graphique les impacts associés à un cas ainsi que les évènements qui les ont déclenchés. Il a pour objet de déterminer la contribution spécifique de l’Inra parmi celles des autres acteurs impliqués dans la génération des impacts, mais aussi de repérer les situations critiques et les moments clés qui ont ponctué l’ensemble du processus. Pour le cas Naskéo par exemple, évoqué en page 1, le chemin d’impact mentionnera, entre autres, la création de la Start-Up, mais aussi les impacts pour cette entreprise, pour l’Inra et, de façon plus générale, pour l’environnement.  Le chemin d’impact est divisé en cinq catégories classées par ordre chronologique : inputs, outputs, intermédiaires, impacts de niveau 1 et impacts de niveau 2.

  • Les "inputs", ou entrées, constituent l’ensemble des investissements (compétences, infrastructures, financements, partenariats…) que l’Inra et les autres acteurs ont monopolisé pour la production des connaissances techniques et scientifiques. L’analyse des inputs est primordiale pour déterminer la part de l’Inra  et des autres partenaires, dans la production des impacts.
  • Les "outputs", ou sorties, représentent les produits par la recherche : publications, dépôt de brevet, base de données, produit technique, savoir-faire, stratégie…
  • Les intermédiaires regroupent l’ensemble des dispositifs qui, par leur implication ou leurs investissements divers, contribuent à la propagation des outputs. Il peut s’agir de structures professionnelles, des ressources humaines, mais aussi de cabinets de conseil, de dispositifs techniques ou encore des médias.
  • Les impacts de niveau 1 caractérisent les premiers bénéficiaires d’un output auquel l’Inra a contribué. Il peut s’agir d’une startup créée pour exploiter le produit d’une recherche, ou plus simplement du producteur de l’innovation.
  • Les impacts de niveau 2 concernent l’adoption généralisée de l’output. Ils se traduisent par exemple par des changements politiques, économiques, ou environnementaux et constituent l’aboutissement d’un cas.  

Le vecteur d'impact : un radar de l’intensité des impacts

19 ans 5 mois entre début des recherches et impacts

Il montre, sous la forme d’un radar graphique, l’amplitude et la diversité des impacts dans les 5 dimensions retenues par l’équipe Asirpa : économique, environnemental, politique, territorial-social et sanitaire. L’importance de chaque dimension d’impact est notée de 1, très faible, à 5, très fort. La notation a été établie en comparant l’ensemble des cas traités dans le cadre du projet Asirpa, après l’étude des informations disponibles pour chacun d’eux, et à la suite des entretiens  réalisés avec les acteurs impliqués aux différents stades du chemin d’impact. Ces notes sont reportées dans une table descriptive où figure un bref descriptif de chaque impact.  

Une étude riche d’enseignements

Utilisés conjointement, ces trois outils permettent non seulement d’identifier les différents acteurs impliqués dans la génération des impacts, mais aussi de mesurer leur contribution. L’analyse des chemins d’impact démontre que la contribution de l’Inra a lieu à tous les stades, depuis les inputs jusqu’aux impacts de niveau 2. Elle est d’autant plus importante qu’elle s’appuie sur les connaissances, les compétences et les infrastructures accumulées sur une longue période.

L’analyse des études de cas souligne d’ailleurs la longue durée des chemins d’impacts : 19 années et 5 mois séparent en moyenne l’origine du cas de la génération des impacts de niveau 2, dont 14 ans pour les seules recherches ! Autre enseignement, les recherches entraînant la production d’impacts sont fréquemment pluridisciplinaires. L’étude de cas portant sur la stabilisation tartrique des vins par électrodialyse en donne l’illustration : le dispositif conçu pour éviter les dépôts fait appel à des technologies et des recherches issues de l’œnologie, des mathématiques et du secteur laitier. Enfin l’étude démontre que les cas à forts impacts sont souvent ceux pour lesquels l’Inra intervient à tous les stades du chemin d’impact.

Vecteur d'impact de la tremblante ovine étudiée dans le cadre du projet Asirpa
Vecteur d'impact de la tremblante ovine étudiée dans le cadre du projet Asirpa

 

Dimension d’impact Importance  
Économique 3/5 Maintien de la compétitivité économique des exploitations par évitement de l’abattage de troupeaux. Impact économique fort sur le territoire concerné mais faible au niveau national.
Environnemental 2/5 Entretien des paysages et des écosystèmes par le maintien de systèmes d’élevage agro‐pastoraux associé à la race Manech à Tête Rousse adaptée localement
Politique 3/5 Assurance pour les politiques publiques : les recherches de l’Inra et de l’École nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT) ont permis de proposer des solutions dans une situation de crise, consolidées par la crédibilité scientifique des deux instituts
Territorial – Social 4/5 Maintien d’activité économique et d’un tissu social en zone difficile, pertes évitées (abattage des bêtes, emplois) : 52,6 millions d’euros entre 2000 et 2020
Sanitaire 4/5 Augmentation des béliers d’insémination artificielle porteurs des 2 allèles de résistance à la tremblante du gène PrP et diminution des allèles de sensibilité dans l’ensemble du cheptel ovin français

Chronologie de la tremblante ovine étudiée dans le cadre du projet Asirpa

 

En savoir plus

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